Les mouvements sociaux maghrébins contre la paupérisation et contre la répression

Les organisations, associations et syndicats membres du Forum Social Maghrébins dénoncent les campagnes de répressions et d’interpellations qui ont visé des centaines de jeunes dans les quartiers populaires paupérisés de nombreuses villes tunisiennes qui protestaient et ce, dix ans après la « révolution de la dignité » qui a revendiqué le droit au travail, la liberté, la justice et l’égalité.

Elles rappellent le gouvernement tunisien à ses obligations de respecter les principes de la Constitution du pays qui stipule l’obligation de l’Etat à respecter la dignité de ses citoyens et lui interdisent l’usage de la torture et des peines sévères.

Le renoncement de l’Etat depuis des décennies à assumer son rôle social, imposé par des choix néolibéraux qui renforcent l’endettement et la dépendance du pays avec des coûts sociaux élevés pour les catégories sociales vulnérables et des classes moyennes. Cette situation est appelée à perdurer dans le cadre du nouveau projet d’accord d’association avec l’Union Européenne proposé à la Tunisie et contre lequel les organisations de la société civile se sont opposées.

La persistance des gouvernements tunisiens qui se sont succédés à suivre les mêmes choix économiques de l’ancien régime contre lequel la révolution s’est élevée, a contribué a paupériser la société tunisienne et particulièrement les catégories sociales précaires et à conduit des milliers de jeunes, d’adultes et d’enfants à l’immigration irrégulière, à l’extrémisme, à rejoindre les circuits de l’économie informelle et aux emplois précaires. Cet état de fait abouti à la confrontation avec le pouvoir qui n’a pas fourni les conditions d’une vie digne et décente et qui n’a répondu à leurs cris pour leurs droits légitimes à une vie digne que par la répression.

Partant de notre destin Maghrébin commun, ainsi que notre attachement aux principes de justice et de liberté pour tous les peuples, nous appelons le gouvernement tunisien à libérer toutes les personnes arrêtées et à cesser d’utiliser la justice et le système sécuritaire comme unique moyen de réponse aux protestations ; et à faire en sorte que les mesures à prendre soient conformes aux aspirations du peuple tunisien et aux principes de sa révolution.

Nous appelons également tous les épris de démocratie, de liberté, de justice dans la région et dans le monde à faire pression sur le gouvernement tunisien afin que la révolution tunisienne ne se transforme pas en un cauchemar qui ramènerait les pratiques de la répression du passé.

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Non aux réponses sécuritaires aux aspirations populaires légitimes en Tunisie

Les évènements et les manifestations qui se déroulent actuellement dans de nombreuses régions et villes en Tunisie viennent nous rappeler la gravité de la situation politique et  socio-économique que connait le pays.

Dix ans après le déclenchement de la révolution, le processus de transition vers la démocratie est en panne. L’action des gouvernements qui se sont succédé au cours de cette décennie tend à accréditer l’idée qu’ils sont indifférents aux attentes et aspirations légitimes de l’écrasante majorité du peuple tunisien et en particulier ses couches populaires. Les espoirs de voir se réaliser plus de justice sociale, d’accéder à la dignité pour tous et toutes, de voir le respect des droits humains et l’État de droit triompher, la corruption et le népotisme combattus et éradiqués sont chaque jour, davantage déçus.

Six ans après l’adoption de la nouvelle constitution, l’action publique semble tourner le dos à la consécration des principes de l’égalité de toutes et tous devant la loi, à la mise en place de mécanismes garantissant les droits économiques, sociaux et écologiques de tous et en particulier des plus démunis. Le spectacle désolant qu’offrent les institutions mises en place (parlement, gouvernement, présidence) engluées dans des querelles de chapelle ne peut susciter que la colère et l’indignation de la majorité des tunisiennes et des tunisiens contraints à faire face à une crise économique profonde et accentuée par une situation sanitaire mondiale sans précédent.

C’est dans ce contexte et sur ce fond qu’il faut placer les derniers évènements qui ne sont rien d’autre que l’expression de la colère des laissés pour compte et des oubliés et qui ne peuvent être isolés des milliers de manifestations et mouvements revendicatifs qui se sont exprimés ces dernières années.

Les groupes sociaux (en particulier des jeunes issus des quartiers populaires) s’élèvent aujourd’hui (parfois avec une violence répréhensible et qui peut être évitée) contre la stigmatisation dont ils font l’objet, contre l’absence de perspectives (plus de 100 000 jeunes quittent le système scolaire sans aucun avenir, chaque année), contre l’absence de toute réponse politique ou économique crédible, contre un système qui dévoile, chaque jour davantage, ses défaillances.

Les tunisiennes et tunisiens épris de justice et de progrès vivant à l’étranger partie intégrante du peuple tunisien et qui ont été présents dans toutes les luttes menées depuis l’indépendance expriment avec force leur refus de toute forme de criminalisation et de stigmatisation des mouvements sociaux et du droit à manifester garanti par la constitution.

Ils dénoncent avec la plus grande vigueur les déclarations de dirigeants du mouvement Ennahdha au pouvoir, de vouloir « mobiliser leurs jeunes et des groupes sur le terrain pour protéger les biens publics et privés » et ainsi engager le pays sur la voie de la mise sur pied de milices en contradiction flagrante avec la constitution et les lois du pays qui réservent le rôle de la protection des citoyens et la sécurité du pays aux seules organes de l’Etat.

