Les mercenaires des énergies fossiles

Introduction

L’industrie des énergies fossiles a trouvé dans la pandémie en cours un moyen d’étendre son emprise, de capter des fonds publics destinés à la relance et d’imposer de fausses solutions laissant présager d’une véritable catastrophe climatique. La COVID-19 est une crise sanitaire mondiale qui, rien qu’en Europe, a touché plus de 4,2 millions de personnes et fait près de 215 000 victimes. Mais comme avec tant d’autres crises avant elle, qu’elles soient financières (2008) ou climatiques, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. L’épidémie a mis en exergue les inégalités existantes, accablant sans commune mesure les populations précaires ou marginalisées et les minorités.

Depuis longtemps déjà, les grandes entreprises considèrent les crises comme de formidables opportunités de faire des bénéfices. Au lendemain de celle de 2008, les banques avaient pu compter sur la générosité des États, alors même que nombre de familles se voyaient dépossédées de leurs maisons. Depuis des décennies, l’histoire de la filière des énergies fossiles est jalonnée de lois formulées à son avantage, de déni de la science et de manœuvres visant à retarder, affaiblir voire purement saborder l’action en faveur du climat – tout cela bien sûr en continuant allègrement

à engranger des milliards de bénéfices, à réchauffer la planète et à décimer des communautés entières. Mais comment ces grands noms des combustibles fossiles et leurs lobbys s’y prennent-ils pour tirer parti de la pandémie ? Et à qui va profiter l’argent public débloqué pour amorcer la relance post-COVID-19 ?

Un simple examen du lobbying exercé par l’industrie fossile durant la crise et des bénéficiaires des plans de sauvetage mis en œuvre au niveau de l’UE, en Italie, en France et dans d’autres États membres, fait ressortir des tendances aussi frappantes qu’alarmantes. Cette industrie s’emploie à promouvoir ses fausses solutions dans le cadre de programmes de relance ou s’appuie sur une puissance de feu systémique pour s’arroger des fonds publics censés amorcer la reprise économique. Ce faisant, elle enferme toujours plus l’Europe dans sa dépendance aux énergies sales, alors même que notre seul espoir d’enrayer la dégradation du climat est de maintenir la grande majorité des réserves de charbon, de gaz et de pétrole dans le sol. La crise lui sert également de prétexte pour tenter de retarder l’action en faveur du climat et œuvrer en faveur d’une déréglementation en matière d’environnement, aidée en cela par sa facilité d’accès aux décideurs de haut niveau tandis que régresse la transparence autour du lobbying et des procédures décisionnelles.

Le modèle économique prôné par l’industrie des énergies fossiles met en péril notre présent et notre avenir. Pour mettre un frein à son insidieuse influence, l’empêcher de profiter davantage de l’urgence à laquelle nous confronte la pandémie et perpétuer ses pratiques polluantes, la politique doit s’affranchir de l’industrie des énergies fossiles.

Je souligne notamment : « La crise lui sert également de prétexte pour tenter de retarder l’action en faveur du climat et œuvrer en faveur d’une déréglementation en matière d’environnement, aidée en cela par sa facilité d’accès aux décideurs de haut niveau tandis que régresse la transparence autour du lobbying et des procédures décisionnelles ».

Les auteurs et autrices analysent les politiques au sein de l’Union européenne, fournissent des exemples (Italie, France, Portugal, Espagne…). Iels détaillent les fausses solutions autour du gaz, du captage et du stockage du carbone (CSC), de l’hydrogène…

Iels critiquent la taxonomie utilisée par les institutions européennes, « Ainsi, la taxonomie de l’UE pour une finance durable – qui définit les investissements considérés comme « verts » – pourrait déboucher sur davantage d’investissements dans les énergies fossiles », le plan de relance, « Le plan de relance de l’UE pourrait se révéler une victoire majeure pour les solutions fallacieuses que sont le gaz, mais aussi le CSC et l’hydrogène – avec pour conséquence d’énormes subventions publiques accordées aux infrastructures gazières », l’opacité des subventions, « Les entreprises des énergies fossiles pourraient bien empocher des centaines de millions d’euros de subsides publics au nom de la relance post-COVID-19 – même s’il est bien difficile d’en évaluer la véritable portée face à une telle opacité », les auto-présentations d’industriels comme défenseurs de la transition énergétique « tout en continuant à faire campagne contre les règles environnementales contraignantes et à promouvoir des palliatifs technologiques »…

Et alors que la liberté d’expression semble être un thème de débats publics actuels, « Depuis le début de la crise sanitaire, une tendance inquiétante semble se dessiner en Europe : les règles établies en matière de transparence et de liberté de l’information sont mises à mal, au moment même où le droit de regard du public n’a jamais paru aussi précieux »…

En conclusion, les auteurs et autrices insistent, entre autres, sur l’urgence de l’intérêt public, « il faut en évincer les intérêts des combustibles fossiles, à l’instar des restrictions imposées à l’industrie du tabac »…

Quatre point sont mis en avant :

* Édifier un garde-fou pour interdire à l’industrie fossile l’accès aux processus de décision : fin des de rendez-vous de lobbying ; des sièges au sein des comités d’experts et de conseil ; pas de rôle auprès des organismes de recherche gouvernementaux.

* S’attaquer aux conflits d’intérêt des décideurs : pas de conflits d’intérêts, pas de porte tournante entre la fonction publique et l’industrie des combustibles fossiles ; pas d’emplois ou de placements secondaires dans l’industrie ; pas d’embauche de consultants de l’industrie.

* En finir avec le traitement de faveur réservé à l’industrie fossile : pas de participation aux négociations sur le climat ; pas de place au sein des délégations gouvernementales prenant part aux négociations internationales ou aux missions commerciales ; fin des subventions et incitatifs relatifs à l’utilisation des combustibles fossiles ou aux activités qui encouragent ou perpétuent le recours aux énergies fossiles.

*Rejeter les partenariats avec l’industrie fossile : pas de commandite ou de partenariat ; pas de plateforme de partage avec des représentants de l’industrie ; pas d’événement de l’industrie ni de participation à de tels événements ; pas de dons aux partis ou candidats.

Fossil Free Politics : La pandémie, une aubaine pour les pollueurs :

Comment l’industrie fossile profite des plans de relance pour asseoir l’hégémonie de l’énergie sale

https://www.fossilfreepolitics.org

https://multinationales.org/La-pandemie-une-aubaine-pour-les-pollueurs

Octobre 2020, 12 pages

Didier Epsztajn

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