« Pourquoi fait-il cela ? » Chapitre 2 : Les mythes [6 à 10]

Rappel : Introduction : pourquoi-fait-il-cela-chapitre-2-les-mythes-introduction/

Les mythes [1 à 5] : pourquoi-fait-il-cela-chapitre-2-les-mythes-1-a-5/

MYTHE No 6

Il perd tout contrôle de lui-même. Il craque complètement.

Il y a plusieurs années, j’ai eu une conversation téléphonique avec une femme, Sheila. Elle décrivait les accès de colère que vivait périodiquement mon client, Michael : « Il devient absolument fou furieux et l’on ne sait jamais quand ça va lui prendre. Il attrape tous les objets qui lui tombent sous la main et les balance sur les murs et à travers la pièce, c’est un vrai chaos. Il casse même parfois des objets importants. Et puis c’est comme si l’orage passait; il se calme et part faire un tour. À son retour, il semble plutôt honteux de lui-même. »

J’ai posé deux questions à Sheila. La première était de savoir si les objets détruits appartenaient à Michael, à Sheila, ou aux deux ? Elle a réfléchi longtemps en silence. Puis elle me répondit : « Vous savez quoi ? Je suis surprise de ne jamais l’avoir remarqué, mais il casse uniquement des objets qui m’appartiennent. Je ne peux me rappeler d’une seule chose à lui qu’il aurait détruite ». Je lui demandai ensuite qui nettoyait la casse après ce genre d’épisodes. Elle me répondit que c’était elle. Je lui dis alors : « Vous voyez ? Le comportement de Michael n’est pas aussi insensé qu’il n’y paraît. Et s’il regrettait vraiment ses gestes, il vous aiderait au rangement. »

Question no 2

Est-ce qu’il le fait exprès ?

Quand un de mes clients me dit qu’il est devenu violent parce qu’il a perdu le contrôle de ses gestes, je lui demande pourquoi il n’a pas fait bien pire. Par exemple, je peux lui dire : « Vous l’avez traitée de sale traînée, vous lui avez arraché le téléphone des mains pour le jeter à travers la pièce, puis vous l’avez bousculée et elle est tombée à terre. Elle était à vos pieds, sans défense, il aurait été facile de lui donner un coup de pied à la tête. Vous venez de me dire que vous étiez ‘complètement hors de contrôle’ à ce moment-là, mais vous ne lui avez pas donné ce coup de pied. Qu’est-ce qui vous en a empêché ? » J’ai constaté que mes clients peuvent toujours me répondre, me donner une explication. En voici les plus communes :

  • « Je ne voudrais pas lui faire vraiment mal. »

  • « Je me suis rendu compte qu’un des enfants nous regardait. »

  • « J’ai eu peur que quelqu’un appelle la police. »

  • « J’aurais pu la tuer en faisant ça. »

  • « Nous faisions de plus en plus de bruit et j’avais peur que les voisins nous entendent. »

Et la plus fréquente de leurs réponses est la suivante :

  • « Mon dieu, j’aurais jamais fait un truc pareil. Je ne lui ferais jamais ça. »

La réponse que ces hommes ne me donnent presque jamais – je ne l’ai entendue qu’à deux reprises en 15 ans – c’est :

  • « Je ne sais pas. »

Ces réponses spontanées réduisent à néant l’excuse de la perte de sang-froid. Lorsqu’un homme se déchaîne, que ce soit verbalement ou physiquement, il garde à l’esprit un certain nombre de questions : « Suis-je en train de faire quelque chose que d’autres personnes pourraient apprendre et qui ternirait l’image qu’elles ont de moi ? Est-ce que je risque des ennuis judiciaires ? Pourrais-je me blesser ? Est-ce que je fais quelque chose que je considère moi-même comme trop cruel, trop violent, trop dégueulasse ? »

Une intuition importante m’est graduellement apparue au début de ma pratique avec mes premiers clients : un agresseur ne fait presque jamais quelque chose que lui-même considère comme moralement inacceptable. Il peut dissimuler ce qu’il fait par conviction que d’autres personnes le désapprouveraient, mais en son for intérieur, il se sent dans son bon droit. Je ne crois pas qu’un client m’ait jamais dit : « Je ne peux d’aucune façon justifier ce que j’ai fait. J’ai vraiment mal agi. » L’agresseur considère toujours avoir une raison suffisante pour ses actes. Pour résumer, le problème central de l’agresseur est une vision tordue de ce qui est ou non équitable.