Ils reprennent à leur compte les positions et demandes formulées par de nombreuses associations et institutions de la société civile tunisienne dont en particulier :

  • Leur soutien aux forces vives représentées par les jeunes et citoyens et citoyennes engagés pour la démocratie et la justice sociale, dans la poursuite de leurs luttes afin qu’elles demeurent une force de pression continue sur le système de gouvernance, le poussant à revoir ses politiques de développement, à faire face à la corruption et à respecter les droits et les libertés individuelles ;

  • Leur condamnation et leur mise en garde contre les conséquences des violentes pratiques sécuritaires à l’égard des manifestations récentes, les arrestations arbitraires ainsi que les arrestations sur la base de publications dans les réseaux sociaux traitant de la situation sociale du pays ; pratiques qui ne feront qu’alimenter la colère de la rue contre le système sécuritaire et aggraver la crise de rejet envers l’État ; et qui constituent une violation flagrante de la liberté d’expression, en totale incompatibilité avec les piliers de l’État de droit 

  • Leur appel aux autorités judiciaires à assumer leurs responsabilités et à ouvrir une enquête sur les pratiques sécuritaires portant atteinte aux droits des personnes et des nombreux mineurs arrêtés, les soumettant à de mauvais traitements et abusant de leurs données personnelles en diffusant intentionnellement des photos de détenus mineurs sur les réseaux sociaux ; 

  • Leur interpellation de la classe dirigeante à se consacrer à la résolution des préoccupations du pays et du peuple, au lieu de sombrer davantage dans des calculs politiques, d’inciter à la violence, à la haine et à la discrimination entre les citoyennes et les citoyens sur la base de loyautés partisanes ;

  • Leur conviction que le gouvernement tunisien et les autorités portent la responsabilité des conséquences de leurs politiques économiques et sociales qui n’ont su que poursuivre le même modèle économique, qui n’a produit que chômage, augmentation de la pauvreté et de profondes inégalités ; et elles les invitent à revoir ses politiques à travers des choix économiques au service du pays et des couches populaires, une fiscalité équitable et une réponse efficace et effective à la corruption ; 

  • L’expression de leur solidarité avec les nombreux et nombreuses journalistes à la suite du harcèlement dont ils ont fait l’objet en raison de leur couverture médiatique des événements récents, et exigent du ministère de l’Intérieur qu’il assume sa responsabilité dans la protection des journalistes pendant l’exercice de leur travail, et exigent qu’il prenne toutes les mesures de protection au profit des journalistes victimes de harcèlement et de menaces ;

  • Leur indignation face au cours actuel que prend la situation, suite à l’échec d’une classe dirigeante et d’un État avec l’entièreté de son appareil à assumer leur rôle principal d’assurer les droits les plus élémentaires constitutifs d’une à vie décente pour ses citoyennes et citoyens ; et en instaurant la justice et l’égalité en réponse aux aspirations de la Révolution.

 

Annoncent qu’ils mettent en place UN COLLECTIF DE SOUTIEN AUX LUTTES DES MOUVEMENTS SOCIAUX EN TUNISIE.

Ce collectif aura un double objectif :

  • Agir en faveur de la convergence des luttes et le rassemblement des forces de progrès en et en faveur de la Tunisie

  • Rassembler les organisations, associations et citoyens tunisiens pour une action de mobilisation solidaire large et un soutien concret et efficace aux luttes sociales en Tunisie

Pour vous joindre au collectif, merci d’envoyer votre signature par email à :

soutien.mouvements.sociaux.tn@gmail.com

LISTE DES PREMIERS SIGNATAIRES 

Associations

Association des Aigles de Carthage – Metz

Association Démocratique des Tunisiens en France (ADTF) 

Association des Tunisiens du Nord de la France (ATNF) Lille

Association des Tunisiens en France (ATF)

Association des Tunisiennes et Tunisiens de Suisse (ATTS) 

Arts et Cultures des Deux Rives (ACDR)

Comitato degli Immigrati Tunisini in Italia (CITI) Italie

Collectif Culture Citoyenneté (3C)

Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)

Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie (CVDT) Belgique

Fédération des Tunisiens Citoyens des deux Rives (FTCR)

Mouvement Citoyen des Tunisiens en France (MCTF) 

Le Pont de Genève – Suisse

Réseau Euro-Maghrébin Citoyenneté et Culture (REMCC)

Union des Citoyends des deux Rives (UCDR) – Nimes

Union des Tunisiens pour une Action Citoyenne (UTAC) 

 

Partis

Al Joumhouri – France

Al Massar – France – Nord

Courant Démocratique (Attayar)

Ettayer Echaabi

Fédération Internationale d’Ettakatol  

Parti des Travailleurs de Tunisie – France  

 

Personnes

Maha Abdelhamid 

Mourad Allal 

Noureddine Baaboura

Houcine Bardi

Aziz Barkaoui

Fayçal Ben Abdallah

Cheima Ben Hmida 

Tarek Ben Hiba 

Mohamad Benhinda

Dalila Ben Othmane 

Nadia Chaabane 

Hédi Chenchabi

Jocelyne Dakhlia

Nadia El Fani

Mohamed Ellouze

Fethi El Hajali

Tahar El Mouez

Raoudha Faouel

Claudette Ferjani

Mohamed Chérif Ferjani  

Mejed Hamzaoui

Nadhem Hanine

Hedi Houaichia

Nacer Jalloul

Chokri Jelassi 

Kamel Jendoubi 

Abderrazek Lassouad

Hend M’hamdi

Najet Mizouni-Lindenberg 

Chérif Msadek

Mohamed Nachi

Ramzi Oueslati

Younes Rhouma

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