Le coin du polar (février 2021)

Frank Elder, flic à la retraite, héros récurrent de John Harvey, est partagé entre Peznance où il s’est réfugié, et Londres où il a passé trente ans.

« Le corps et l’âme » – curieuse traduction d’un standard du jazz « Body and Soul », corps et âme, comme une définition du jazz – remâche une enquête de l’inspecteur sur le violeur de sa fille alors adolescente. Ces mêmes personnages se retrouvent dans la dernière partie de la trilogie, chant du cygne évidemment, qui lie de nouveau le père et la fille sur fond de musique de jazz et de poésie.

Inceste – proche de la « Grande Familia » dans la description de ses conséquences sur une adolescente en l’occurrence et sur son frère -, enlèvements, vengeance, tout autant que l’amour déçu et lié à l’inceste sont des thèmes de notre actualité qui enveloppent une double intrigue. Elder, obnubilé par la défense de sa fille ne prend pas garde à la deuxième enquête. C’est la commissaire Hadley qui dénoue l’affaire. Un personnage attachant qui se retrouvera vraisemblablement sous la plume de l’auteur.

John Harvey : Le corps et l’âme, traduit par Fabienne Duvigneau, Rivages/Noir


Le roman d’espionnage soviétique a son grand maître, Julian Semenov (1931-1993), très connu dans l’ex-URSS et quasi-inconnu en Occident.

« La taupe rouge » permet de le découvrir comme son héros récurrent, Maxime Issaiev dit Max von Stierliz, espion au service du KGB. Comme dans les romans de John Le Carré, peu d’actions violentes mais un mélange d’actes quotidiens, d’analyses politiques, d’amitiés et de solitude. Stierliz est infiltré au sein de la Gestapo depuis de nombreuses années pour renseigner la Mère patrie des décisions politiques prises par les nazis et, si possible, de les influencer.

En 1945, la prise de conscience par les dirigeants du parti nazi de la défaite – Hitler est encore persuadé de la victoire – ouvre la porte aux tentatives de collaboration avec les dirigeants américains pour lutter contre la menace soviétique. Semenov, historien et quasi-mémorialistee conte, avec un souci du détail ahurissant, les derniers jours de Goebbels, de Himmler et de beaucoup d’autres sans oublier les menaces qui pèsent sur l’espion en passe d’être démasqué.

Un roman d’espionnage qui mêle tous les espaces, personnels, politiques, sociaux pour emmêler la compréhension du troisième Reich finissant et de la nouvelle période qui s’ouvre. La « guerre froide » est en germe dans la fin de la deuxième guerre mondiale.

A découvrir.

Julian Semenov : La taupe rouge, traduit par Monique Slodzian, préface de Zakhar Prilepine, 10/18, collection Grands Détectives.

Nicolas Béniès

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