J’écris pour me souvenir de la brutalité de la violence juive que j’ai vue à Jérusalem (et autres textes)

Il y a eu le père palestinien qui a essayé de sauver sa fille de la police, les jeunes kahanistes qui scandaient « mort aux Arabes » dans les rues, la peur que j’ai ressentie lorsqu’on m’a demandé si j’étais gauchiste. J’écris pour me souvenir de tout cela.

Depuis le début du ramadan ce mois-ci, la police de Jérusalem a interdit aux Palestiniens de s’asseoir sur les larges marches de l’entrée de la porte de Damas, la principale place de la vieille ville, et d’organiser des rassemblements en soirée en l’honneur du mois sacré. Cette décision arbitraire, pour laquelle aucune explication plausible n’a été donnée, a déclenché une vaste protestation palestinienne. La police, comme si elle n’attendait que l’occasion parfaite, a transformé l’endroit en un champ de bataille nocturne.

Dans ce contexte de violence, les militants du groupe suprémaciste juif Lehava ont appelé leurs partisans à arriver en masse jeudi « pour restaurer la dignité juive », après la diffusion de plusieurs vidéos TikTok montrant des Palestiniens harcelant des Juifs ultra-orthodoxes dans la ville. Soutenus par leurs représentants siégeant actuellement à la Knesset, des centaines de partisans de l’organisation kahaniste ont répondu à l’appel, arrivant dans la région avec l’objectif déclaré d’attaquer les Arabes (ou alternativement, les gauchistes).

Ils se sont dirigés vers la Porte de Damas en scandant « mort aux Arabes », faisant de ce jeudi la nuit la plus violente que Jérusalem ait connue depuis des années. Nous, les militants de gauche de Jérusalem, sommes également venus pour essayer de faire contrepoids aux fascistes qui défilaient dans les rues de la ville.

Si j’écris maintenant, ce n’est pas parce que j’ai la conviction que décrire la zone de guerre dont j’ai été témoin dans les rues de Jérusalem cette semaine, ou entrer dans les détails de la jeunesse juive qui a scandé « mort aux Arabes » au cœur de la ville, changera quelque chose. Je sais que cela ne changera rien.

J’écris parce que j’ai besoin de décomposer cette folie en ses éléments les plus élémentaires – afin de pouvoir peut-être mieux la comprendre. J’écris pour apporter mon témoignage, parce que je ne peux rien faire d’autre. J’écris pour me souvenir.

Pour me souvenir que parmi les nuages de gaz lacrymogènes et le bruit assourdissant des grenades assourdissantes tirées sur les Palestiniens, j’ai vu un père tenant la main de sa fille, essayant de fuir ensemble.

Je me souviens des yeux terrifiés de l’adolescent qui a été traîné par les policiers après qu’ils aient foncé sur un groupe de jeunes Palestiniens.

Se souvenir des marches vides en face de la porte de Damas, dont les Palestiniens sont interdits depuis le début du ramadan.

Pour me souvenir que, lorsque la puanteur du « Skunk » – un véhicule qui projette un liquide nauséabond à grande vitesse pendant les manifestations palestiniennes – m’a presque fait vomir et que les excréments des chevaux de la police ont été laissés sur le sol, je me suis demandé si la municipalité allait nettoyer la saleté le lendemain, et combien il doit être insupportable de rompre le jeûne les nuits de ramadan après avoir été trempé par les eaux usées putrides du « Skunk ». Ces nuits sont censées être les plus festives de l’année.

Se souvenir du son des grenades qui résonnait longtemps après que j’ai quitté la zone.

Se souvenir que je n’ai pas eu peur lorsque j’ai vu une meute de kahanistes assoiffés de sang s’approcher. Au contraire, j’ai été choqué par leur nombre et leur jeunesse.

Se souvenir que j’ai eu peur, plus tard dans la nuit, lorsque quelques jeunes Juifs nous ont demandé : « Êtes-vous des gauchistes ? ».

Pour me souvenir des Juifs ultra-orthodoxes qui se tenaient de l’autre côté du tramway de Jérusalem, près du côté juif du quartier de Musrara, et qui regardaient les explosions des grenades paralysantes tirées à la porte de Damas avec de l’excitation dans les yeux.

