Un univers démesuré et minuscule

« Appelle-moi Suba. Non pas la conteuse, l’ancienne, la sage, la griotte. Non plus l’historienne ou la narratrice. Juste Suba, qui mêle les voix du passé à celles du présent et du future pour raconter une histoire, dire mon Histoire ».

Suba interviendra à chaque début de chapitre, ponctuant de son histoire, faisant dialoguer les voix qui l’habitent, récoltant et semant des poignée de sable, dressant une tente de repos et de réflexion pour les lectrices et les lecteurs…

Ursula A. nous propose un roman noir, une projection possible ou espérée en 2022, une histoire de meurtre et une double enquête. Sam, ethnologue au sein d’une mission des Nations-Unis, relate à la fois la vie des Sarahouis, les effets de la colonisation marocaine, les imbrications mafieuses et policières… tout en cherchant des pistes, les causes et les responsables de l’assasinat de son ami Vincent.

Le désert, le vent, les tentes, le sable, « Le désert était entré dans la tente comme les autres fois. Le sable était partout, le plus infime espace n’avait pas été épargné », la question des droits des peuples autochtones, le temps d’un meurtre, le Sahara Occidental « dernière colonie restant en Afrique », des femmes et des hommes.

Les règles propres au roman noir, dans la lignée hier de grands écrivains étasuniens ou aujourd’hui d’auteurs et autrices de Scandinavie diffèrent de celles des enquêtes proprement policières. L’insistance mis sur les personnages et les contextes forment la trame de l’intérêt et de la lecture.

« Mon récit tisse Histoire, événements, fables, vérités et mensonges ».

En introduisant plusieurs fois, la voix de l’assassin, l’autrice ponctue son récit, d’un autre récit, la justification de la violence et des exactions policières, l’impunité construite par un pouvoir monarchique, l’usage de moyens crapuleux contre les droits des personnes humaines, le peu de poids de la vie humaine face aux intérêts matériels de ceux qui entendent bien ne pas en être privés.

La mise en mot de la colonisation et de ses effets s’imbrique aux descriptions des logiques criminelles, aux appropriations privatives des ressources naturelles, aux actions de barbouzes, au racisme mesquin, à la vie dans les camps, aux palabres, aux constructions mythiques de la marocanité, aux disparu·es, aux génies de lampe exaspérés…

Comme les autres murs de la honte, le mur de sable sera renversé…

Le titre de cette note est emprunté à Suba.

Ursula A. : La dernière poignée de sable

Apso Editions, Aubagne 2020, 280 pages, 12 euros

Didier Epsztajn


Chez le même éditeur :

Antoine Quéré : Crime de colonisation par peuplement

Etude de cas sur les activités économiques des entreprises françaises au Sahara Occidental, donner-vie-aux-textes-juridiques-et-condamner-le-crime-de-colonisation-par-peuplement/

Marie-Jo Froissard : Drole d’occupation pour une grand-mère

Histoires de prisonniers politiques sahraouis, petite histoire du conflit, invasion-annexion-construction-dun-mur-pour-les-droits-des-sahraouis/

Sous la direction de Denis Véricel et Apso : Lutter au Sahara. Du colonialisme vers l’indépendance au Sahara occidental, elles-et-ils-sappellent-fillesfils-des-nuages-parce-que-depuis-toujours-elles-et-ils-poursuivent-la-pluie/

APSO : Les sahraouis en 2018 suivi de Imagine. Il faut partir. Politique fiction, independance-et-reconnaissance-du-sahara-occidental/

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