Communiqué : Liberté pour le rappeur catalan Pablo Hasél (+ Lettre ouverte de Jordi Cuixart à Pablo Hasél )

Le rappeur Pablo Hasel brûle une photo du roi espagnol lors d’un spectacle. Photo ACN

Tout comme en Espagne, le Collectif pour la Libération des prisonniers politiques catalans, appelle les jeunes, les artistes, les démocrates à construire un mouvement de solidarité en France pour Pablo Hasél.

Le rappeur catalan, Pablo Hasél, 32 ans a été arrêté le 16 février à l’université de Lérida où il s’était retranché, au lendemain des élections catalanes. Connu pour son engagement antimonarchiste, il avait été le 28 janvier dernier condamné par la justice espagnole à neuf mois de prison ferme pour des tweets contre la police et la monarchie, qualifiant notamment les forces dites de l’ordre de « mercenaires de merde ». Les chefs d’accusation retenus contre lui sont « apologie du terrorisme », « diffamation » et « insultes contre la couronne et les autorités de l’Etat », pour certaines paroles de ses chansons.

Alors qu’il s’apprêtait à se retrancher dans l’université de Lérida avec quelques dizaines de ses soutiens, il assumait. « Ils devront venir m’enlever et cela servira aussi à dépeindre l’État sous son vrai visage, celui d’une fausse démocratie ! » Dans un tweet posté, le 12 février il expliquait : « Dernier communiqué avant mon incarcération. Aujourd’hui c’est moi, demain cela peut être toi, pour avoir dénoncé ceux qui gâchent tant de vies. Ce sont nos libertés qui sont en jeu, ne leur rendons pas la vie facile. Gagner ce bras de fer est possible ». « Ils ne nous feront jamais plier malgré toute la répression ! » a-t-il crié alors qu’il était emmené par les policiers.

Plus de 200 artistes parmi lesquels le cinéaste Pedro Almodóvar et l’acteur Javier Bardem ont signé une pétition demandant sa libération. Nous assistons une fois de plus à un « deux poids, deux mesures » de la justice espagnole qui ne dit rien face aux propos ouvertement racistes du président de Vox, Santiago Abascal, ou des traitements de faveur accordés aux proches du Roi régulièrement accusés de fraudes et de scandales financiers. Pablo Hasél n’est pas un un cas isolé. La justice espagnole n’en est pas à son coup d’essai avec le rappeur qui avait déjà été condamné à du sursis. Un autre rappeur, connu sous le pseudonyme de Valtonyc est depuis 2018 exilé en Belgique sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour apologie du terrorisme et « injures à la couronne ». 13 autres rappeurs, appartenant au collectif « La Insurgencia », ont été condamnés en 2020 pour apologie du terrorisme. Mais c’est la première fois en Europe qu’un rappeur se retrouve derrière les barreaux pour sa simple activité d’artiste, pour la liberté d’expression. 

Cette volonté de faire taire une parole dissidente est le propre d’une justice espagnole qui détient en prison des prisonniers politiques catalans pour le simple fait qu’ils aient exercé leur droit d’expression en tant qu’élus, ministres ou responsables associatifs, tout en continuant de poursuivre pour le même motif des milliers de citoyens et élus et en maintenant aussi en prison des syndicalistes au nom de la Loi « Mordaza » (« Baillon »). 

Le collectif pour la solidarité avec les prisonniers catalans demande leur libération immédiate comme celle de Pablo Hasél. Tout comme en Espagne, le Collectif appelle les jeunes, les artistes, les démocrates à construire un mouvement de solidarité en France pour Pablo Hasél.

https://petitioncat.blogspot.com/2021/02/communique-liberte-pour-le-rappeur.html

Communiqué du Collectif pour Libération des prisonniers politiques catalans-Paris 18/02/21

1) « Il n’est pas nécessaire d’être d’accord avec moi pour voir qu’il s’agit d’une attaque contre la liberté d’expression »

