« Il y aura un avant et un après ! »

Si nous voulons comprendre où nous en sommes,
regardons ce que nous avons fait.
Si nous voulons savoir où nous allons, regardons ce que nous faisons.

M. De La Palisse n’aurait pas dit mieux. Il y a toujours un après après un avant. Evidemment, l’idée sous jacente, c’est que l’après ne sera plus comme l’avant. Soit ! La difficulté commence quand nous devons définir comment a été l’avant et comment devra être l’après. L’avant, c’est tout ce qui a été jusqu’à maintenant. Cette réalité est une et indivisible. Elle a une dimension infinie dans tous les domaines, dans l’espace comme dans le temps. Elle est d’une telle complexité qu’il est impossible pour un cerveau humain d’en percevoir la totalité.

Notre perception ne peut être que partielle et malheureusement partiale. En effet, nous ne pouvons avec nos sens qu’en percevoir une infime partie. Nos sens nous permettent de voir, entendre, sentir, et donc d’écouter, de lire, de réfléchir. Mais pas sur la totalité de la réalité. Aussi certaines et certains se spécialisent : ils mettent leur attention et leur réflexion sur un domaine particulier : l’économie, la sociologie, la biologie, l’astronomie, la paléontologie, enfin tous ces divers domaines qui se terminent en « nomie » ou « logie ». Ils deviennent des experts dans leur domaine et sont souvent, comme le commun des mortels, pas forcement érudits dans les autres.

Il y a pourtant un domaine qui demanderait d’avoir une expertise dans tous les domaines, c’est celui des décideurs politiques qui choisissent des options qui déterminent nos vies. Ils peuvent bien sûr s’entourer d’experts en tous genres qui les informent, mais vient toujours le moment où il leur faut choisir. Et c’est là que ça se complique une deuxième fois (la première étant, vous l’avez compris, la perception très, trop, parcellaire de la réalité).

Comment faisons nous pour choisir ? Peut-il y avoir une objectivité dans nos choix ? Pour répondre à ces questions, posons nous deux autres questions : qui sommes-nous et d’où venons-nous ?

Petite histoire de lHumanité

Lhumanité a une très longue histoire. Elle a connu plusieurs grandes révolutions qui ont modelé autant de civilisations. Chaque civilisation se caractérise par son mode de communication et son accès à l’énergie. Ce couple communication/énergie va modeler à son tour la conscience des humains, tant individuelle que collective. Il est possible de dater la bascule d’une civilisation à une autre bien que cela se fasse progressivement. Plus la civilisation est courte, plus la bascule est rapide. La date donnée est le « cœur » de la bascule, après les prémices et avant la pleine installation.

La première civilisation, sans remonter jusqu’aux Australopithèques (- 4,2 Ma – millions d’années), est celle des cueilleurs-chasseurs (environ – 2,8 Ma) qui étaient nomades et vivaient en petits groupes. Ils étaient de culture orale et le toilettage mutuel avait une grande importance sociale. L’énergie provenait de la « centrale énergétique » humaine et des forces de la nature à l’état naturel. La perception du temps était cyclique – les jours, les saisons, mort et renaissance. La conscience était exclusivement collective   un Nous indivis. L’étranger, l’étrange, c’était le non-humain, le démon, le monstre. C’était un âge mythologique. Cette civilisation a duré jusqu’à environ – 3500 ans, soit près de … 2,8 Ma !