Se souvenir du jeune homme à la kippa qui discutait avec un Palestinien de l’autre côté d’une barricade de police avant de lui dire : « Nous allons tous vous massacrer, vous savez que nous allons vous tuer un par un. »

Pour se souvenir des feux d’artifice qui illuminaient le ciel lorsque les kahanistes chantaient « N’aie pas peur, Israël, n’aie pas peur ».

Pour me souvenir des militants de gauche qui se promenaient en très petits groupes, parfois par deux.

Pour me souvenir qu’en quittant la maison, ma fille m’a demandé : « Si tu les vois frapper quelqu’un, que pourras-tu faire ? » et je n’avais aucune idée de comment répondre.

Orly Noy

Orly Noy est rédactrice à Local Call, militante politique et traductrice de poésie et de prose en farsi. Elle est membre du conseil exécutif de B’Tselem et militante du parti politique Balad.

https://www.972mag.com/jewish-supremacy-violence-jerusalem/

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Dominique Vidal : A mes amis journalistes

Depuis une semaine, des centaines de jeunes fascistes du mouvement Lehava accompagnés par des policiers « ratonnent » à Jérusalem-Est au cri de « Mort aux Arabes ! ». Dans la plus totale impunité sur place. Et dans le quasi silence des grands médias internationaux, y compris chez nous. J’ai honte. Comme Français. Comme journaliste. Et comme juif.

https://blogs.mediapart.fr/dominique-vidal/blog/250421/mes-amis-journalistes

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« Mort aux arabes » : nuit d’agressions racistes à Jérusalem

Les rues qui séparent les deux Jérusalem, juive et arabe, se sont réveillées hier dans la puanteur. Non pas la puanteur du fumier lâché par les chevaux de la police ou le liquide puant qui, quelques heures plus tôt, avait été tiré en abondance par les canons à eau des escouades anti-émeutes.

Plutôt la puanteur du racisme que des centaines de kahanistes et de militants du groupe d’extrême droite israélien Lehava ont répandu dans la nuit de jeudi à vendredi entre la place de Sion et la porte de Damas, en scandant sans discontinuer « Mavet la Arabim », « Mort aux Arabes ».

Une nuit qui ne peut pas être expliquée comme un simple épisode, comme la conséquence de tensions entre deux populations d’une ville qu’Israël a unilatéralement proclamée capitale unie et qui, au contraire, reste toujours divisée entre une zone juive et une zone palestinienne occupée en 1967. 

Ce que nous avons vu l’autre nuit est la confirmation de la forte croissance de l’extrême droite israélienne et de son enracinement à Jérusalem. Et la participation aux affrontements avec les Palestiniens de jeunes religieux haredis, ultra-orthodoxes, de plus en plus attirés par le nationalisme le plus violent, n’est pas passée inaperçue.

« Le silence du Premier ministre Netanyahu et du maire de Jérusalem (Moshe Lion, Likoud) sur ces incidents est éloquent. Personne n’a pris de mesures concrètes pour protéger les résidents palestiniens de la ville. Les représentants de l’extrême droite ont librement instigué la violence », a expliqué hier au Manifesto Nir Hasson, journaliste de Haaretz.

« Plusieurs facteurs sont à l’origine des affrontements de jeudi soir », a-t-il ajouté, « l’un d’entre eux est l’entrée (il y a un mois) à la Knesset d’Itamar Ben Gvir et du parti Sionisme Religieux (dont fait partie Pouvoir juif, la formation héritière du mouvement raciste Kach du rabbin Meir Kahane, ndlr). Les extrémistes se sentent légitimés pour attaquer les Arabes ».

Les vidéos postées sur Tik Tok par les agresseurs d’un jeune religieux juif giflé dans un tram ont également contribué à l’escalade. 

Jeudi soir, les Palestiniens ne sont pas restés les bras croisés. Ils ont affronté la police, jetant des pierres et des bouteilles qui ont blessé certains agents, et ont tabassé un ultra-orthodoxe qui s’apprêtait à entrer dans la vieille ville. Un automobiliste israélien, qui était entouré d’une douzaine de jeunes, a dit avoir eu peur d’être lynché. Mais les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Jeudi soir, 105 Palestiniens ont été blessés par des militants de droite et des policiers qui ont tiré des balles en caoutchouc et lancé des dizaines de grenades assourdissantes entre les rues Sultan Suleiman et Musrara, devant la porte de Damas. Vingt-deux d’entre eux ont dû être hospitalisés.