Je pose parfois à mes clients la question suivante : « Combien d’entre vous se sont déjà sentis très en colère contre leur mère, au point d’avoir envie de la traiter de chienne ? » Habituellement, c’est plus ou moins la moitié de l’auditoire qui lève la main. Puis je demande « comment d’entre vous ont cédé à cette envie et ainsi insulté leur mère ? » Toutes les mains retombent, et mon auditoire me lance des regards scandalisés, comme si je leur avais posé une question choquante, du style « Vendez-vous de la drogue à la sortie des écoles ? ». Encore là, je leur demande « Pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? ». Les mêmes réponses surgissent chaque fois que je me livre à cet exercice : « Mais on ne peut pas traiter sa mère de cette façon, même quand on est très irrité ! Cela ne se fait tout simplement pas ! »

Le non-dit de cette réponse, que l’on peut signaler à nos clients, est que « par contre, on peut traiter notre épouse ou notre copine de cette façon, du moment que l’on a une raison suffisante. Ça, c’est différent. » En d’autres termes, le problème de l’agresseur tient à sa croyance que contrôler ou agresser sa partenaire est justifiable. Comme nous le verrons, cette croyance a des conséquences cruciales sur la bonne façon d’interagir avec des agresseurs dans le contexte de sessions.

À mes débuts en tant que conseiller pour agresseurs, ma propre croyance au mythe d’une « perte de sang-froid » s’est plusieurs fois heurtée aux comptes rendus de mes premiers clients. Par exemple, Kenneth admettait réduire en cachette l’intensité de l’éclairage, puis insistait auprès de Jennifer que rien n’avait changé, pour la convaincre qu’elle était folle. (Je me souviens également de ses ferventes critiques envers les autres participants pour leur insensibilité vis-à-vis de leur partenaire, en dépit de son propre comportement.) De son côté. James m’a raconté qu’il lui arrivait de cacher un objet que sa conjointe cherchait, comme son portefeuille ou ses clefs, et attendait qu’elle devienne exaspérée, puis il remettait l’objet bien en vue au milieu de la pièce, en déclarant qu’il avait toujours été là. Pour sa part, Mario avait calculé la distance qui séparait le supermarché de sa maison, et si sa femme sortait faire des courses, il vérifiait le kilométrage de la voiture pour s’assurer qu’elle n’était pas allée ailleurs.

Une année, mes collègues David et Carole décidèrent de préparer un sketch sur la violence, en prévision d’une conférence, et la présentèrent à un de nos groupes d’agresseurs; après quoi, les membres du groupe lancèrent de nombreuses suggestions pour améliorer la scène, principalement à l’attention de David : « Non, tu ne dois pas t’excuser de rentrer tard, ça te met sur la défensive, tu dois amener la conversation sur elle, lui dire que tu sais qu’elle te trompe… Tu te tiens trop loin d’elle, David. Avance de quelques pas, pour qu’elle sente que tu ne rigoles pas… Et tu lui laisses trop la parole. Il faut l’interrompre et garder l’avantage. » Les conseillers furent estomaqués par la conscience qu’avaient ces hommes des tactiques qu’ils emploient, et de leurs raisons pour le faire : dans l’excitation de commenter la scène, ils abandonnaient leur façade d’un « agresseur qui pète les plombs et ne sait plus ce qu’il fait ».

Tout au long des récits de mes clients dans ce livre, vous observerez souvent leur degré de conscience de leurs comportements contrôlants et cruels. En même temps, je ne veux pas les présenter comme des monstres ; ils ne planifient pas chaque geste qu’ils posent – même s’ils le font plus souvent qu’on ne le pense. Chaque fois qu’un agresseur balance un tas de magazines au sol ou lance une tasse de café sur le mur, il n’a pas spécialement déterminé ces étapes à l’avance. Pour une lecture plus exacte de ce comportement, imaginez l’agresseur comme un acrobate de cirque, qui se plonge dans sa performance jusqu’à un certain point mais qui n’oublie jamais quelles en sont les limites.