La deuxième a vu le jour avec le début de lagriculture et de l’élevage. La maitrise de l’eau avec de grands travaux d’irrigation a permis le développement d’une civilisation hydraulique qui a bouleversé la société humaine. Pour la première fois, il était devenu possible de posséder quelque chose que l’on pouvait capitaliser (céréales, bétail). Il était devenu nécessaire de noter, de compter, de tenir des registres et c’est le début de l’écriture. Le passage à une communication écrite a été un grand facteur d’unification des peuplades en « états », avec à leur tête des « rois ». La capitalisation de biens a entraîné la hiérarchisation de la société avec la différenciation des tâches : les possédants, les marchands, les artisans, les ouvriers, les esclaves. La prise de conscience de ces différences a été l’émergence d’un début de conscience de soi. Pour assurer la nouvelle structure sociale de type verticale, les dieux païens et locaux ont été remplacés par un dieu unique transcendant. C’était un âge théologique avec l’émergence de la mort comme finitude de la vie et de l’« au-delà » pour vaincre cette finitude. L’étranger était devenu le païen ou l’infidèle. Cette civilisation a duré jusqu’à environ + 1500, soit … 5 000 ans !

La troisième a vu le jour avec limprimerie et un peu plus tard la machine à vapeur. La culture imprimée a été un grand bon en avant de la « fabrication » et de la diffusion didées. Elle a été le tremplin pour une réflexion de la société sur elle-même. C’est l’émergence des « lumières ». La Raison devient le mode de pensée dominant. Couplé à l’énergie du charbon pour les machines à vapeur, puis le rail, ce nouveau mode de communication et de pensée engendre une société « utilitariste » : la science et la technologie portaient en elles une idée révolutionnaire, celle du progrès. La naissance d’une bourgeoisie et l’amélioration du mode de vie ont contribué à l’apparition de la « vie privée », quasi inexistante jusque là : le foyer familiale, l’intimité des chambres, etc. La mort, la finitude de la vie, est pour la première fois pensée comme terrestre mais le progrès va et pourra la repousser à l’infini : une immortalité terrestre, plus besoin de l’au-delà. L’irrationnel devient l’étranger. C’est la première révolution industrielle. Cet âge idéologique a duré jusqu’à + 1900, soit … 400 ans !

La quatrième a vu le jour avec l’utilisation de l’électricité. Les communications électriques puis électroniques ont bouleversé les relations à l’échelle mondiale. Les énergies fossiles (pétrole, gaz) et les moteurs à combustion ont « compressé » l’espace et le temps. Les modèles électriques, par exemple le télégraphe, ont inspiré aux chercheurs un parallèle avec le fonctionnement du corps humain. C’est le début de l’introspection humaine et donc un bond en avant de la conscience de soi. Cela a mis en avant lindividu comme sujet à par entière, y compris les enfants. Les modèles éducatifs ont été revus, aussi bien au niveau institutionnel que familial. L’éducation de masse a permis l’accès aux diplômes à un plus grand nombre, brouillant ainsi la structuration en « classes » de la société dites industrielle. Cet âge technologique a duré à peine… 100 ans.

La cinquième a vu le jour avec l’avènement du numérique. La robotisation de la production a bouleversé la structure sociale. Le développement exponentiel de la communication a transformé les relations commerciales internationales. L’industrie s’est délocalisée dans les pays à bas coût sociaux, pendant que l’économie tertiaire prenait de l’ampleur dans les pays désindustrialisés. L’économie de la communication s’est imposée comme un puissant facteur de contrôle et de manipulation de la vie des populations. Les données privées sont devenues une marchandise capitale. La toute puissance des algorithmes a permis le développement d’une gestion « déshumanisée » de la société. Cet âge numérique, qui n’a que quelques décennies d’existence, voit déjà arriver le suivant : celui de l’Intelligence Artificielle et du Transhumanisme.

Ce sixième âge est en gestation dans le cerveau de « petits génies » sans émotions, ni sentiments, ni états d’âme. Leur « délire » : créer une intelligence artificielle capable de sauto-former, de créer seule son auto-développement pour un jour dépasser l’intelligence humaine dans tous les domaines. Cette intelligence, débarrassé des contraintes biologiques de l’humain, du vivant, pourrait alors coloniser d’autres planètes et à terme tout l’univers. Et l’humain dans tout ça ? Il n’aurait plus sa place car n’ayant plus rien à faire. Cette « Intelligence » n’ayant plus besoin de nous, elle nous éliminerait.

