L’égalité n’est pas un « luxe » mais le gage d’une réponse pertinente

En introduction, Olga Trostiansky et Dominique Joseph indiquent :

« Le présent avis a pour ambition de documenter les effets genrés de la crise sur trois niveaux :

– Le bien-être et la santé de la population sur les plans physique, psychique et psychologique, de la santé sexuelle et reproductive ;

– Les conséquences sur la « charge mentale » des femmes, notamment du fait de leur implication dans les tâches domestiques et familiales, conjuguée avec les effets du télétravail ;

– Les conséquences sur la situation économique et sociale des femmes, en considérant notamment le risque de précarité. »

Chapitre 1 : La santé et le bien-être des femmes dégradés par la crise

Les autrices abordent, entre autres, l’exposition au virus, les déterminations sociales et économiques, les effets cumulatifs des inégalités, la baisse de l’activité médicale et le renoncement aux soins, l’accès entravé aux droits sexuels et reproductifs (dont « une augmentation des retards de diagnostic et des demandes d’avortement hors-délai au moment du déconfinement »), la détérioration de la santé mentale, la surexposition aux risques psychosociaux et leurs effets durables, les violences faites aux femmes en contexte de confinement, l’augmentation des signalements, l’explosion de violences, les effets de la sensibilisation aux violences, la convention internationale du travail de l’OIT, « La Conférence internationale du travail de l’OIT a adopté en juin 2019 une nouvelle convention mondiale pour l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail. Cette convention établit pour la première fois un droit unique et global pour chacun et chacune de travailler sans violence ni harcèlement. La France ne l’a pas ratifiée », les violences concernant les jeunes…

Chapitre 2 : L’articulation des temps de vie en période de crise sanitaire

« Les effets de la crise se sont imprimés dans la sphère de l’intime, du temps quotidien, du rapport au travail. Ils ont exacerbé et rendu encore plus visibles les inégalités entre femmes et hommes qui traversent ces champs. La situation des personnes aidantes mérite un développement particulier »

Olga Trostiansky et Dominique Joseph discutent de l’articulation des temps, du développement des inégalités dans les couples, « le confinement a exacerbé les rôles sociaux de sexe traditionnels au sein des familles et leurs déséquilibres, au rebours de la dynamique de progrès des dernières décennies », du déséquilibre pour les tâches domestiques et parentales, « le confinement a amplifié les inégalités existantes de répartition des tâches et augmenté « l’exposition » des femmes aux tâches domestiques », de la prise en charge des enfants principalement par les femmes, des effets de la cohabitation forcée sur les relations entre parent·es et enfants, des tensions et des risques de « burn-out », de la double journée de travail des femmes, du creusement des inégalités professionnelles, des arbitrages au dépens du travail rémunéré « L’accroissement de la charge de travail domestique a conduit beaucoup de femmes à renoncer au travail rémunéré », des conditions de travail et de télétravail, de la porosité entre vie familiale et vie professionnelle, des effets de la fermeture des écoles, « Une étude de l’OFCE menée à l’issue du premier confinement a évalué à 1,5 million le nombre de personnes en emploi, ayant des enfants, dans l’impossibilité de télétravailler et dépourvues de solutions de garde du fait de la fermeture des écoles et des modes de garde. Les catégories socioprofessionnelles les plus concernées sont les professions intermédiaires, les ouvriers et ouvrières qualifiées et non qualifiées », de la situation des aidantes familiales, « 54% des femmes aidantes réduisent leur temps de travail, contre 29% des hommes aidants », de l’isolement en période de confinement…

Chapitre 3 : L’impact socioéconomique de la pandémie

Les autrices parlent de nouveaux et nouvelle pauvres, de l’augmentation prévue du taux de pauvreté des femmes, des conditions d’emploi moins favorables, d’exposition à la précarité, « Certaines catégories de femmes sont plus exposées à la précarité :

  • les femmes immigrées ou appartenant à des minorités ethniques, dont 34% d’entre elles sont embauchées à temps partiel, le plus souvent pour une courte durée, contre 28% des autres femmes ;

  • les mères seules, dont le taux de pauvreté atteint 35% contre 15% de la population. Elles représentent 85% des familles monoparentales, et plus de 90% de ces dernières dans les Outre-mer. De plus, dans certains de ces territoires des Outre-mer, ces familles représentent près de 50% des familles ;

