L’humanitaire cache-misère des profondes inégalités sociales ?

« Durant huit semaines, du 17 mars au 15 mai 2020, plusieurs dizaines de notes d’ambiance etd’observation sociale ont été rédigées par les équipes, centralisées par les cadres et transmises aux autorités impliquées dans l’action socioéducative du département.

Ces notes sont d’un grand intérêt parce qu’elles rendent compte de la vie quotidienne d’une multiplicité de territoires, dans un contexte inédit de crise sanitaire. Plus largement, elles livrent un tableau très animé de plusieurs dizaines de cités ou quartiers (bidonvilles, squats ou espaces d’errance), qu’on a en réalité peu l’occasion de pouvoir ausculter de façon aussi fine. Et elles attestent que les éducateurs sont à la fois d’ingénieux connaisseurs des secteurs où ils interviennent et des publics qui y résident, et d’habiles décrypteurs des actions mises en œuvre et de leurs effets ».

Véronique le Goaziou souligne le vide – un désert – dans les rues et les espaces communs des cités et quartiers lors des premiers jours du confinement, la visibilité accrue de celles et ceux qui n’avaient pas de logement, le vide aussi des structures de proximité existantes – « elles sont souvent les seuls espaces de vie collective organisée, animés par des personnes extérieures au quartier ».

La société française, contrairement aux discours publics n’a jamais été et n’est pas une. Elle est fragmentée par les rapports sociaux, les ressources très différenciées des un·es et des autres, de profondes inégalités. Le confinement n’a pas les mêmes effets suivant les ressources, les logements, le nombre de cohabitant·es, etc. Les pouvoirs publics projettent une image volontairement fausse des situations sociales, la vie des ministres et des député·es / sénateurs/sénatrices n’a que peu à voir avec le quotidien de millions de citoyen·nes et encore moins avec les conditions de survie des plus précarisé·es.

L’autrice parle, entre autres, d’esseulement, de logements trop petits en regard de la taille des familles, de nécessité de sortie, de la cité comme espace de confinement, « Vivre dans un appartement trop petit, et parfois insalubre, pour une famille trop grande est le lot d’une bonne partie des habitants de ces territoires, si bien que les équipes, soucieuses des manquements aux règles prescrites, le furent tout autant des tensions intrafamiliales qui se firent jour un peu partout et pouvaient déboucher sur de la violence », des enfants désarrimé·es au temps scolaire, des premières difficultés matérielles, des conditions de vie détériorées, des aides et de leurs limites, « En résumé, elles ont mis en œuvre une série de petites actions concrètes pour les jeunes et les familles, où le « faire pour » a supplanté le « faire avec ». Le travail sur le pouvoir d’agir des habitants ou sur l’autonomie, qui accompagne ordinairement l’intervention socioéducative et constitue un de ses objectifs, a été provisoirement laissé de côté dans la mesure où les arrimages ordinaires des publics étaient suspendus et fragilisés », de crainte alimentaire, des écarts « aux normes de l’aisance sociale qui ont rendu leurs populations particulièrement vulnérables durant le confinement », des interventions d’urgence, de mise en place de systèmes d’aide alimentaire…

Véronique le Goaziou détaille des situations et des actions dans des bidonvilles et des squats, les maraudes sanitaires, la distribution des colis alimentaires, les situations parfois dramatiques, les gênes et les hontes.

L’autrice interroge : « De l’éducatif à l’humanitaire : un retour en arrière ? ». Elle discute de la sortie du confinement, des effets durables de celui-ci sur la situation future des populations, d’installation de l’urgence sociale, d’absence d’action politique de longue durée, « Si par ailleurs la redistribution sociale procure à ces personnes ou ces familles des ressources minimales d’existence, elles ne peuvent toutefois que très rarement desserrer l’étau financier qui les contraint et sortir de leur condition », des enclaves de misère…

Que peuvent alors co-construire avec les personnes concernées les éducateurs et les éducatrices en termes de prévention spécialisée ?

Véronique le Goaziou : « L’éducateur face à l’urgence sociale »

Les équipes de prévention spécialisée et de maraude du Groupe addap13 durant le premier confinement (mars-mai 2020)

Groupe addap13, Marseille 2021, 12 pages

Didier Epsztajn


De l’autrice :

Errances à la gare Saint-Charles

La grande précarité et l’intervention socioéducative, la-misere-a-la-vertu-de-rejeter-le-futur-dans-le-neant/

Viol. Que fait la justice ?, le-temps-judiciaire-est-un-temps-contraint-qui-nest-pas-celui-des-victimes/

Une réponse à “L’humanitaire cache-misère des profondes inégalités sociales ?

  1. Une ancienne éléve à mon épouse après, brillante par ailleurs Master 2 en humanitaire et 5 ans dans une ONG a tout quitté par dégout et s’est reconverti dans l’artisanat !
    Nous sommes humainement dans l’impasse terrible du néolibéralisme !

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