Parmi les dizaines de personnes arrêtées, il y avait aussi quelques Israéliens, mais ceux qui ont été emmenés par la police étaient presque tous des Palestiniens. Ils ont rejoint les nombreuses personnes qui se sont retrouvées menottées les soirs précédents, lors des manifestations suite à la fermeture, apparemment dictée par les mesures anti-Covid contre les rassemblements, de la Porte de Damas, l’accès principal pour accéder à la mosquée Al Aqsa pendant les prières du Ramadan.

Jeudi soir, sur le marché juif de Mahane Yehuda, Nadim T., 26 ans, d’Abu Tor, se trouvait dans le restaurant où il travaille depuis trois ans lorsque les kahanistes sont arrivés. « Ils poursuivaient les Arabes », nous a-t-il dit, « en criant et en demandant au propriétaire de me mettre dehors. Ils ne sont partis que lorsque la police est arrivée. Beaucoup de Palestiniens comme moi travaillent à Mahane Yehuda et pourraient vous raconter la même histoire. »

Imprécations, menaces et insultes ont également visé les Israéliens protestant contre les raids anti-arabes. Une nuit de violence dont Benzi Gopstein, leader de Lehava, ne se sent pas responsable. « Je n’ai aucun pouvoir sur ces jeunes, ils agissent de leur propre chef », a-t-il déclaré avec candeur aux journaux de langue hébraïque.

Il est à craindre que ce qui a été vu dans les rues de Jérusalem jeudi soir n’était qu’un début. Un nouvel acte de violence grave, même individuel, pourrait déclencher une nouvelle escalade. « J’ai l’habitude d’être regardé avec méfiance et suspicion simplement parce que je suis un Palestinien », nous a encore dit Nadim,« mais après l’autre nuit, pour la première fois, j’ai peur de retourner à Mahane Yehuda ».

Michele Giorgio – Il Manifesto

https://ilmanifesto.it/la-notte-della-morte-agli-arabi/

https://acta.zone/mort-aux-arabes-agressions-racistes-jerusalem/

5 réponses à “J’écris pour me souvenir de la brutalité de la violence juive que j’ai vue à Jérusalem (et autres textes)

  1. Catherine ALBERTINI

    Il y a quand même des arabes israéliens en Israël…
    Nous ne sommes plus à l’époque de Yasser Arafat quand le Mouvement de Libération de la Palestine était laïc. Depuis, la polarisation religieuse entre juifs et palestiniens est devenue un obstacle à la paix, ce qui est, infiniment regrettable.

    • Il ne me semble juste de mettre sur le même plan l’occupant colonisateur et le spolié
      les arabes israélien·nes en Israel n’ont pas les même droits que les juifs/juives israélien·nes
      l’Etat d’Israël viole les droits humains et les résolutions de l’ONU (et ce n’est pas que d’aujourd’hui)
      la citoyenneté israélienne n’existe pas, l’Etat n’est pas laïc, le droit civil (dans les espaces où il existe) est contraint par les institutions religieuses des rabbinats
      l’extrême droite religieuse juive nie (elle n’est pas la seule dans l’Etat d’Israël) les droits des palestinien·nes (ce que faisait aussi la « gauche laïque »); elle refuse par ailleurs de les nommer autrement que comme « arabes »
      le fait qu’elle descende dans la rue aujourd’hui pour crier sa haine – « mort aux arabes » – est un pas de plus vers ce qu’il convient de nommer une forme actuelle de fascisme
      sans oublier les évolutions de la direction de l’OLP, du Hamas, du gouvernement palestinien, etc…

  2. daniella bettenfeld

    la violence de l’état juif nous montre que l’homme ne tire jamais de leçons de ses erreurs !
    mort aux juifs, arabes, ou aux blanc, c’est la seule chose que l’homme sait faire
    c’est là que l’on voit toute leur ignorance et cela va de pire en pire !!!! ‘

  3. Jacqueline Pachiaudi

    je me permets de rappeler que l’adjectif juif.ve qualifie l’appartenance à une religion ….. Dans ce cas précis c’est l’ETAT ISRAELIEN qui doit être montré du doigt et la phraséologie peu paraitre tendancieuse et alimenter les arguments des celles et ceux qui sont convaincus que l’anti-sionisme (qui n’est pas non plus le bon terme) est équivaut à l’antisémitisme. Nous nous devons d’être vigilants car nous savons bien que toute déviance sémantique entraine une déviance des idées.

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