La singularité est constitutive de l’humanité

« je ramasse dans les poubelles et je vends ce que les Parisiens ont jeté ». Dans son introduction « À la recherche des résistances populaires », introduction-a-la-recherche-des-resistances-populaires-du-livre-de-melanie-duclos-les-braconniers-des-poubelles/ publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Mélanie Duclos présente les « biffins », la récupération et la vente, les laissé es pour compte de la crise ou du durcissement des politiques migratoires, les portes de Paris et les marchés aux puces, les travailleurs et les travailleuses non reconnu·es comme tel·les, les actions policières, les résistances populaires, « Ce livre est une ethnographie. De graphie, l’écriture, et d’ethno, l’ethnie, le peuple, par extension le groupe humain »…

L’autrice nous parle de noms, de classes populaires, des « biffins », des chiffonniers, « Comment faire alors pour s’éviter de les réduire ? Pour rendre compte, en un mot, de la multiplicité de leurs mondes ?

C’est sans doute un atout majeur des concepts sociologiques que de faire justement se relier les mondes, en inscrivant les groupes et les individus dans le tout de la vie sociale et l’ensemble de ses rapports »…

Elle souhaite rendre compte de mécanismes à l’origine de situations et de résistances populaires, d’expériences « de dénégation de reconnaissance et d’égalité, expérience de résistance à ces dénégations », de combats quotidiens, de soulèvements, « Les soulèvements ne naissent jamais de nulle part. Jamais ils ne surgissent d’une rage soudaine ou d’un ventre trop vide qui d’un coup soulèveraient les corps », du braconnage, « le braconnage comme pratique de ce texte caché qui résiste au pouvoir et parfois éclate au grand jour », de moyens d’existence qui dérangent l’ordre établi, « C’est de cette culture de résistance dont je vais surtout vous parler : de ses pratiques de vente et de récupération, des valeurs et des sens qui viennent s’y arrimer (chapitres 2 et 3), et jusqu’à la constitution du monde du marché, avec ses logiques, ses codes et ses horizons partagés (chapitre 4). Je vous parlerai du combat quotidien des biffins, de ses efforts et de ses rêves, aussi de ses limites et des tensions qui le traversent (chapitre 5). Ainsi, progressivement, l’ordinaire viendra éclairer l’apparent extra-ordinaire de la mobilisation qui fera le point de départ (chapitre 1) et le point d’arrivée (chapitre 6). Il éclairera la teneur des enjeux qu’elle a soulevés, la hauteur des espoirs qui l’ont animée et qui, à son issue, ont été pour beaucoup déçus »…

Le lieu du marché, les biffins, les client·es, les « chasseurs de lune », les boutiques de brocante. Mélanie Duclos revient sur l’histoire de ces marchés, les bords du périphérique, les étals, le marchandage, le marché des antiquités et l’autre marché, « Ainsi les biffins se voient repoussés – on verra plus loin les raisons historiques de ce partage – hors des Puces, à Paris, sous le pont du Périphérique et puis sur l’avenue… », la législation et l’illégalité de la vente, la création d’un « surplus d’illégalité », l’argument du vol…

Hier des chiffonniers, aujourd’hui des biffins. Les premiers pas du marché aux Puces vers 1880. Le territoire zonier et son annexion par la ville de Paris. La distinction entre chiffonniers et brocanteurs. La mise en forme du marché tel que nous le connaissons. Le titre gracieux et sa disparition. L’illégalité et la fin des tolérances…

L’autrice insiste sur la résistance, « les marges de manœuvres et les pas de coté, les dimensions plurielles et dynamiques du social qui font son historicité, et laisse au bout de compte échapper notre objet : les résistances populaires », la mobilisation de celles et ceux que les pouvoirs publics ont mis dans l’illégalité, les campements et les expulsions, la répression, les êtres humains agissant et la « formation de la classe ouvrière », la foule d’actes et de mots, « Il est temps à présent d’élargir la focale, de repousser d’un cran les frontières de l’objet pour y inclure, aussi, leur vie de tous les jours, une « vie de lutte » qu’ils disent, afin, finalement, de mieux répondre à nos questions : de quoi donc est fait leur combat ? A quoi il s’oppose ? Comment et pour quoi ? »

Mélanie Duclos discute, entre autres, des circuits de récupération, des possibles, des notions de propre et de sale, de la concurrence, du hasard et de la précarité, du hasard et des libertés, d’a-coté du travail salarié, d’autonomie et de confiance en soi, du travail contre la charité, de la figure du marchand, d’économie de survie, des lieux de re-socialisation, des refus de stigmate, des objets et d’histoire…

Je souligne les pages sur le marchandage, l’égalité relative des échanges, le pouvoir parler, les redéfinitions de soi « ouvertes et positives », l’arrivée massive de nouveaux marchands « biffins rroms et chinois », les cultures de la résistance, le double travail « de singularisation et d’universalisation », les frontières entre soi et les autres, les attributs « de la carence et de l’anormalité », les résistances et ce qu’elles rendent possibles, les imageries coloniales réactivées, les places assignées et les places construites…

« J’ai voulu, dans ce livre, rendre compte des expériences, des sens et des espoirs des personnes, des biffins, biffines, rencontrés Porte de Montmartre, et à travers elles approcher les vies des classes populaires ». En conclusion, Mélanie Duclos insiste particulièrement sur la prédominance de « l’être sur l’avoir », ce qui fait « bouger les lignes de l’ordre par d’autres établi »…

Mélanie Duclos : Les braconniers des poubelles

À la rencontre des biffins

https://www.syllepse.net/les-braconniers-des-poubelles-_r_22_i_818.html

Didier Epsztajn

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