Le coin du polar (Avril 2021)

Jean d’Aillon, pour cette enquête de Louis Fronsac, sorte de Sherlock Holmes du temps de la régence de Mazarin, a décidé de nous balader en la ville d’Aix en Provence pour résoudre « L’énigme du clos Mazarin », en l’occurrence Michel, le frère du cardinal.

Il ne nous épargne rien, ni la longueur du voyage aller, le retour sera plus rapide, ni la description de la ville presque à toutes les époques avec des notes qui permettent de retrouver les endroits décrits aujourd’hui – il faut dire qu’il est l’auteur d’un guide de la ville -, ni les portes… Bref, nous y sommes. L’enquête est cousue de quelques fils blancs qui permettent des enchaînements faciles et d’autres plus bizarres sans que vraiment le fil rouge n’apparaisse sinon par le nombre de morts. Pour tant, la lecture reste agréable. Cheminer avec d’Aillon permet de saisir quelques bribes de ce temps, de connaître les accoutrements, les déguisements, les raisons des fêtes et de prendre plaisir aces informations même si les descriptions de la ville prennent un peu trop de place.

Jean d’Aillon : L’énigme du clos Mazarin, 10/18/Grands détectives

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Un titre accrocheur, « L’affaire Magritte », pour une rédemption, une sortie de dépression de l’enquêteur Alex Berger confronté à des meurtres étranges qui proviennent d’un autre temps.

Que vient donc faire le peintre belge surréaliste dans cette histoire ? Le spécialiste des visages en forme de chapeau, de trou ou qui n’arrivent pas à se rapprocher séparés et unis, l’utilisateur de la dialectique et de la psychanalyse freudienne sert-il de fil directeur ? Toni Coppers se sert de sa connaissance du peintre pour faire surgir des liens étranges entre l’assassin et l’enquêteur.

Alex Berger est ravagé, au fin fond de la dépression, alcoolique et dialogue avec la morte, sa femme assassinée lors d’une virée à Paris le 13 novembre 2015. A ce moment, il interrogeait John Novak coupable présumé de ces nouveaux meurtres de vielles femmes entre Paris et Bruxelles.

La manière dont Berger se sert de Novak pour sortir de sa propre mort est l’objet essentiel de ce « thriller ». Il fait porter sur ce coupable qui signe « Ceci n’est pas un suicide », toutes ses tares, toutes ses interrogations, une sorte de « transfert » sur le psychanalyste à la figure de tueur, lui-même victime d’un tableau de Magritte qui lui révèle les raisons de son mal-être.

On marche, on courre même. La fin n’a pas plus d’importance que le début, seul compte le mouvement, celui de deux êtres à la recherche d’un semblant de justice dans un monde qui l’ignore et plus encore les ignore.

Toni Coppers : L’affaire Magritte, traduit du néerlandais par Charles de Trazegnies, Editions diagonale

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Le polar polonais tisse sa toile noire via les enquêtes de Jacub Motka, dit le Kub signées par Wojciech Chmielarz décrivant Varsovie noyée dans les brumes de la corruption et du grand banditisme, où « Les ombres » – titre évocateur – s’agitent avec ardeur.

Cinquième et dernière traque du Kub en prise avec un crime de deux femmes, la mère et la fille d’un gangster qui a failli tenir la capitale de la Pologne dans ses mains, un accusé trop évident et l’éternel « Boro » qui fait la pluie surtout et pas vraiment le beau temps. C’est la fin de ce monde. Apparaît un nouveau personnage très à la mode ces temps-ci, « Lazare », avocat d’affaires capable de peser sur toutes les décisions de la justice et de la police, maître chanteur des temps modernes tout autant que corrupteur, capable de faire sonner toutes les portes. Contrairement à Boro, il ne fait pas le travail lui-même mais paye d’autres pour le faire. Violeur à ses heures, son projet est d’assurer son pouvoir par tous les moyens. Un visage du capitalisme moderne revu et corrigé par les spécificités de la Pologne.

Un grand roman, pas seulement « policier ». Comme souvent, la sociologie n’est pas loin. L’assassinat des truands répond à la fois à des motifs de basse police et à des raisons plus personnelles. L’auteur arrive à peindre des personnages complexes et le dénouement repose sur le rôle ancien de la famille.

Une plongée nécessaire dans ce polar fortement ancré dans le monde contemporain tout en se servant de ce qui reste quand on a tout oublié de la religion.

Wojciech Chmielarz : Les ombres, traduit par Caroline Raszka-Dewez, Agullo éditions.

Nicolas Béniès

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