L’énergie d’imaginer et de construire de nouveaux futurs

Dans son éditorial, « La somme que nous sommes », Sabine Panet parle du choix d’une revue papier, « c’est s’ancrer dans la résistance à la toute puissance de l’instantané, de la course au clic, au scoop,à l’exclusivité », de prendre le temps pour soi, « c’est ressentir, penser, critiquer, dans l’intimité et par soi-même – ni par, ni pour les autres », de journalisme et de féminisme, d’exercice pratique de la démocratie.

« C’est ce que nous vous proposons par exemple dans le projet « Le Front du vivant » au cœur de ce numéro : nous avons jugé nécessaire de consacrer du temps – plus de 6 mois – à découvrir dix femmes, menant de multiples activités, toutes essentielles, à nos yeux, pour « recoller » notre société abîmée »…

Dossier : Elles réparent le monde

Le Front du vivant

« Colonne vertébrale de ce numéro, « Le Front du vivant » est un projet journalistique choral imaginé par cinq journalistes et une photographe d’axelle. Nous avons accompagné pendant six mois dix femmes active sur le « Le Front du vivant ». Les portraits que vous allez découvrir sont le fruit de nos interactions. Des histoires singulières, qui tissent la trame d’un récit collectif, épopée de la pandémie ».

Les autrices parlent, entre autres, des femmes dans les médias, de leur projet, « Nous avons souhaité, avec ce projet, rendre visibles les basculements et les bousculements qui secouent les vies de femmes du « front du vivant ». Et aller un pas plus loin : car la contagion, ce n’est pas uniquement l’infection d’individus, mais c’est l’infection d’un réseau de relations. Ainsi pour nous était-il fondamental d’envisager les femmes, et nous-mêmes, comme les maillons d’une chaîne plus large, « écosystémique » », de leurs histoires et de nos récits, d’émotions fortes, de la puissance d’une « bande de femmes », de nouveaux liens tissés…

Quelques éléments choisis subjectivement dans les premiers textes du dossier.

  • « C’est la roue, la roue de la vie qui tourne… »

  • Victorine Kumba, les beaux gestes

  • Maïté, ou les solidarités qui guérissent

  • En chair, en scène, habiter son corps

  • Laura, l’infirmière qui panse

  • Marie Clercq et les voix des femmes

  • Caroline Lamarche, tisseuse de mots

  • Ching, une vie masquée

  • Élise Lormelus, saisir la vie à pleines mains

  • Johanna Romero Arias : dans la terre, la vie se masse

Une trapéziste et un moulin à grains, les gestes et les soins des corps délaissés, les solidarités tissées, le corps comme première maison, une infirmière contre le « broie-humain », la déshumanisation des patient·es transformé·es en client·es, les voix de femmes contre l’isolement, les mots tissés et les expériences muées en récits, les masques, la fragmentation et l’envahissement de l’espace temps, les oublié es du covid, le toucher, nos regards tournés vers les écosystèmes…

J’ai notamment apprécié l’entretien avec Aurelie Leroy, Femmes du monde face au Covid-19 : « La vie est une ressource essentielle ». L’autrice aborde, entre autres, la crise, « la crise est révélatrice des contradictions du système capitaliste néolibéral. Elle rend visibles la place-clé occupée par les femmes dans le système économique et, en même temps, la fonctionnalité de la domination patriarcale et des violences de genre dans ce système », la mobilisation des rôles « traditionnels » pour « pallier le défaut des services publics », les impacts sexospécifiques, la charge du travail domestique, l’imbrication des rapports de pouvoir, « L’enchevêtrement des inégalités et des oppressions exige donc des réponses et des stratégies de lutte qui ne soient pas hiérarchisées, mais imbriquées », les effets des plans d’ajustement structurel, la ségrégation sexuelle dans l’espace public, la naturalisation des ordres sexuels, « dans le monde d’aujourd’hui, toutes les vies n’ont pas la même valeur et le sexe fait partie des critères qui les hiérarchisent », les entraves à l’avortement, la famille comme « espace d’exercice du pouvoir, exploitation, de violences et de domination des hommes », la naturalisation du travail de « reproduction », les constructions de la vulnérabilité, l’urgence de « collectiviser le travail de soin et à intégrer les problématiques de genre dans les politiques publiques »…

Quelques autres éléments choisi dans les textes suivant :

  • La pandémie à l’hôpital : collecte de traces, récolte vivace

  • Crise, care et démocratie : « La Covid de la base, le Covid du sommet »

  • Sur le front de la pensée

  • Identités déconfinées

  • Ouverture des futurs

  • Semailles de zizanie

  • Corine Pelluchon : « Réparer le monde, ce n’est pas recoller les morceaux »

Collaborations artistiques à l’hôpital, toilette mortuaire, les râles de fin de vie que nous n’entendons pas, les droits des femmes et la démocratie, la prise en compte de la parole de toustes, les histoires et les imaginaires, Un Temps pour Soi pour se Découvrir Autrement. Identités Déconfinées, l’entraide et les futurs, les semailles de la zizanie, « Réparer le monde n’est pas recoller les morceaux », des adolescent·es des quartiers sud de Chicago, des mères en résistances contre les placements abusifs d’enfants et « l’angle mort de la responsabilité et de la responsabilisation des pères », le congé « paternité », les métaphores animalières…

Quelques éléments choisis subjectivement parmi les autres articles.

  • Coeur combattant, les enfants enlevés à leurs parents par les « services de protection », les placements d’Amérindien·nes, « Ces placements ne sont pas rares. Ils se situent dans une longue histoire d’enfants amérindien·nes placé·es abusivement dans des familles blanches aux Etats-Unis »…

  • Les Ligues Ouvrières Féminines Chrétiennes deviennent Vie Féminine, la reconduction des divisions genrées du travail et l’assignation des femmes à la sphère dite privée…

  • et toujours de riches rubriques : actualités révoltante, culture et informations internationales.

Un journal de nos amies belges à faire connaître.

Axelle 235-236, Janvier – février 2021

Hors série : Elles réparent le monde

 http://www.axellemag.be

Autres numéros : /revue/axelle/

Didier Epsztajn

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.