Fin de l’histoire !… ou pas ! Il y a d’autre chemins, d’autres possibles. Cela dépend de nos choix collectifs.

Petite histoire de lEtre humain

Nous sommes des êtres humains et nous avons fait la démonstration de notre capacité à nous extraire de la nature pour nous en servir. Mais ceci, c’est dans le monde extérieur, celui de la matière qui nous entoure (Minéraux, végétaux, animaux, des « ressources » exploitables). Mais qu’en est-il de notre monde intérieur, notre inconscient ? Sommes-nous aussi éloignés de la nature que dans le monde extérieur ? Pour répondre à ces questions, faisons un petit détour.

Petit détour (archéo) logique

Nous sommes le produit de la Vie qui se développe sur cette terre depuis des millions d’années. Et si la Vie est parvenue jusqu’à nous, c’est qu’elle a obéi à deux principes fondamentaux : satisfaire les besoins vitaux de l’être vivant quel qu’il soit et éviter de mourir, individuellement et pour sauver l’espèce. Cela peut aussi s’appeler l’instinct de survie.

Au début était le végétal qui assurait ses besoins vitaux avec la lumière, l’eau et la terre où il puisait sa nourriture. Quand le végétal s’est « arraché » de la terre, il est devenu animal et il lui a fallu trouver une nouvelle source de nourriture que ne lui procurait plus son déracinement de la terre. L’animal a dû se nourrir de végétal puis pour certains, comme c‘était devenu disponible, de l’animal. Se nourrir devenait plus compliqué car l’animal était devenu dépendant d’une ressource extérieure à lui, dans la mesure ou il n’y était plus liée : les végétaux et les animaux.

Pour les animaux se nourrissant uniquement de végétal, la survie passait par un accès à l’eau, à la ressource végétale et au « partage » avec les autres « végétariens » avec qui ils se trouvaient en compétition, entre « cueilleurs – brouteurs ». La défense d’un territoire devenait vitale et quand la ressource nourricière venait à manquer, le conflit devenait inévitable. Mais la « nature », qui fait assez bien les chose, a prévu une régulation astucieuse : pour assurer la survie des espèces (plus importante que celle des individus), elle a régulé la procréation en fonction de la ressource disponible afin de préserver celle-ci.

Pour les animaux se nourrissant des autres animaux, cela se complique encore. Il y a un intermédiaire de plus : se nourrir d’animaux qui se nourrissent d’animaux ou de végétaux qui se nourrissent de la terre. Les végétaux, c’est simple : il suffit de se baisser pour les brouter, ils ne vont pas se sauver. Mais pour attraper un autre animal, ce n’est pas si simple : il faut une tout autre stratégie. Il faut une mentalité de « chasseur” » de prédateur. Et les animaux qui sont chassés deviennent des « proies ».

Les proies sont donc plus vulnérables que les prédateurs (qui pour certains, n’ont pas de prédateurs ; comme l’homme – à par lui-même évidemment). Mais là aussi, la nature a tout prévu : les proies ont un système de reproduction très prolifique (pour compenser les pertes et aussi pour faire nombre comme système de défense).

Pour que tout cela fonctionne, chaque être vivant, et plus particulièrement chez les animaux, doit être doté d’un système de « surveillance » interne vérifiant la bonne satisfaction des besoins vitaux. Ce système alerte l’animal, par une forme de stress, quand un besoin est en manque et ce stress met l’animal en mouvement pour pallier ce manque. Depuis la nuit des temps, c’est ce système qui détermine l’activité du vivant, y compris bien sûr chez l’Homme. Un autre système, branché sur l’extérieur est tout aussi vitale, surtout pour les proies : ce sont nos sens qui, en permanence, scannent l’environnement à la recherche d’un éventuel danger, pour, en le fuyant, ne pas mourir.