Lorsqu’un client me dit « j’ai explosé » ou « mes nerfs ont juste lâché », je lui demande de retracer étape par étape dans sa tête les moments qui ont précédé son geste agressif. Je lui demande : « Avez-vous vraiment ‘juste explosé’, ou avez-vous décidé à un moment donné de vous accorder le feu vert, que ‘vous en aviez assez’, que ‘vous n’alliez pas en en supporter plus’, et à cet instant vous vous êtes donné la permission, en vous laissant la liberté de faire ce que vous aviez envie de faire ? » Je vois alors une lueur de conscience s’allumer dans le regard de mon client, et souvent il admet en effet qu’il y a un moment où il se laisse aller et devient violent.

On découvre donc que même ceux qui sont physiquement violents savent se contrôler. À l’instant où la police se gare devant chez lui, par exemple, l’agresseur redevient d’habitude très calme, et lorsque les agents entrent dans la maison, il leur parle de manière amicale et raisonnable. La police ne constate presque jamais d’altercation en cours. Tom, un ex-agresseur physique, qui est depuis devenu conseiller, explique dans une vidéo comment il pouvait éteindre son accès de rage en un instant lorsque la police arrivait devant chez lui, pour leur expliquer sobrement ‘ce qu’elle avait fait’. « Lorsqu’ils se tournaient vers elle, explique-t-il, c’est elle qui semblait totalement hors d’elle, mais c’est parce que je venais tout juste de l’humilier et la terroriser. Je disais au policier : ‘vous voyez bien que ce n’est pas moi le problème’. » Tom réussissait ainsi à échapper à toute arrestation, grâce à son air détendu et à ses allégations de légitime défense.

MYTHE No 7

Il est trop colérique. Il doit apprendre des techniques de gestion de la colère.

Il y a quelques années, la conjointe de l’un de mes clients traversa une épreuve difficile, alors que son fils de treize ans, issu d’un précédent mariage, disparut pendant plus de 48 heures. Le cœur de Mary Beth battit la chamade durant deux jours alors qu’elle parcourait la ville en tous sens à la recherche de son fils. Dormant à peine, elle appela en panique tous les gens qu’elle connaissait et déposa une photo du garçon à tous les commissariats, à la rédaction des journaux et aux studios de radio locale. Pendant ce temps, son nouvel époux, Ray, un de mes clients, commençait à bouillonner intérieurement. Vers la fin de la seconde journée, il s’enflamma, hurlant sur elle : « J’en ai ras le bol que tu m’ignores ! C’est comme si je n’existais pas ! Va te faire foutre! »

Les gens qui croient que c’est la colère qui provoque les agressions confondent la cause et l’effet. Ray n’était pas agressif parce qu’il était en colère ; il était en colère en raison d’une nature agressive. Les hommes violents sont porteurs d’attitudes qui les emplissent de fureur. Un non-agresseur ne se serait pas attendu à ce que sa femme prenne soin de ses émotions lors d’un événement de cette gravité. À vrai dire, un conjoint correct aurait plutôt cherché ce qu’il pouvait faire pour la soutenir et aider à retrouver l’enfant. Il serait vain d’apprendre à Ray à passer sa colère sur un punching-ball, à sortir prendre l’air, ou à se concentrer sur sa respiration, car son processus de pensée le ramènerait bientôt au même état enragé. Nous verrons au chapitre 3 comment et pourquoi la mentalité d’un agresseur le maintient dans un état de colère.

Lorsqu’un nouveau client me dit « Je suis dans votre programme à cause de ma colère », je lui réponds : « Non, vous êtes ici à cause de vos actes de violence. » Tout le monde ressent de la colère. En fait, la plupart des gens éprouvent de temps à autre des situations où ils sont trop en colère, de façon disproportionnée en regard de l’élément déclencheur, ou d’une manière néfaste pour leur propre santé. Certains en arrivent à développer un ulcère, ou sont victimes d’attaques cardiaques, ou d’hypertension. Mais ils n’agressent pas nécessairement leur partenaire. Au chapitre 3, nous verrons pourquoi les hommes agresseurs ont tendance à se mettre à ce point en colère – et en même temps, pourquoi cette colère n’est pas le problème de base.

