Une poésie avec et dans le paysage

Essai d’arpentages et de regards lents, dans l’espace – le long du fleuve Adour, qui, au fil des pages, apparaît comme une compagne de voyage – et dans le temps long – de la préhistoire aux souvenirs d’enfance, avec « cette mémoire à portée de mains » (page 135) –, Poésie-Paléo reprend à sa charge l’art préhistorique. Plus précisément, « l’idée d’un art non ostentatoire », qui « se fond littéralement dans le paysage. Il se fait avec et dans le paysage » (page 79). « Il nous manque simplement les yeux pour pouvoir discerner ces traces » (page 51).

« Il y a plein de choses qui ne laissent pas de traces

le bois se décompose très vite

et la peau les chants les danses

la peinture sur les corps

les masques

et les corps eux-mêmes au bout d’un certain temps

comme l’empreinte de la barque sur l’eau

comme les ombres et les souffles » (page 67)

Non sans des pointes d’humour, Maxime Morel tente dans un même élan de réajuster le regard et l’écriture, à hauteur de ces traces dont « la nature a perdu la date de l’événement » (Emily Dickinson, citée page 67). Cela se répercute sur une appréhension du temps, dont les blocs se défont pour embrasser la vie de tous les jours, le banal et les détails, jusqu’à « inventer un couple » (page 113). Et les corps de danser

« comme si toutes les choses de la vie quotidienne

s’étaient changées en cérémonie » (page 144).

Marches prosaïques où les cargos longent les côtes aux grottes préhistoriques, et où les époques se télescopent :

« De nouveau suivant la piste

ça prend très vite

quand le regard se cogne

à la barre d’averse et aux odeurs d’Écosse

 

(et le fleuve rapide, va plus vite que les camions Durruti – au-dessus du petit chemin c’est l’autoroute) » (page 87).

Nous habitons cette « demeure du temps » (page 17) et ce paysage, l’un et l’autre confondus :

« après tout

nous avions déjà fait le deuil de nous-mêmes

nous étions de bien avant et de longtemps après » (page 17).

N’est-ce pas l’utopie qui réveille la préhistoire, en fait émerger les traces, « puisque nous sommes aussi de ce réel qui est à prendre mais à changer » (page 61) ? En conséquence, en s’inspirant d’Emily Dickinson, l’écriture de Maxime Morel cherche à « rentre(r) dans le paysage », à se laisser déplacer, puis emporter par la petite vague (page 146). En laissant une trace ; visible pour qui réinvente le regard.

Maxime Morel : Poésie-Paléo

Biarritz, éditions Exopotamie, 2021, 155 pages, 17€.

Frédéric Thomas

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