Nous, les Humains, sommes issus de ce monde et nous n’échappons pas à l’emprise, très souvent inconsciente, de ces deux systèmes de survie. La grosse différence avec l’animal, c’est que nos besoins « vitaux » ont évolué. Même si respirer, boire, manger reste les fondamentaux, bien d’autres se sont ajoutés. Le manque, associé de façon archaïque à une possible mort s’il perdure, est toujours ce qui nous met en mouvement. Le manque nous met sous stress et notre cerveau, alerté, va tout faire pour combler ce manque sans que souvent nous en ayons conscience.

L’Humain, animal « dénaturé », n’en reste pas moins un pur produit de la nature et tributaire des instincts de survie décrits ci-dessus. Il « pense » et cette aptitude lui fait croire qu’il est le maître de ses actions. Mais quand est-il vraiment ?

Outre les besoins vitaux classiques, l’Humain est capable de se créer une multitude d’autres besoins et multiplie ainsi les risques de sensation de manque. Notre biologie fonctionne de la même façon pour toutes les sensations de manque quelles qu’elles soient. Les messages corporels – chimiques, électriques, hormonaux, etc – sont de même nature pour exprimer une sensation de manque d’eau ou de manque d’un SUV dernier cri. Notre cerveau sait depuis la nuit des temps que la non-satisfaction d’un besoin est un archaïsme dangereux voire mortel. Quand il reçoit les messages corporels de manque, il se met en recherche d’une solution pour le combler. Et cela à notre insu et parfois contre notre volonté consciente si nous n’obtempérons pas à ses exigences.

Notre libre arbitre s’en trouve sérieusement limité. Nos comportements sont en grande partie pilotés par des exigences inconscientes. C’est pourquoi, face à une situation objectivement la même pour tous, nous réagissons de façon différente voire opposée.

Voilà pour le petit détour et revenons à la question : « comment faisons nous pour choisir ? » Nous venons de voir que notre pouvoir décisionnaire conscient est en fait grandement piloté par notre inconscient « archaïque ». Mais ce n’est pas tout et cela mérite un deuxième petit détour.

Petit détour (psycho) logique

Nous avons tous une histoire individuelle car nous sommes devenus, contrairement aux animaux, des individus. Ce qui nous différencie du monde animal, c’est le fait que nous ayons acquis la « conscience de soi ». Nous nous considérons comme des êtres singuliers (contrairement au Gnou dans la savane qui a encore une conscience de groupe, de troupeau). De ce fait, nous nous différencions des « autres » : il y a « moi » et « eux ».

Notre survie n’est plus vécue comme la survie d’une espèce, mais comme une impérieuse nécessité de protection individuelle (bien que les manifestations de la très jeune génération contre le dérèglement climatique relèvent peut-être en grande partie de la survie de l’espèce ?) Cette impérieuse nécessité de survie individuelle va forcément se heurter à celle des « autres ». Déjà que la survie entre espèces posait des problèmes d’espace et de ressources, cela s’est décuplé et complexifié avec la conscience individuelle.

« Moi » est devenu le centre d’où sont pensés le monde et les autres. Et c’est vrai pour tous les « Moi » de la terre. Bien sûr, nous pouvons essayer de penser « collectif » et c’est possible. Dans la mesure où cela ne vient pas heurter quelque chose en « Moi » qui me fait me sentir en danger, tout va bien. Mais dans le cas contraire, « Moi » se met sur la défensive et adieu le collectif !

Pourquoi pouvons-nous nous sentir en danger ? Et le danger suprême, celui qui rôde derrière toutes les perceptions de danger, c’est la mort. Il nous faut éviter de mourir. Il y a des raisons objectives de craindre la mort. La pandémie d’aujourd’hui en est une. Il est vital que nous en ayons conscience pour mettre en place une stratégie d’évitement. Quand la menace est extérieure et collective – un virus – nous savons réagir collectivement, avec des différences notables selon les individus. Ce sont ces différences qui sont intéressantes à observer car elles en disent long sur notre fonctionnement individuel.

