On n’en finit jamais avec les siens

« En finit-on jamais avec son passé, avec ce qui nous a défait ? ». Frédérique Germanaud nous propose un parcours plein de hors-champ, une réflexion sur l’écriture biographique, une incursion dans la vie de MoMo BasTa.

L’autrice discute de l’utilisation des métaphores pour contourner la pensée bloquée, des coulisses, de jeu de piste, de fiction littéraire, « L’artiste met toujours en jeu ce qui le travaille. Je devrais le savoir. Derrière la mise en scène, l’aveu échappe à ma compréhension. Les repères familiers ont fui ». La mise en jeu concerne aussi le lecteur et la lectrice, comment pourrait-il en être autrement…

Les mots sous la cendre, « Maurice, surnommé Momo, grand brûlé », l’écriture comme glanage ou pillage, « Je glane. Je maquille les pièces volées espérant les rendre méconnaissables, bric et broc, mêlant matériaux biographiques et fictionnels », le corps difforme, l’inscription d’un individu dans « le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale », les cris construits contre la cruauté des êtres humains, le « rouge et bleu » des incendies, l’audace de mettre en scène ses douleurs, des squats parisiens, « Les squats sont des marges, des entre-deux, entre collectif et individuel, intérieur et extérieur, éphémère et permanence », l’intime de l’écrivaine, le corps comme champ de bataille, le fils puni, la beauté « derrière le masque tragique », la douleur enfin soulagée, l’« inatteignable légèreté »…

Une histoire aussi de collaboration, de suicide, d’incendie, de performance, d’art et de squat…

Comment écrire une biographie ? « Je choisis provisoirement de consigner les informations sous la forme d’un journal de recherche ». Puis ne pas s’en tenir aux éléments perçus pour recomposer un puzzle sans produire une modération de la personne…

Pour l’autrice, « les écrivains sont d’incurables menteurs ». Mais l’écriture n’est-elle pas avant tout une peinture de souvenirs « réels, faussés ou fictifs » ou le rêve éveillé d’une bonne histoire ? « Je retarde le moment où il faudra aborder le nœud de l’histoire, alors qu’en tant qu’écrivain je devrais être impatiente »…

J’ai notamment apprécié la mise en mots du chaos, la blessure de l’événement, les points de suspension, les états exclus de la narration, la marginalité mise en vente, la mise en perspective de MoMo dans l’histoire…

« Le recyclage est la grande affaire de l’écriture »

Frédérique Germanaud : MoMo BasTa

Editions Isabelle Sauvage, Plounéour-Ménez 2021, 148 pages, 18 euros

https://editionsisabellesauvage.fr/catalogue/momo-basta/

Didier Epsztajn

Une réponse à “On n’en finit jamais avec les siens

  1. Frédérique Germanaud

    Merci pour ce beau retour de lecture !

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