Du coté du jazz (novembre 2020)

Toujours trois et encore libres

Si je voulais vous faire peur, je commencerai en qualifiant cette musique des trois compères, Serge Lazarevitch, guitares, Ben Sluijs, saxophone alto et flûte alto, Teun Verbruggen, batterie, de free-jazz. Ne tournez pas les talons. « Still Three, still free » est un album étrange réalisé par un trio qui ne l’est pas moins. Les influences revendiquées passent allégrement de Thelonious Monk et Ornette Coleman, mystère et joie mêlées, à György Ligety et François Couperin, modernité et tradition arborées. Leurs conversations improvisées peuvent appeler des musiques d’autres mondes, les leurs, et même des musiques dites du monde pour emmêler leurs souvenirs et les nôtres en traçant un chemin de traverse qui pourrait devenir fréquenté. Sans fureur, ces trois là veulent donner au monde la fraternité qui lui manque en réunissant toutes les cultures dans le creuset d’un jazz qui pour être libre est aussi simple que notre univers semble compliqué.

Superbe.

Lazarevitch, Sluijs, Verbruggen : Still Three, Still Free, Lazarevitch, Rat Records, www.ratrecords.biz


Un label nécessaire : Whirlwind

Un label britannique qui veut se tourner vers les musiques actuelles un terme fourre tout -, qu’elles soient qualifiées de jazz ou non. Les frontières sont devenues très floues depuis que la musique contemporaine – Berio, Stockhausen notamment – s’est inspirée directement du jazz – du free jazz en particulier – et que le jazz, comme il était logique, s’est à son tour plongé dans la musique de notre temps. Le jazz devient un concept qui se vide d’un sens qu’il n’avait jamais défini.

Whirlwind est le label à la fois de ces rencontres mais aussi de ces interrogations. La question n’est pas de construire des cases, le jazz s’est toujours refusé à y entrer mais de comprendre les devenirs des musiques en considérant leurs racines différentes pour alimenter la création. Le jazz a longtemps été la musique de la révolution permanente. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Il vit, comme toutes les autres disciplines artistiques, sur le mode de l’éclatement. Une curiosité en ce présent fortement structuré par les identités.

Le label a comme musicien important, un guitariste indien, Rez Abbasi. Son dernier album, « Django-Shift » est, comme l’indique le titre, un hommage à Django Reinhardt mais transformé (shift) soit par le tempo, la métrique ou d’autres composantes. Un travail à la fois intellectuel et émotionnel, une grande réussite.

Rick Simpson, pianiste, a été influencé par Radiohead et a conservé une prédilection pour la musique qui pulse sans oublier le jazz lui-même pour créer d’autres atmosphères. A l’aide d’un quintet, il revisite la musique de ce groupe : « Everything all of time : Kid revisited ».

Plus aventureuse, plus liée aux formes du jazz des années 1960 est la musique proposée par le saxophoniste ténor Jure Pukl, un musicien qui enregistre beaucoup pour le label. Sa dernière production, « Broken Circles », cercles brisés, dit bien sa préoccupation de se référer à Coltrane tout en bridant les cycles habituels. Son quintet fait la part belle au vibraphone – Joël Ross – pour éviter toute monotonie et solliciter l’attention de l’auditeur.

Ray Abbasi : Django-Shift ;

Rick Simpson : Everything all of time : Kid revisited ;

Jure Pukl : Broken Circles ;

Whirlwind Records.


Aventures improvisées

Le label, « The Bridge », comme son l’indique veut créer un pont entre les musiciens de jazz en France et à Chicago pour susciter les confrontations et ouvrir la porte à des improvisations libres pour créer des espaces musicaux. Il se veut réseau pour le jazz et les musiques créatives. « Sangliers », sous titré « Minuscules » a souffert de la pandémie ; les échanges avec les États-Unis sont au point mort. Cet album pourtant cherche la lumière. Keefe Jackson et Dave Rempis aux saxophones, Didier Lasserre et Peter Orins à la batterie comme la pianiste Christine Wodrascka se livrent sans filets dans un processus d’improvisation qu’il faut prendre le temps d’apprécier et de vivre.

«Minuscules Sangliers »,  The Bridge #14

Nicolas Béniès

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