(2) La Solidarité face à l’arrestation du rappeur catalan Pablo Hasèl

La presse internationale se fait l’écho de l’émotion qui saisit les démocrates devant la dérive antidémocratique que connaît le Royaume d’Espagne. En effet qui ne serait troublé par la coïncidence dans le temps de l’arrestation à l’Université de Lerida du rappeur Pablo Hasél condamné pour « insultes contre la Monarchie », le déroulement à Madrid, en toute légalité, du meeting fasciste d’hommage à la « Division Azul », les « chemises bleues » franquistes ayant rejoint leurs alliés nazis, alors que à trois reprises les tribunaux interdisent une manifestation en défense de la santé et le service public sous prétexte de « raisons sanitaires ». Troublé devant le fait que le procureur demande l’annulation du 3è degré qui permet aux Prisonniers politiques catalans de sortir de prison les après midi, que les poursuites continuent pour le même motif contre des centaines de citoyens catalans et élus et que au nom de la Loi « mordaza » (« baillon ») des syndicalistes se retrouvent aussi en prison.

Dans de très nombreuses villes d’Espagne à Barcelone, à Madrid… des manifestations de protestation et de solidarité ont lieu depuis l’annonce de l’arrestation de Pablo Hasél… En voici ci après une des listes

Nous publions ensuite le lien avec l’information donnée ce Mardi 17 février par France-Info, suivie de la réaction solidaire des 200 artistes à l’appel de Pedro Almodovar et Javier Bardem 

(3) Le rappeur catalan Pablo Hasél, condamné pour des tweets, a été arrêté par la police espagnole

Barricadé depuis lundi avec des dizaines de sympathisants dans une université, le rappeur Pablo Hasél condamné pour des tweets attaquant la monarchie et les forces de l’ordre, a été finalement été arrêté ce mardi matin. 

franceinfo Culture avec agences France Télévisions Rédaction Culture 

Publié le 16/02/2021 11:46 Mis à jour le 16/02/2021 16:17: 

Le rappeur catalan Pablo Hasél, condamné pour des tweets, a été arrêté par la police espagnole 

(4) Articles sur le même thème : 

(5) En Espagne, 200 artistes soutiennent Pablo Hasél, un rappeur condamné pour ses propos polémiques.

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Lettre ouverte de Jordi Cuixart à Pablo Hasel

Après trois jours de mobilisations contre l’emprisonnement de Pablo Hasel, Jordi Cuixart, emprisonné depuis trois ans et quatre mois, lui adresse quelques mots dans cette lettre publiée conjointement par le Salto et par la Directa.

Lettre de Jordi Cuixart, président d’Òmnium Cultural, prisonnier depuis 2017, à Pablo Hasel

« La prison n’est pas le pire endroit au monde pour une personne qui ose penser par elle-même », citation de Nadia Tolokonnikova, fondatrice des Pussy Riot

Carissimo Pablo, avec ce superlatif, Antonio Gramsci commençait toutes les lettres à Tatiana. C’est l’une des premières choses que j’ai découvertes à Soto del Real il y a plus de trois ans. Je vous envoie un salut de la cellule, convaincu qu’ils n’ont pas mis la prison en vous.

Ponent est à cent vingt kilomètres de Lledoners, mais au fond, toutes les prisons du monde sont au même endroit, dans la partie la plus sombre du système, où personne ne veut regarder, car c’est là que réside la mère de toutes les injustices. Mais ici aussi des tonnes d’humanité se rassemblent, presque impossibles à trouver au-delà des murs.

En 2018, lorsque nous avons présenté « demain, ce sera peut-être toi », les avocats d’Òmnium Cultural m’ont expliqué que vous participiez à la campagne. Et je me souviens que j’étais très content car, pour l’aîné de mes deux enfants, vous avez toujours été l’un des rappeurs de référence et cela nous a un peu plus unis.

La prison regorge de connaissances et je suis convaincu que cela vous rendra encore plus rebelle de savoir de première main comment les inégalités se préparent chez nombre de nos camarades de classe. Assumer les conséquences de ses actes pour dénoncer ceux qui emprisonnent la contestation et la dissidence politique et culturelle est aussi une raison pour donner un sens à nos vies, pour transformer la frustration en combat pour l’espoir.

La liberté d’expression se défend en l’exerçant. Au vingt et unième siècle, lorsque l’état espagnol se consolide en tête du classement de la répression artistique, devant l’Iran et la Turquie, comme le souligne l’organisation internationale Freemuse, vous avez décidé d’utiliser votre situation comme un haut-parleur et cela mérite une reconnaissance absolue.