Individuellement, les perceptions de danger ne sont pas toujours « objectives » comme un coronavirus. Ces perceptions sont le fruit de notre histoire, c’est à dire aussi de l’histoire de nos parents et arrières grands-parents et ainsi de suite. L’instinct de survie, ou plutôt de préservation de la vie « coûte que coûte », peut nous amener à des comportements qui peuvent paraître incohérents. Préserver la vie, c’est avant tout éviter les situations potentiellement mortelles. Et c’est là que cela se complique. Notre cerveau, garant de notre survie, est à l’affût de toutes situations dangereuses et quand il en rencontre une, et bien sûr à condition qu’elle ne nous tue pas, mémorise cette situation afin de nous la faire éviter à l’avenir. Et c’est bien ainsi.

Cette mémoire, qui vise à nous protéger, fonctionne par association et évitement : tout ce qui est associé à la situation (odeurs, couleurs, sons, formes, lieux, température, personnages, paysages, etc) est mémorisé comme des références signalant la présence du danger et donc il faut éviter de se trouver à portée de ces références. Parfois une seule de ses références suffit à mettre notre cerveau en alerte et à nous obliger à un comportement d’évitement.

Exemple : j’ai failli mourir renversé par une voiture juste devant la devanture de l’épicier ; or celui-ci y avait exposé une grande quantité de citrons qui sentaient très fort. L’odeur du citron s’est associée à ma peur de mourir et depuis, inconsciemment, je déteste et évite les citrons. Dans ce cas, ce n’est pas un évitement très préjudiciable pour ma vie mais cela peut parfois l’être. Cela nous oblige à une distorsion de la réalité – je fais un détour pour aller à mon travail pour ne pas passer devant chez l’épicier (pas le même, un autre) car ça sent le citron.

Nos ancêtres ont vécu des drames auxquels ils ont associé des références à éviter (voir plus haut). Plus il y a eu de drames dans ma généalogie, plus les empêchements à vivre sont nombreux. Tout ce que je dois éviter pour « rester vivant » (inconsciemment évidemment) me prive de ma liberté de vivre comme je pourrais l’espérer.

Mais le temps passant, le monde autour de nous change et une situation qui était dangereuse hier, pour mon ancêtre, ne l’est peut-être plus aujourd’hui. Mon grand-père a vu son frère brûler dans un cinéma en 1904 et a associé dans son inconscient, avec une très forte charge émotionnelle, « aller au cinéma = mort ». Moi, son descendant, je peux encore être porteur de cette information et éviter les cinémas. Or aujourd’hui, les cinémas ne brûlent plus comme en 1904. La remise « à l’heure » de ces informations pourrait être aisée si elles n’étaient pas inconscientes. Or, c’est rarement le cas. D’où la nécessité d’un travail sûr soi qui peut être assez long. Espérer de chaque individu un comportement 100% réaliste, rationnel, raisonnable et respectueux des autres est impossible. Mais nous pouvons essayer d’aller vers.

Ces « distorsions mentales » sur la réalité peuvent prendre des formes très diverses. Elles façonnent notre personnalité jusqu’à des extrêmes pouvant faire de nous des êtres perçus comme asociaux. Nous allons en évoquer trois de façon succincte.

La Mégalomanie ou littéralement la « folie des grandeurs » : pour se protéger de l’extérieur, des « autres » qui nous menacent, une solution – une nécessité – peut être de se convaincre que nous sommes au dessus d’eux, que c’est nous qui les contrôlons et non l’inverse. Poussé à son paroxysme, ce système de défense crée des comportements de domination extrême où l’« autre » n’est plus qu’un pion. Il est souvent associé à ses « cousines » que sont la Paranoïa et la Perversité narcissique.

L’Amoralité : il s’agit de supprimer de notre univers mental tout ce qui pourrait nous affaiblir et redonner du pouvoir aux « autres », comme par exemple le respect de la loi, les scrupules, le sens de la justice, etc.

