Notre ville appartient à tout le monde et pas à une clique de nostalgiques de généraux et de maréchaux colonialistes

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Le général Mangin (1866-1925) a été élève de Saint-Cyr. Il sert d’abord au Soudan français à la tête des tirailleurs sénégalais. Il participe à la mission Congo-Nil en 1898-1900 sous les ordres de Jean-Baptiste Marchand, notamment lors de la « crise de Fachoda ».

Au départ, il s’agit de combattre la révolte des Batetela, mouvement insurrectionnel contre l’autorité de l’État indépendant du Congo. Les guerriers kasaïens tetela se sont révoltés contre leurs officiers à cause de l’exécution de certains de leurs chefs indigènes. Ensuite, l’armée française tente de rejoindre le Nil en rivalité avec l’expansion coloniale britannique.

« La force noire »

Mangin se fait le théoricien de l’emploi des troupes sénégalaises – nom générique pour toutes les troupes d’Afrique noire – et publie en 1910, La force noire. De 1906 à 1922, son fidèle ordonnance fut un Bambara de haute stature, Baba Koulibaly, qui veilla jour et nuit sur lui avec dévouement et une ostentation que le général appréciait, étant lui-même volontiers théâtral.

Puis il prend part à la conquête du Maroc, sous les ordres du général Lyautey en 1912, au grade de colonel, se distinguant entre autres par la prise de Marrakech. Il est ainsi l’un des acteurs principaux de la campagne du Maroc 1907-1914, marquée notamment par le bombardement de Casablanca (5 au 7 août 1907) : une attaque navale française détruisit, au canon, la ville marocaine de Casablanca.

Un véritable massacre des troupes noires

Pendant la guerre 1914-1918, il utilise abondamment les troupes coloniales, sénégalaises en particulier. Ainsi, lors de la désastreuse offensive Nivelle, sur le Chemin des Dames, à la tête de la 6e armée. Mangin est alors accusé par le député noir Blaise Diagne de mener les troupes noires à « un véritable massacre, sans utilité ». Mangin, au printemps 1917, reçoit le qualificatif infamant de « broyeur et boucher des Noirs ».

Les cimetières militaires du Soissonnais sont remplis de tombes de ces soldats, quand ils ne sont pas dans des fosses communes.

Au printemps 1918, Mangin réalise la célèbre contre-attaque du 18 juillet à Villers-Cotterêts qui, précédée de centaines de chars d’assaut, brise l’offensive ennemie vers Paris et déclenche la retraite allemande. Vainqueur dans l’Aisne à l’automne, il provoque la rupture du front allemand, libère Soissons et Laon. Cette offensive se fait aussi en sacrifiant des troupes d’indigènes coloniaux sans droits : tirailleurs « sénégalais » dans les combats de la Savière, puis près de Crécy-au-Mont, Champs et Blérancourt ; chasseurs de la cavalerie d’Afrique et la division marocaine ; plus tard, à l’automne, Kanaks de Nouvelle-Calédonie à Vesles-et-Caumont ; Malgaches près d’Oulchy-le-Château ; Martiniquais, Guadeloupéens et Guyanais qui concourent à la libération du département de l’Aisne.

Après la guerre, Mangin est politiquement proche de l’Action française. Blaise Cendrars cite les propos peu amènes des mutins de 1917 :

Comme le chantaient les hommes en descendant du Chemin des Dames :

Jean de Nivelle nous a nivelés

Et Joffre nous a offerts à la guerre !

Et Foch nous a fauchés…

Et Pétain nous a pétris…

Et Marchand ne nous a pas marchandés…

Et Mangin nous a mangés !

Dominique Natanson : Guide du Soissons colonial

Editions de l’échelle du temple &éditions Syllepse

Soissons, Paris 2020, 56 pages, 5 euros

https://www.syllepse.net/guide-du-soissons-colonial-_r_25_i_847.html

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