Le coin du polar (Décembre 2020)

Detroit (USA) dans toutes ses beautés automobiles

Elmore Leonard est le chroniqueur de la ville de Detroit, longtemps capitale de l’automobile. Dans cette ville sont nés à la fois le « hard bop », un retour aux sources du gospel, et le « hard rock » musique qui collait à la déstructuration de la ville due à la perte de son industrie principale. Les histoires de Leonard s’inscrivent directement dans celles de la ville, jusqu’à la représenter. « Swag » – le butin du voleur mais aussi, plus récemment, arrogance – est, d’après Laurent Chalumeau – auteur de la présentation -, le premier grand roman de l’auteur.

Deux voleurs à la tire veulent voler plus haut que leur ULM et se retrouvent dans la panade. Au prix de leur prise de conscience, ils arrivent péniblement à comprendre leur situation. Frank Ryan et Ernest Stickley Jr – prénoms choisis pour le titre de départ « Frank and Ernest », franc et honnête – sont des braqueurs de petits commerces. Ils réussissent dans ce business. Ils voudraient faire un gros coup et… vous aussi connaissez la suite.

L’intérêt réside dans le contexte urbain, dans la description de l’environnement social dans lequel baignent les deux voleurs. Ainsi que dans la musique qui les entoure, les enveloppe. L’empathie avec ces « losers » est quasi totale. Leur destin n’est pas maîtrisé, il dépend tout entier des rencontres et d’une ville en train de subir les débuts de la crise économique qui détruira l’industrie automobile et obligera Detroit à se transformer.

Elmore Leonard : Swag, traduit par Elie Robert-Nicoud, préface de Laurent Chalumeau, Rivages/Noir


Intrigues et complots à la cour d’Edouard IV (1471)

Paul Doherty, une usine à lui seul, a commencé la saga de Margaret Beaufort dans « La reine de l’ombre », une qualification qui la pose comme une prétendante au trône d’Angleterre pour son fils, Henri Tudor, exilé. Pour l’heure, en 1471, ce sont les York qui gouvernent. Ils ont vaincu les Lancastre à la bataille de Tewkesbury qui fut, suivant les chroniqueurs, un bain de sang.

Edouard IV gouverne, se méfiant de ses frères, de Margaret pour conserver son pouvoir. Chaque protagoniste essaie d’étendre son champ d’influence à la fois pour consolider ses revenus et affirmer son autorité, sa place. Les complots pullulent. Pourtant, et Harding, historien spécialiste de cette période, rend justice à Edouard IV qui a réussi à rendre les rues de Londres plus sures. Il n’empêche, « Le complot des ombres », la suite de cette série, décrit abondamment ce Londres envahi par les malfrats de toute sorte – comme à Paris. Une visite guidée, décrite avec acuité tout autant qu’avec amour pour les populations résidentes. Une leçon d’histoire conduite sous la houlette d’une intrigue qui fait la part belle à la constitution d’une police secrète et d’espions au service du pouvoir.

L’intrigue, intéressante dans ce qu’elle contient de la construction d’un Etat, sert de fil conducteur. Les mêmes « détectives » se retrouvent pour trouver les clés de mystères qui supposent rationalité et déductions holmesiennes. Pour appréhender la place de l’Eglise catholique dans cette curieuse période.

Une réussite dans ce mélange de références, du roman policier à la Conan Doyle ou Agatha Christie, reprenant ici le thème du meurtre en « portes fermées », à la mise en perspective historique.

Paul Doherty : Le complot des ombres, traduit par Elisabeth Kern, 10/18

Nicolas Béniès

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