  • les femmes handicapées, dont l’organisation déjà compliquée par un environnement peu accessible et une culture sociale peu favorable, a été remise en cause par la crise ;

  • les personnes engagées dans un parcours de sortie de la prostitution, du fait de l’arrêt de nombreuses activités de réinsertion, alors que la demande pour ces dispositifs augmente ;

  • les femmes migrantes ou les femmes étrangères victimes de violences. »

Elles poursuivent avec les impacts de la crise sur les femmes en situation de pauvreté, « la perte d’emplois en contrats précaires, saisonniers ou informels n’a pas donné lieu à l’ouverture de droits au chômage, des mères ont vu suspendre leurs droits de visite à leurs enfants placés, l’accès à l’hygiène a été rendu quasiment impossible pour les femmes sans abri à cause de la fermeture des restaurants et des parcs », les femmes migrantes, l’aggravation de la précarité menstruelle, les impacts du mal-logement…

Je souligne les développements sur « la situation des « métiers du front » a prédominance de femmes (l’exemple des métiers de service a domicile) », les métiers peu valorisés, le glissement « dans la sphère de l’emploi d’une répartition des rôles issue de la sphère privée », la naturalisation des compétences et son effet, « Cette « naturalisation » des compétences entraîne leur sous-valorisation, la précarité de ces métiers et leur sous-rémunération », la nécessaire revalorisation des métiers concernés…

Olga Trostiansky et Dominique Joseph analysent les conséquences économiques de la crise sur les femmes, l’impact du confinement sur les revenus et sur l’emploi, les effets à moyen et long terme prévisibles sur l’emploi des femmes, la précarité des jeunes (« notamment étudiantes et étudiants »)…

Chapitre 4 : La prise en compte de la parité dans la gouvernance de la crise

Je regrette la reprise du terme « gouvernance », un terme propre au néolibéralisme, qui masque les rapports de pouvoir et nie les choix démocratiques possibles et nécessaires.

Les autrices proposent de généraliser le recours aux données genrées, d’instaurer la parité dans les instances d’aide à la décision et dans les médias. Elles soulignent, entre autres, la place prépondérante des personnalités hommes dans les médias, l’« exacerbation des inégalités et des biais sexistes déjà présents » dans le traitement médiatique de la crise sanitaire, l’utilisation « d’un champ lexical renvoyant aux thématiques de la virilité et de la guerre », l’importance de construire un plan de relance « sous le prisme de genre » dimension « oubliée » par le gouvernement, « En période de crise, le conflit des priorités conduit à rétrograder l’égalité entre femmes et hommes au second rang, au sein des entreprises comme pour les pouvoirs publics, alors même qu’elle est mise à mal par la crise. Ceci entraîne un effet procyclique qu’il est indispensable de contrer », le renforcement de l’éducation et la sensibilisation à l’égalité dans toutes ses dimensions, « A cet égard, l’éducation à l’égalité est un levier clef, qui se retrouve au croisement de plusieurs enjeux abordés dans le présent avis : sexualité et droits sexuels et reproductifs, violences intrafamiliales, temps de vie, stéréotypes de genre, répartition des tâches domestiques et familiales, mais également orientations scolaire et professionnelle »…

En conclusion, les autrices parlent d’égalité réelle, « Il ne s’agit pas seulement d’une question de respect de la dignité, de l’égalité et des droits fondamentaux, mais également d’efficacité. L’égalité n’est pas un « luxe » en temps de crise, mais précisément le gage d’une réponse plus pertinente. Or, l’égalité entre femmes et hommes est trop peu prise en compte dans le débat public sur les réponses à la crise sanitaire, alors que les femmes sont souvent les premières concernées par les décisions envisagées, à l’image de la fermeture des écoles ou de la mise en vigueur d’un couvre-feu ».

Cet avis est assorti de dix-huit préconisations qui pourraient être largement discutées. Les positions de différents groupes au CESE et leurs votes sont reproduits. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les « représentant·es » des « entreprises » ne les ont pas approuvées. L’égalité est incompatible avec la liberté d’entreprendre, l’arbitraire patronal et le droit de propriété lucrative…

Olga Trostiansky et Dominique Joseph : Crise sanitaire et inégalités de genre

Les avis du CESE, mars 2021

https://www.lecese.fr/travaux-publies/crise-sanitaire-et-inegalites-de-genre

Didier Epsztajn

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