La Cupidité : (à ne pas confondre avec l’avarice ; l’avare aime l’argent mais déteste le dépenser) le cupide adore l’argent et en désire toujours plus ; il peut le dépenser (il aime en jouir) du moment que cette dépense lui rapporte dix ou mille fois plus. Tout posséder est un moyen d’en priver les « autres » et donc de les affaiblir.

En quoi cela nous éclaire sur notre questionnement « il y aura un avant et un après ! » ? Cela mérite un troisième petit détour.

Petit détour (socio) logique

Au sein de l’humanité, il y a des individus qui cumulent les trois « distorsions mentales » évoquées plus haut. Ils sont en même temps Mégalomanes, Amoraux et Cupides. Je les nommerai dorénavant les MAC. En raison de ces caractéristiques, nous les retrouvons dans des positions sociales très spécifiques : à la tête de grandes Firmes internationales, de Trust, de fonds de pensions, de banques, de géants du net, etc. Ils sont les « maîtres » du monde et leur pouvoir de nuisance est immense. Mais pour exercer leur pouvoir, ces Grands MAC ont besoin d’une « armée » de Petits MAC.

Dans la trilogie, quand la mégalomanie est un peu défaillante (au regard de celle des Grands MAC), nous avons des Petits MAC, toujours amoraux et cupides, qui font de très bons MAC mercenaires : des MAC hommes de main (jusqu’à tueurs à gages), des MAC lobbyistes, des MAC avocats serviles, etc.

Dans la trilogie, quand la cupidité est un peu défaillante (au regard de celle des Grands MAC), nous avons des Petits MAC, toujours mégalomanes et amoraux, qui font de très bons MAC politiciens : même s’ils ne crachent pas sur l’argent, ce n’est pas leur moteur essentiel (sinon ils iraient ou resteraient dans la finance). C’est le pouvoir qui les stimule, être reconnu comme le « premier de cordée ».

Et quand, dans la trilogie, c’est l’amoralité qui est défaillante ? Ce n’est guère possible car c’est un ingrédient essentiel pour faire un MAC. A noter aussi que les politiciens, les avocats, etc, ne sont pas tous des MAC, loin s’en faut.

Une des constantes que l’on retrouve chez tous les MAC, c’est qu’ils n’ont aucun intérêt à se remettre en cause. Dans leur système de pensée obnubilé par le profit immédiat, ce serait suicidaire. Et même si, à l’occasion de crise comme la pandémie actuelle, ils leur venaient l’idée que cela pourrait être nécessaire pour leur propre survie, le travail à effectuer sur eux-mêmes serait bien trop long avant de voir un changement : nous n’avons plus le temps !

Ils ont aussi besoin de la multitude des « gens de peu » les « prolétaires » (proletarius : citoyens de la « dernière classe », qui ne fournissent à la cité d’autre ressource que leur progéniture ; d’une racine al-« nourrir ») qui travaillent pour eux, souvent sous forme d’un nouvel esclavage (lors de l’abolition de l’esclavage, les ouvriers anglais réclamaient la liberté pour les « esclaves blancs » avant les « esclaves noirs »). Ils ont aussi besoin d’eux pour consommer les marchandises qu’ils produisent, ce qui leurs permet d’en tirer des bénéfices exorbitants. L’éducation est une priorité pour permettre à ces gens de se défendre. Elle leurs permet pour certain(e)s d’accéder à des études supérieures et à des diplômes, et donc aux revenus, conforts, privilèges qui vont avec. Hélas, beaucoup (donc pas tous, loin de là) prennent alors le parti des nantis. Une autre problématique majeure, c’est la démographie mondiale et son corollaire, la concentration humaine dans des mégapoles.

Il est urgent d’agir. Nous pouvons le faire en combattant. De nombreuses personnes et institutions le font déjà : en dénonçant les exactions des MAC comme le font certains journalistes, en faisant du contre-lobbying comme le font certaines associations et ONG, en prônant une législation internationale comme le font certaines politiques, etc. Tout cela est loin d’être négligeable et donc nécessaire, mais n’arrive, pour l’instant, qu’à « gêner », « freiner » la machine infernale des MAC.

