Un concert (de jazz ?) dénonçant le capitalisme ? Ça devait me plaire !

Octobre 2018, Guadeloupe : je rate le concert de fin de résidence d’artistes de la rencontre Mario Canonge/Érik Pédurand à l’habitation La Ramée qui fut une plantation sucrière du 18e siècle. Symbole fort pour ce lieu sur lequel trimèrent des esclaves que de recevoir un spectacle s’intitulant « Kapital ».

Leur premier concert aura lieu au MACTe de Pointe-à-Pitre quelques jours plus tard.

Du programme de présentation du concert :

« De mémoire d’ADN, je ne suis pas l’enfant du privilège, mes bras en témoignent, mon corps s’en souvient. Je suis le fruit d’un élevage interdit, celui de l’homme par l’homme. Je suis l’enfant d’un rouage, d’un outil. J’ai nourri un monstre dont les tentacules aujourd’hui étreignent et enserrent le monde […]. En tant qu’individu issu d’un système basé sur l’extraction exponentielle de profit pour les besoins d’une puissante oligarchie, nous allons nous interroger sur les contradictions qui existent au sein de l’identité guadeloupéenne, à savoir comment être à la fois issu d’un système inégalitaire, y avoir participé sous la contrainte et dans le prolongement de l’histoire, exister à l’intérieur de ce système en contribuant à son succès et en bénéficiant de ses bienfaits. Le minimalisme chevronné et audacieux de Mario Canonge, est le parfait écrin pour peindre une toile musicale basée sur la transmission, l’échange intergénérationnelle et le patrimoine. »

Et me voilà au premier rang. Sur la scène un quart de queue et un micro pour  Mario Canonge, juste un micro pour Érik Pédurand.

Le chant – la déclamation, le récit, parfois le cri – (le plus souvent en créole, parfois en français ou en anglais), le piano : « Autour du piano de Mario Canonge, nous allons tenter d’établir un dialogue dont le propos principal s’intéresse à la question du privilège et de l’asservissement actuel et globalisé. »

Leurs rythmes et leurs mélodies communes, habituellement joué·es aux tambours (bèlè pour le Martiniquais, gwoka pour le Guadeloupéen), sont ici dédié·es au seul piano et à la voix.

Ensemble, ils ont composé leur manifeste dénonçant l’accumulation capitaliste, l’esclavage, et le colonialisme en poètes plutôt qu’en militants. Parfois le pamphlet et la satire sont acerbes pour dénoncer ce Kapital ; c’est l’histoire des Antilles tout entière qui est évoquée ici : la Martinique et la Guadeloupe restent sous la coupe de l’argent, du néocolonialisme et des békés.

Le cd est sorti le 30 octobre 2020 (Aztec Musique, CM2705)

Sylvain Silberstein

2 réponses à “Un concert (de jazz ?) dénonçant le capitalisme ? Ça devait me plaire !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.