L’explosion de colère d’un agresseur peut détourner votre attention, de son manque de respect, de son irresponsabilité, de ses interruptions, de ses mensonges et de tous les comportements violents et contrôlants dont il fait preuve, même lorsqu’il n’est pas nécessairement énervé. Par exemple, est-ce la colère qui fait que tant d’agresseurs trompent leur conjointe ? Est-ce la colère qui amène un agresseur à dissimuler pendant des années le fait qu’une ex-copine a dû s’enfuir sans laisser de traces afin de lui échapper ? Peut-on parler d’« explosion » quand votre partenaire vous met la pression pour que vous rompiez avec vos amies et que vous passiez moins de temps avec vos frères et sœurs ? Non. Il se peut que ses formes d’intimidation les plus bruyantes et évidentes aient lieu lorsqu’il est en colère, mais ça ne veut pas dire que d’autres formes de contrôle, plus discrètes, ne sont pas à l’œuvre le reste du temps.

MYTHE No 8

Il est dément. Il souffre d’un genre de désordre mental et devrait suivre un traitement.

Quand le visage d’un homme est déformé par l’amertume et la haine, il a l’air un peu fou. Lorsque son humeur passe du ravissement à la colère en quelques secondes, il est normal de s’interroger sur son équilibre mental. Quand il accuse sa partenaire de manigancer dans son dos, il peut vous sembler paranoïaque. Il n’est donc pas étonnant que sa conjointe en arrive à penser qu’il souffre peut-être d’un désordre mental.

Pourtant, j’ai constaté depuis plusieurs années que la grande majorité de mes clients sont psychologiquement « normaux ». Leur esprit fonctionne de façon logique ; ils comprennent les relations de cause à effet; ils n’ont pas d’hallucinations. Leur perception de la plupart des aspects de la vie est raisonnable. Ils sont efficaces dans leur métier, réussissent à l’école ou en formation et personne d’autre que leur partenaire – et leurs enfants – ne pense qu’il y a quelque chose qui cloche chez eux. C’est leur système de valeurs qui est tordu, pas leur état mental.

D’ailleurs, la plupart des comportements qui semblent insensés chez un agresseur fonctionnent pour eux. Nous avons déjà parlé de Michael, qui ne détruisait jamais ses propres affaires, et de Marshall, qui ne croyait pas aux accusations jalouses qu’il lançait. Dans les prochaines pages, vous découvrirez une foule d’autres exemples de la stratégie mise en œuvre par les hommes violents pour créer cette impression de folie. Vous verrez également à quel point leur vision de leur partenaire semble tordue – et d’où vient cette déformation.

Des études récentes montrent que le taux de maladie mentale est peu élevé chez les hommes violents, y compris chez les agresseurs physiques. Plusieurs de mes clients les plus brutaux ont subi une évaluation psychologique, et un seul d’entre s’est avéré atteint d’un désordre mental. Par contre, certains de mes clients que je trouvais vraiment atteints ne se sont pas nécessairement révélés être les plus violents. Il est vrai que certaines études indiquent que les agresseurs les plus extrêmes – ceux qui étranglent leur partenaire jusqu’à l’asphyxie, qui les pointent avec une arme à feu, qui les harcèlent et vont parfois jusqu’à les tuer – ont un taux plus élevé de troubles mentaux. Mais il n’existe pas de schéma typique des troubles mentaux chez ces agresseurs ultra-violents ; on peut faire sur eux une vaste gamme de diagnostics, dont la psychose, le trouble de la personnalité borderline, la maniaco-dépression, la personnalité antisociale, le trouble obsessionnel compulsif, et d’autres encore. Mais même au sein de ces plus dangereux des agresseurs, beaucoup ne présentent aucun indice de trouble psychiatrique.