La police entre à l’université pour arrêter et emprisonner un chanteur, tandis que le fascisme alimente la haine dans la rue, au tribunal, sur les réseaux sociaux et au parlement, alors que les crimes haineux contre les Lesbiennes, les Gays, les Bisexuels et les Transgenres (LGBT) se multiplient, comme l’a dénoncé l’Observatoire contre l’Homophobie. Xavier Vinader l’a déjà dit, « l’état ne voit pas l’extrême droite comme un danger, mais comme une collaboration nécessaire ».

L’opération des pouvoirs de l’état contre la dissidence est permanente et elle ne s’arrête malheureusement pas à votre emprisonnement. En fait, des peines comme celles du Tribunal Suprême contre les organisateurs du référendum du premier octobre 2017 donnent carte blanche contre les droits et les libertés de tous les citoyens. Votre emprisonnement, comme celui de Dani Gallardo ou des camarades d’Altsasu, sont les mêmes visages d’une vague qui ajoute également près de trois mille mises en accusation dans la lutte pour l’autodétermination.

Mais n’oublions pas. Cette répression vient de loin. Le dictateur est mort dans son lit et, jusqu’à ce que justice soit faite pour les crimes du franquisme, l’état est condamné à vivre avec ses propres fantômes. Le fascisme n’a pas quitté les structures du pouvoir étatique et, pour commencer, Felipe VI représente l’héritage franquiste et il est prêt à tout pour ne pas perdre les privilèges hérités de son père et du régime de 1978.

« Nous condamnons plus les injures à la couronne que les injures de la couronne », a dit l’actrice Ana Milan alors que la voiture vous emportait. Il est clair qu’accepter docilement la crise démocratique et sociale que nous subissons, ainsi que l’urgence climatique, le patriarcat et les ravages d’une pandémie mondiale, serait imprudent. Car en plus d’être le seul pays de l’Union Européenne dont Amnesty International demande la libération des militants, l’état espagnol mène un autre triste classement, celui de quarante pour cent de chômage des jeunes. Pensez-vous que les jeunes resteront à la maison et renonceront à se battre pour leur avenir ?

Lorsque le droit fondamental à une vie digne est violé, nous n’avons pas d’autre choix que de cultiver le respect des droits de l’homme, même au-dessus de la loi. En fin de compte, souligner ses lacunes est le meilleur service que nous puissions rendre dans une démocratie. La pression citoyenne est avant tout une garantie contre l’immobilité de l’état de droit, car aucune société n’est libre sous des lois auxquelles elle ne reconnaît aucune légitimité.

Et, comme l’a expliqué Howard Zinn, si nous obéissons tous à la voix de la conscience, le chaos ne se produit pas, mais ceux qui répriment le font déjà en suivant leur propre conscience. Précisément pour cette raison, au lieu de préserver la création, qui nous stimule, au milieu d’une spirale régressive, l’état se consacre à l’emprisonnement de la culture.

Ainsi, face à la peur des rappeurs, des sondages ou des militants culturels, la seule réponse est de continuer. Tout comme l’ami Abel Azcona ou la journaliste Helena Maleno après les plaintes et les dénonciations, nous devons continuer à exercer nos droits chaque fois que cela est nécessaire et où que ce soit.

Cher Pablo, résistez. Vous savez que vous avez le soutien de milliers de personnes qui ne cesseront jamais d’exiger votre libération immédiate et, en outre, vous avez réussi à amener de nombreuses personnes, y compris des artistes qui ont détourné le regard pendant de trop nombreuses années, à élever la voix contre la loi bâillon.

Le seul combat qui est perdu est celui qui est abandonné, alors, quoi qu’il arrive, n’oubliez pas de respirer et cette liberté intérieure, peu importe combien de temps ils nous enferment dans la cellule, personne ne pourra jamais nous l’enlever. Et c’est aussi notre victoire.

Restez libre et ayons du courage.

Adelante siempre

https://www.elsaltodiario.com/tribuna/carta-cuixart-hasel-siempre-adelante

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