J’AI LA gerbe !

Les escaliers, les couloirs et les quais du métro parisien dégorgent de publicité pour tout et n’importe quoi. Ce n’est pas nouveau et ce trop-plein de messages, qui ponctuent nos pas ou tentent d’attirer notre attention, provoquent généralement l’indifférence. Il arrive cependant qu’une réclame, pire que les autres, crée le malaise.

C’est le cas de cette annonce qui a commencé à fleurir, depuis quelques semaines, dans des vitrines auto-éclairés destinées à appuyer le contenu et rendre la marchandise plus « désirable » :

Photo du 28 janvier 2021.

Couloir de correspondance de la station République

Le sujet accrocheur, on l’aura compris, c’est Auschwitz et une histoire qui tourne autour d’un tatoueur. Vous savez celui qui inscrivait sur l’avant-bras gauche du déporté un numéro matricule permettant de l’identifier, de sa sélection sur la rampe d’arrivée, à la sortie des wagons à bestiaux, jusqu’à sa liquidation physique. Symbole de la déshumanisation voulue par les nazis.

Qu’une auteure ait eu la très mauvaise idée d’écrire « un roman d’amour » en s’inspirant du témoignaged’une rescapée des camps, c’est une chose. Que les éditeurs et les services marketing dudit éditeur transforment ce best-seller en une marchandise désirable, c’en est une autre nettement plus obscène et vomitoire.

Le détail du barbelé en forme de cœur, sur un arrière-plan de tissu rayé des tenues des déporté·es, est certes du plus bel effet, pour vendre cette romance. Mais l’insupportable est atteint avec la bande qui annonce, en lettres blanches sur fond rouge, Déjà quatre millions de lecteurs. (Apparemment pas de lectrices en vue…)

Pourquoi pas un appel à atteindre un nombre de lecteurs équivalent aux millions de morts de la folie hitlérienne ? Voilà un objectif commercial qui ne manquerait pas d’envergure.

La licence créatrice n’est pas en cause. Ce qui pose problème, c’est cette licence de l’appât du gain qui marchandise tout sur son passage et vend la machine de mort Auschwitz comme on vendrait une savonnette ou un abat-jour.

Cette campagne publicitaire, c’est le choc entre le désir que l’éditeur veut nous vendre et l’effroi de l’enfer des camps. Robert Antelme, Charlotte Delbo, Primo Levi, David Rousset et plusieurs autres ont, chacun·e à leur manière, témoigné de ce qu’ils/elle ont subi et de ce qu’ils/elle ont vu, tout en exprimant, dans le même temps, les limites de cette expression, face à l’indicible.

Roberto Prime

5 réponses à “J’AI LA gerbe !

  1. Monique Monique ROBILLARD

    De l’entreprise nazie de déshumanisation à la déshumanisation installée dans les esprits, cela en dit long sur l’état de notre civilisation aujourd’hui

    • Je ne condamnerais pas l’ensemble de la civilisation à cause d’un éditeur de plus à jouer cyniquement la carte du sadomasochisme pour fourguer sa camelote. J’ai bon espoir que la proportion de gens atterrés par l’horreur des camps nazis demeure supérieure à celle des gens qui y cherchent un frisson érotique ou une sidération ‘romantique’.

  2. Il y a une dizaine d’années avait été organisée au musée de la résistance de Toulouse une expo intitulée la « Shoah par balles ». Durant un bon mois tous les abribus du département 31 où chaque jour des ados attendaient leur car portaient l’affiche où l’on voyait un homme debout devant une fosse regardant vers l’objectif (sûrement sur l’injonction du photographe ) et derriere lui un officier SS pointant un pistolet sur sa nuque… J’ai vu ainsi la dernière seconde de vie de cet homme au regard résigné donnée en pâture à des regards indifférents et adossés à laquelle des jeunes se chahutaient hilares en attendant leur bus scolaire…

  3. Une manifestation en face des bureaux de l’éditeur (CITY)?

  4. Tout est bon pour le pognon!

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