Comment tous ces diagnostics différents peuvent-ils causer des schémas de comportements aussi semblables ? La réponse est que ce n’est pas le cas. Les troubles mentaux ne provoquent aucunement cette violence, pas plus que l’alcool d’ailleurs. En fait, les problèmes mentaux d’un homme influencent la façon dont il va être agressif, en formant une combinaison instable. S’il est sévèrement déprimé, par exemple, il peut en venir à faire moins attention aux conséquences personnelles de ses actes, ce qui peut augmenter la probabilité d’une agression grave contre sa partenaire ou ses enfants. Un agresseur atteint de trouble mental vit deux problèmes distincts – mais néanmoins reliés – tout comme un agresseur alcoolique ou narco-dépendant.

Le principal outil de référence en matière de maladies mentales, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV), ne mentionne aucune affection correspondant exactement à un profil d’agresseur. Certains cliniciens ont tendance à élargir certaines définitions pour les appliquer à un client agresseur. Ils parleront, par exemple d’un « trouble explosif intermittent » pour faire rembourser son traitement par son régime d’assurance-santé. Cependant, ce diagnostic est erroné s’il est uniquement basé sur ces gestes agressifs; un homme dont les comportements destructeurs sont essentiellement limités à ses relations intimes est un agresseur, pas un cas de psychiatrie.

Je veux signaler deux derniers points au sujet des troubles mentaux : premièrement, j’entends parfois dire à propos d’un agresseur violent : « Il doit délirer pour croire qu’il peut s’en tirer comme ça. » Mais malheureusement, il s’avère qu’il peut effectivement s’en tirer malgré de tels agissements, comme nous le verrons au chapitre 12. Donc ce qu’il croit n’a rien d’un délire. Deuxièmement, j’ai reçu quelques signalements de cas dont le comportement s’est amélioré temporairement après la prise de médicaments prescrits par un psychiatre. Toutes les violences n’avaient pas cessé, mais les aspects les plus terrifiants et dévastateurs des comportements de ces hommes s’étaient atténués. Cependant ce type de traitement n’est qu’une solution à court terme, et ce pour deux raisons importantes :

1. Les agresseurs n’aiment pas prendre des médicaments, étant souvent trop égoïstes pour en tolérer les effets secondaires malgré leurs avantages énormes pour la qualité de vie de leur conjointe, de sorte qu’ils arrêtent presque toujours le traitement après quelques mois. Le médicament peut alors devenir un outil supplémentaire de violence psychologique. Par exemple, l’agresseur peut cesser de prendre ses médicaments quand il en veut à sa partenaire, en sachant que cela aura pour effet de l’effrayer et de l’angoisser. Ou lorsqu’il veut lui imposer un coup d’éclat, il peut délibérément avaler une surdose, provoquant une situation de crise médicale.

2. Il n’existe aucun médicament à ce jour qui va transformer un agresseur en partenaire aimant, attentif et approprié. Un traitement peut juste réduire, au mieux, les pires de ses comportements. Si votre conjoint agresseur prend des médicaments, soyez consciente que vous ne faites que retarder sa violence. Profitez d’une période (plus) calme pour rechercher du soutien pour votre propre rétablissement, en contactant un organisme d’aide aux femmes victimes de violences conjugales.

MYTHE No 9

Il déteste les femmes. Sa mère, ou une autre femme, a dû le faire souffrir énormément.

L’idée que les hommes violents détestent les femmes a été popularisée par un livre de Susan Forward, Ces hommes qui détestent les femmes… et ces femmes qui les aiment. Les descriptions que fait Mme Forward des hommes violents comptent parmi les plus justes que j’aie pu lire, mais elle fait erreur sur un point : la plupart des agresseurs ne détestent pas les femmes. Ils ont souvent de très bonnes relations avec leur mère, leurs sœurs ou leurs amies. Bon nombre d’entre eux sont capables de travailler efficacement sous les ordres d’une supérieure et montrent du respect pour son autorité, du moins en apparence.

