Repenser la domination masculine et les politiques actuelles du féminisme

Ce billet est un petit dossier de présentation du livre

FÉMININ/MASCULIN, le conflit des sexes de la nature à la culture

publié en juin 2020 par les éditions Libre et solidaire, 420 pages, 24€.

Le dossier renvoie à

– un sommaire détaillé,

– un court chapitre, intitulé La « madone » et la « salope » : quelle est l’origine de ces stéréotypes ? Le modelage des rôles féminins par les stratégies sexuelles des hommes dans le patriarcat,

– un chapitre sur l’écoféminisme,

– un autre sur le travail domestique.

Cet ouvrage prend acte de deux refondations intellectuelles et politiques du féminisme, intervenues à la fin du XXème siècle, souvent mal comprises, parfois ignorées dans le champ intellectuel francophone :

L’espèce humaine n’a pas inventé la domination masculine : elle l’a transformée – certes sur des points décisifs. Des biologistes des pays de langue anglaise, surtout des primatologues, s’en sont avisé.e.s dans les années 1980. La comparaison entre les espèces animales est apparue comme indispensable pour comprendre les facteurs typiques de conflit et de coopération entre les sexes, leurs configurations variables dans les cultures humaines, la tendance lourde à la domination masculine, mais aussi le rôle actif des femelles, conduisant dans certaines espèces à la mise en échec de cette domination. Ainsi le point de vue féministe a fait irruption dans l’éthologie animale, dans la psychologie évolutionniste humaine et la sociobiologie, imposant une rupture avec les oeillères machistes très présentes dans ces disciplines.

Ce livre s’efforce de présenter pédagogiquement les acquis théoriques de cette refondation, conduisant entre autre à renouveler l’analyse du patriarcat et la réflexion sur la faisabilité de voies alternatives.

Dans le même temps s’est affirmé l’écoféminisme. Ce n’est pas un hasard si les femmes sont très présentes dans les mouvements de défense de l’environnement au Sud et au Nord, et si l’écologie est portée à adopter un point de vue féministe. Ces femmes en action s’appuient sur le rôle qui leur est assigné socialement dans l’entretien de la vie humaine et de l’environnement, pour dénoncer la soi-disant rationalité économique et technocratique, déchiffrer l’imaginaire phallocratique qui anime cette civilisation, et penser une refondation pacifiée et solidaire du rapport entre société et nature. Cette pensée à la fois diverse et mondiale, dont Vandana Shiva est la théoricienne la plus connue, est parfois contestée comme « essentialiste », mais ses apports sont néanmoins décisifs dans la situation actuelle de périls écologiques et de crise de la civilisation.

L’écoféminisme a convergé avec la réflexion sur le care apparue dans le féminisme nord-américain. Le care, compris comme une éthique de l’attention concrète à autrui, et s’élargissant au « prendre-soin » du monde vivant, n’est pas spécifiquement féminin. Mais assurément le mépris du care fait partie de la domination masculine : il est un motif typique de conflit sur les tâches parentales entre les mères et les mâles dans de nombreuses espèces animales. Or on retrouve le mépris du care dans la surexploitation du vivant et l’idéal de domination de la nature qui caractérisent la civilisation capitaliste.

Il existe objectivement des liens profonds entre ces deux refondations, et c’est en suivant la trame de ces liens que ce livre explore la puissance critique et créative du féminisme.

Il y a en fait plusieurs livres dans ce livre : voir chapitres et intertitres au sommaire :

https://static.mediapart.fr/files/2020/06/14/feminin-masculin-sommaire-1.pdf?userid=13c1a800-748d-442f-b090-cfeb1880b213

Pour un résumé de la problématique, et son illustration sur un thème très connu, nous vous proposons de lire un court texte, intitulé

La « madone » et la « salope » : quelle est l’origine de ces stéréotypes ?

Le modelage des rôles féminins par les stratégies sexuelles des hommes dans le patriarcat

Ce texte est en libre accès sur mon blog sur le site de Mediapart :

https://static.mediapart.fr/files/2020/06/14/chapitre-stereotypes-madone-salope.pdf?userid=17217a2b-6d45-4465-9a16-afe2ff83e4bf Texte en ligne également sur ma page de travail « Féminisme en chantier »sur le site de l’association marseillaise Mille Bâbords : http://www.millebabords.org/spip.php?article28869 .

Pour situer le livre dans le champ des théories de la domination masculine, disons qu’il défend la thèse d’une complémentarité entre le féminisme dit « matérialiste », d’inspiration marxiste (notamment Christine Delphy, et plus récemment Danièle Kergoat et d’autres sociologues du travail), et un courant universitaire et militant nord-américain dénommé evolutionary feminism, d’inspiration darwinienne (notamment Sarah Blaffer-Hrdy).

Les aboutissements de cette entreprise se trouvent dans

– le chapitre sur le patriarcat, compris comme un système aujourd’hui en voie de désarticulation, mais ayant une forte capacité à se recomposer en toutes occasions

– et le chapitre sur les présences de la domination masculine et des résistances féminines dans la civilisation capitaliste.

Quant à son positionnement politique, le livre présente une réflexion sur l’articulation entre l’héritage du féminisme de l’égalité, toujours très présent dans les luttes actuelles, et les chemins non moins actuels de l’écoféminisme : vous pouvez lire directement le dernier chapitre, intitulé

L’écoféminisme et le care entre luttes sociales et refondations théoriques :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2017/07/07/lecofeminisme-et-le-care-entre-luttes-sociales-et-refondations-theoriques/#comments ,

également consultable sur Les Possibles, revue en ligne du Conseil Scientifique d’ATTAC-France :

https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-14-ete-2017/debats/article/l-ecofeminisme-et-les-mobilisations-pour-l-environnement-dans-les-pays-du-sud

Pour des propositions politiques de style plus « syndical » ou plus « critique de l’économie politique », le chapitre L’exploitation du travail domestique et son articulation avec l’exploitation salariale dans le capitalisme peut être lu à part sur le blog Entre les lignes entre les mots :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2018/02/02/lexploitation-du-travail-domestique-et-son-articulation-avec-lexploitation-salariale-dans-le-capitalisme-ou-le-feminisme-materialiste-revisite-2/

Enfin, quelques travaux préparatoires ou complémentaires au livre Féminin/masculin sont en ligne sur la page Féminisme en chantier du site de l’association marseillaise Mille Bâbords :

http://www.millebabords.org/spip.php?article28869

joel.martine@free.fr, Marseille

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