Du coté du jazz (février 2021)

Archie Shepp renoue avec le duo, ici le pianiste Jason Moran, pour une évocation de gospels qui chantent la libération de l’oppression, comme l’affirme le titre « Let My People Go ».

Archie Shepp, légende vivante du jazz, alterne, comme souvent dans ses prestations, entre saxophone soprano et ténor pour crier à la fois la force du jazz et revendiquer la reconnaissance nécessaire des droits des Noirs américains de vivre sur leur sol La sonorité de Shepp est toujours, malgré l’âge, bouleversante, jeune dans sa manière de creuser le son. Il donne l’impression d’être un spéléologue qui transmet les expériences des profondeurs comme si le centre de la terre pouvait s’exprimer. Des vibrations qui pénètrent notre corps en laissant quelques traces. Il est impossible de jurer que le virus est atteint, mais il est possible de le croire.

Dans cet enregistrement réalisé au festival de jazz de la Villette en septembre 2017 – une éternité – le duo organise un voyage dans les mondes du jazz en entremêlant les souvenirs des Eglises noires, les gospels comme « Go Down Moses » qui va de pair avec « Let My People go », laisse libre mon peuple d’aller et de venir ou « Sometimes I Feel Like a Motherless Child », parfois je me sens comme un orphelin, qui ouvre l’album pour toustes les survivant.e.s des assassinés comme George Floyd. Les étapes suivantes ont nom Duke Ellington – Archie a joué avec l’orchestre à Paris, en 1969 et Duke voulait l’engager dans l’orchestre -, Thelonious Monk et, bien sur, le père putatif de Shepp, John Coltrane.

Il arrive à Jason Moran, compositeur de « He Cares », d’en faire un peu trop, de déborder – c’est difficile – Archie Shepp qui sait tout remettre en place sans démonstration de force.

Un album rempli de la mémoire du jazz et du blues, pour laisser percer une émotion subtile sans le besoin d’une pléiade de notes, chacun réussissant à faire passer l’essentiel. Une musique rare qu’il faut goûter toujours davantage.

Archie Shepp/Jason Moran : Let My People Go, Archie Ball.


Sourisse/Charlier, pianiste et batteur, un duo qui a toute une histoire, ont construit leur Multiquarium Big Band, proposent un album, « Remembering Jaco », pour faire renaître l’art vital de ce virtuose de la basse.

Jaco Pastorius est mort à 35 ans tabassé par des vigiles qui lui refusaient l’entrée d’un club. Il n’était sans doute pas présentable et un peu « parti » le rendant coupable sans jugement. Le monde avait perdu sa coloration et un génie. Pour mémoire, Jaco avait fait le son, avec Wayne Shorter, Joe Zawinul et Peter Erskine – invité de cet album, il évoque Jaco – du groupe mythique Weather Report qui avait fait éclater les frontières entre le jazz, la pop et tout le reste.

Comment faire renaître Jaco ? Comment redonner la présence grandiose de ce géant de la basse ? Charlier et Sourisse ont fait appel à Birelli Lagrène qui avait participé à quelques séances avec Jaco et le connaissait relativement bien. Birelli, guitariste extraordinaire qui a mordu à tous les fruits de la musique, à commencer par le jazz manouche, donnait l’impression de s’ennuyer ces derniers temps en ne trouvant pas de nouvelles frontières à franchir. C’est chose faite ici. Il montre que la basse n’a pas de secrets pour lui, qu’il est capable d’évoquer Jaco, de jouer avec son fantôme, de le faire revenir des enfers, de lui redonner toute sa place et de se refaire une santé.

Un album réussi. Il faut dire que l’orchestre fait la preuve de sa cohésion et de sa maîtrise. Une bonne surprise. Un enregistrement qui redonne la foi dans la musique comme remède aux temps troublés.

Charlier/Sourisse et le Multiquarium Big Band featuring Birelli Lagrène : Remembering Jaco, Naïve/Believe

Nicolas Béniès

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