Il est certain que l’absence de respect envers les femmes est très présente chez les hommes violents : leurs attitudes envers l’autre sexe s’échelonnent sur un spectre allant d’interactions assez constructives avec la plupart des femmes (tant qu’ils n’ont pas de liens intimes avec elles) à une misogynie explicite qui les amène à traiter la plupart d’entre elles avec condescendance et mépris. En général, je constate que les considérations de mes clients sur comment leur partenaire devrait s’occuper d’eux et ne vaut pas la peine d’être prise au sérieux se répercutent bel et bien sur la vision qu’ils ont des autres femmes, y compris leur propres filles. Mais, comme nous le verrons au chapitre 13, le manque de respect des agresseurs à l’égard des femmes tient généralement à leur éducation et à leur environnement social, plutôt qu’à quelque maltraitance qu’ils auraient personnellement subie de la part de femmes. Si certains agresseurs utilisent l’excuse d’avoir été victimes de tels agissements pour justifier leurs actes, c’est parce qu’ils veulent pouvoir rendre les femmes responsables des violences masculines à leur égard. Fait important : la recherche a démontré que les hommes qui ont eu une mère maltraitante ne sont pas particulièrement enclins à développer des attitudes négatives à l’égard des femmes. Par contre, c’est le cas pour les hommes dont le père usait de violence; le manque de respect de ces derniers envers leur femme et leurs filles est souvent intériorisé par leurs fils.

Donc, bien qu’une faible proportion des agresseurs détestent effectivement les femmes, la grande majorité d’entre eux font plutôt preuve envers elles de condescendance et de mépris de façon plus subtile, mais systématique, et certains d’entre eux n’affichent aucun signe révélant un problème avec les femmes, tant qu’ils ne sont pas impliqués dans une relation sérieuse.

MYTHE No 10

Il redoute l’intimité et l’abandon.

Les agresseurs sont souvent jaloux et possessifs, et leurs comportements coercitifs et destructeurs peuvent s’intensifier lorsqu’une partenaire essaie de les quitter. Certains psychologues, après un rapide coup d’œil à ce schéma, en ont conclu que les agresseurs souffrent d’un complexe d’abandon extrême. Mais beaucoup de gens, hommes ou femmes, ont peur de l’abandon, et peuvent, lorsqu’un être aimé les quitte, être paniqués, désespérés, déchirés. Si une rupture pouvait provoquer une réaction de panique entraînant des menaces, du harcèlement ou un meurtre, le monde entier serait une zone de guerre permanente. Ce que l’on constate, c’est que les meurtres de partenaires intimes après une séparation sont commis quasi-exclusivement par des hommes (qui ont souvent des antécédents de violence avant la séparation). Si c’était la peur de l’abandon qui provoquait les violences post-rupture, pourquoi les statistiques sont-elles si asymétriques ? Les femmes tolèrent-elles l’abandon beaucoup plus facilement que les hommes ? Bien sûr que non. (Nous examinerons au chapitre 9 les causes réelles des comportements extrêmes adoptés par certains agresseurs suite à une séparation.)

Proche du mythe de la crainte de l’abandon est la croyance selon laquelle les hommes violents « ont peur de l’intimité », une thèse qui prétend expliquer pourquoi la plupart des agresseurs ne maltraitent que leur partenaire, et pourquoi la plupart d’entre eux sont des hommes. Selon cette théorie, l’agresseur fait périodiquement usage de cruauté pour maintenir sa conjointe à distance, un comportement que les psychologues appellent « médiation de l’intimité ».

Mais il y a plusieurs lacunes dans cette théorie. D’abord, les agresseurs imposent souvent leurs pires violences après des périodes de tension et de distance croissantes, et non lorsqu’ils sont les plus proches de leur partenaire. Certains parviennent à conserver une distance émotionnelle constante afin d’éviter tout rapprochement qui pourrait déclencher une telle crainte de l’intimité, mais cela n’empêche pas les agressions de continuer. On constate aussi que la violence conjugale est tout aussi grave dans certaines cultures où n’existent pas d’attentes d’intimité entre maris et femmes, où le mariage n’est pas forcément synonyme de partage émotionnel réel. Enfin, beaucoup d’hommes ressentent une grande peur de l’intimité sans pour autant contrôler ou agresser leur partenaire, et ce parce qu’ils n’ont pas la mentalité d’agresseur.

Lundy Bancroft 

Traduction : Collective TRADFEM

https://tradfem.wordpress.com/2021/01/04/7843/

Version originale : Why Does He Do That?, chapitre 2 :

https://www.docdroid.net/py03/why-does-he-do-that-pdf

Tous droits réservés à Lundy Bancroft et TRADFEM. 

Ce livre sera bientôt publié en français.

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