Tout en poursuivant ces actes de résistance, n’y a t-il pas autre chose à faire ? Puisse qu’il semble difficile de la vaincre, une autre piste serait de chercher à échapper à l’emprise de cette pieuvre. Là aussi de nombreuses personnes et associations ont déjà posé des actes innovants. Tout ce qui a été créé et qui fonctionne associé aux termes « solidaire et équitable », « circuit court », « scoop », « projet citoyen », « monnaie locale », « démocratie participative », « agriculture paysanne et biologique péri-urbaine », etc. vont dans ce sens.

Créer un « monde parallèle » qui puisse échapper à l’emprise des MAC est certes une voie intéressante. Une telle stratégie s’appuie sur le pouvoir du citoyen, souplesse et mobilité dans sa création individuelle, force et solidité dans sa création collective. Une des forces du citoyen, c’est sa liberté individuelle et la force du collectif de la multitude. Un petit projet individuel, local, reproduit à l’infini que permet cette multitude, peut devenir une part d’un grand projet de société mondial. Mais avons-nous encore le temps de mettre une telle stratégie en place ?

Tout cela ne pourra se développer qu’avec l’appui d’un Etat/Nation convaincu de la nécessité d’une telle stratégie, en lien avec une nouvelle « internationale » des Nations tout aussi convaincue. La bonne mesure entre la liberté d’initiatives locales et la coordination, l’harmonisation à un niveau supérieur (genre « poupées russes ») sera primordiale pour la réussite d’un nouvel ordre social et économique. La tension entre le repli sur soi, l’enfermement dans un carcan identitaire, et l’internationalisation de la démarche sera une autre grande difficulté à surmonter dans les années à venir. Sans compter la résistance des MAC à sauver leurs intérêts, leur monde, qui sera féroce.

Conclusion (futuro) logique

Dans les années à venir, trois grandes forces vont se combattre pour imposer leur point de vue.

Tout d’abord, les MAC du vieux monde vont tout faire pour préserver leurs privilèges même au prix de la détérioration de la vie sur terre. Leur vision est à court terme car leur pouvoir repose essentiellement sur la compétition permanente pour un profit immédiat. Pour preuve, les algorithmes qui jouent nos vies dans les bourses en nono-secondes !

Tout en s’opposant à la première, les deux autres forces vont se battre entre elles car leur point de vue sur un nouveau monde est opposé.

Une de ces forces a pour objectif une nouvelle domination (en opposition avec une certaine forme d’« universalisme » de celle des MAC), et qui reposera sur un repli sur soi, sur la Nation, voire la Région. Ce repli se fera par une nouvelle définition nationale, voire communautaire, avec un retour à une certaine pureté identitaire (avec toutes les conséquences qu’une telle politique peut entraîner comme nous l’enseigne l’histoire des nations). Cela peut être aussi une voie facile pour le « recyclage » de certains MAC. Quand un tel pouvoir s’installait, l’histoire nous a aussi montré qu’il faisait très bon ménage avec celui des MAC qui savaient très bien comment le manipuler.

Ces deux forces, MAC et identitaire, sont toutes deux très intéressées par le développement de la technologie de surveillance en pleine expansion car leur prise de pouvoir repose sur le contrôle et la domination du plus grand nombre.

La troisième force se cristallisera autour de la nécessité de préserver la vie sur terre en recherchant un mode de vie qui freinera le dérèglement climatique. Cette nécessité écologique ne peut se penser qu’à un niveau international. Cela signifie que la coopération devra prendre le pas sur la compétition, que l’entraide devra supplanter le chacun pour soi. D’où la nécessité de repenser nos rapports sociaux. Cette nouvelle philosophie politique, qui est en gestation partout dans le monde, surtout chez les très jeunes générations, n’a pas de temps à perdre pour s’imposer car il sera rapidement trop tard. La grande faiblesse de cette« force » de renouveau, c’est sa dispersion en de multiples mouvements, organisations, partis, qui jusqu’à ce jour n’ont jamais réussi à s’unir pour remporter des élections significatives. C’est son talon d’Achille. Malheureusement, la puissance des « égos » n’épargne pas la mise en œuvre de cette nécessité d’union pourtant vitale. C’est le plus urgent des défis à relever.

