Un polar travesti en western

« Dehors les chiens » de Michaël Mention essaie de redonner vie à ce genre strictement américain.

Prenez un héros solitaire, un « poor lonesome cow-boy », avec une profession étrange, un Marshall – un shérif fédéral ancêtre du FBI – des services secrets spécialisé dans la traque aux faux monnayeurs, appelez-le Crimson Dyke pour éviter de le confondre avec un autre, jetez le dans la fournaise de la Californie et, pour corser le tout, situez l’action en 1866, un an après la fin de la guerre de sécession pour raconter une histoire qui n’a rien à voir avec cette présentation, une révolte féministe.

Un genre singulier que les romans de l’Ouest américain, ses codes sont aussi stricts que les romans de chevalerie. A l’instar de Cervantès, mutatis mutandis, Mention à la fois les respecte et les explose en les pervertissant. Il fait la preuve d’une part de l’influence de William R. Burnett – qu’on redécouvre en France -, auteur de polars, de westerns et, d’autre part d’une bonne connaissance de l’histoire des États-Unis de cette époque de formation de l’État fédéral américain.

Une idée intelligente que la chasse aux faux-monnayeurs. Pendant la guerre de Sécession, la fausse monnaie avait proliféré. La pauvreté, la nécessité de sortir de la guerre expliquaient, dans un pays sans règle, sans véritable police sinon celle des Pinkerton – une police privée -, la prolifération de la fausse monnaie. Elle avait un rôle économique permettant la reprise des échanges. Il fallait, pour la constitution de l’État fédéral, absolument y mettre fin pour faire du dollar « officiel » la seule monnaie reconnue pour rendre le dollar convertible pour unifier le pays en construisant un marché unique. La monnaie n’est pas seulement un moyen de paiement, c’est aussi un condensé de politique.

L’intrigue se superpose, s’engloutit parfois, dans les grandes affaires structurantes de la société américaine. Les rumeurs, dans un pays sans information prennent toute la place et peuvent produire des catastrophes. Les truands et assassins sont partout. Chacun espère faire son trou. Le rêve américain est un rêve de sang. Même l’amour prend cette coloration rouge vif qui envahit tout le paysage marqué par une chaleur torride.

Un essai plutôt réussi. On attend la suite.

Michaël Mention : Dehors les chiens, Collection grands détectives, 10/18.

Nicolas Béniès

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