Il faudra aussi tenir compte d’une « anti-force », la force d’inertie des gens qui « s’en foutent », qui ne se mêlent de rien, qui se disent « à quoi bon », etc. Il y a aussi les gens qui sont très démunis socialement ou intellectuellement et qui n’ont pas les moyens, le temps et la force de se mêler à la « bataille ». Ce frein peut faire perdre des batailles lors des élections en brouillant la lisibilité des forces en présence.

Aussi, petits colibris, nous avons à choisir quelle voie nous voulons suivre et quelle part nous pouvons prendre dans la construction de notre avenir, et cela dès maintenant.

Vite, vite, vite… il faut sauver le monde ! Oui, mais comment ?

En y mettant de l’Intelligence… oui mais il y a des intelligences sèches, froides, inhumaines !

En y mettant du Cœur… oui mais il y a des cœurs blessés, saignants, vengeurs !

En y mettant de l’Ame… oui mais il y a des âmes brisées, en perdition, maléfiques !

Alors quoi ? En y mettant de l’Humilité, de l’Empathie, de la Générosité.

Ah ah ah ! C’est tout ? Avec ça, tu vas te faire bouffer tout cru !

Bien, ajoutons de la Volonté, de l’Abnégation, de la Persévérance.

Vous n’êtes pas convaincus ? Alors, misons sur la Puissance de la multitude des « gens de peu » dont la colère pourrait déplacer des montagnes (ou, par inexpérience, par dispersion, désunion, couler le navire !).

« Donnons-nous un levier (Humilité, Empathie, Générosité) et un point dappui (Volonté, Abnégation, Persévérance) et nous soulèverons le monde ! »

Que faire avec l’aide de ce levier et de ce point d’appui ? Le défi est de se sortir des griffes du système mis en place par la première force. La solution souhaitée par la deuxième force nous paraissant aussi néfaste que le système actuel, voyons ce qui s’offre comme perspective pour la troisième.

Nous pouvons envisager trois possibilités d’action qui se complètent et doivent s’articuler en bonne intelligence pour réussir.

1/ L’échappée belle !

Se soustraire à l’emprise du système.

(Cf plus haut p 7 et 8)

Nous pouvons aussi ajouter la résistance à la mise en place des projets du système (Notre Dame des Landes en est un bon exemple).

2/ Le cheval de Troie !

Pénétrer le système et le changer de l’intérieur.

Nous pouvons espérer que, par une sorte de réflexe de survie, les mouvements et partis de cette force réussissent à s’allier pour remporter des élections significatives (cela se passe déjà à des niveaux locaux). Les lanceurs d’alerte font également partie de cette dynamique.

3/ A labordage !

Prendre d’assaut le système et le détruire.

Des révoltes un peu partout dans le monde sont les prémices d’une possible explosion de colère qui renverserait tout sur sont passage (les marches de la faim, les gilets jaunes, etc). La difficulté serait alors de rebâtir quelque chose de viable sur les ruines de l’ancien système.

Cette liste de propositions est loin d’être exhaustive. Une autre richesse est à mettre au crédit de nos atouts : l’imagination et la créativité !

Contribution à la réflexion d’un citoyen ordinaire et néanmoins rêveur d’avenir.

Jeremy Rifkin – Une nouvelle conscience pour un monde en crise ; vers une civilisation de l’empathie – Ed. Babel essai

Thomas Piketty – Capital et idéologie – Ed. Seuil

Laurent Daillie – La logique du symptôme – Ed. Berangel

Michel Auffret

06/01/2021

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