Tragédie morbide de Wendake ; l’angle mort de la violence conjugale postséparation

La tragédie de Wendake nous a tous et toutes glacé le sang cette semaine, mais malheureusement on semble assister à une histoire qui se répète encore aujourd’hui plusieurs fois par année.

Depuis une semaine, dans la foulée des informations sur les nombreux signalements faits à la DPJ par la mère des victimes ainsi que de la publication de la lettre de la mère de l’accusé Michael Chicoine, la tragédie devient le catalyseur d’une discussion sur l’accessibilité aux services en santé mentale et du fonctionnement de nos institutions, notamment de la Direction de la Protection de la Jeunesse (DPJ). Or, l’opinion publique semble être en mode silence radio sur les dynamiques de pouvoirs et de violences qu’entretenait le père sur la mère. En effet, comment se fait-il qu’on apprenne que la mère ait fait au préalable au moins 3 signalements à la DPJ sans que cela n’allume aucun signal d’alarme sur le fait que peut-être, encore une fois, nous assistons à un cas d’instrumentalisation de la violence envers les enfants comme une tentative ultime de contrôle sur la mère dans un contexte de violence conjugale postséparation ? Dans une dynamique de violence conjugale la rupture est le point où les stratégies de domination et de contrôle de l’ex-conjoint se transforment, se multiplient et perdurent, exposant ainsi la femme et ses enfants à un plus grand risque d’atteinte à leur sécurité (psychologique et physique) pouvant aller jusqu’à l’homicide. Rappelons que, dans son rapport 2019, l’Observatoire canadien du Féminicide pour la justice et la responsabilisation (OCFJR) souligne que : « [..] lorsque les pères tuent leurs enfants, c’est souvent dans le contexte d’antécédents de violence familiale et de représailles contre leur conjointe pour avoir quitté ou tenté de quitter la relation (Bourget et al, 2007, Dawson 2015, Jaffe et al., 2014). 

La violence conjugale post-séparation

Sans nier l’existence de problèmes de santé mentale de Monsieur Chicoine, l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (MH2) souhaite recadrer l’analyse de la dynamique familiale en démystifiant la violence conjugale postséparation (VCPS) et ses manifestations. Comme on peut le constater dans ce témoignage poignant que cette mère a fait anonymement à La Presse les violences(ou les menaces de violences) envers les enfants dans un contexte postséparation peuvent être l’expression de représailles envers la mère, une volonté de vengeance, une tentative de se réapproprier et de maintenir la relation de contrôle sur elle et de nuire à la relation mère-enfant. La rupture correspond ainsi en un point d’escalade de violences physiques, psychologiques, économiques et judiciaires. L’ex-partenaire violent pourra retenir la pension alimentaire pour des motifs déraisonnables, intenter des procédures légales inutiles pour faire gonfler les frais d’avocat de la victime, contester ou refuser de payer sa part des frais communs, cacher des revenus ou cesser de travailler pour éviter de payer la pension alimentaire, Au-delà du raisonnable, il pourra exiger des compte-rendu ou des photos des enfants, imposer des stratégies éducatives, remettre en question les habiletés parentales de la mère, cacher de l’information ayant trait aux enfants, manipuler ou aliéner l’enfant contre la mère, ne pas ramener l’enfant au moment prévu, imposer sa présence dans le temps de garde de la victime. En bref, la rupture de la relation peut faire augmenter le risque de blessures graves ou de mort pour la victime et pour ses enfants. Nous croyons ainsi que si la mère a jugé que ses enfants était suffisamment en danger auprès de son ex-partenaire pour faire trois signalements à la DPJ, il est raisonnable d’affirmer qu’elle était dans une dynamique de VCPS en subissant au moins une de ces formes de violences.

Pourquoi est-il important de recadrer les homicides familiaux dans un contexte de VCPS ? 

À la suite des événements, ce sont 5 enquêtes qui ont été mises en place, en plus du rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse prévu pour la fin novembre ainsi celui du Comité d’Experts sur l’accompagnement des victimes dans le système judiciaire qui devrait aussi être publié cet automne. Tous ces rapports devraient être fortement éclairant sur les dynamiques de pouvoirs et de violences genrées liés aux homicides conjugaux. Le gouvernement avait déjà reconnu l’importance de la question de la VCPS dans son plan d’action sur la violence conjugale 2018-2023 en production et diffusion de matériel de sensibilisation sur la VCPS (Action 12) ainsi que dans les actions 18 et 19 visant à accroître le parc locatif en maisons d’hébergements de deuxième étape. L’action 24 du même plan d’action proposait quant à elle d’élaborer une formation provinciale sur la détection du risque d’homicide intrafamilial et extrafamilial, qui comme nous l’avons vu est lié notamment à la VCPS. La problématique de la VCPS est déjà reconnue et ciblée par le gouvernement, c’est donc dire que les rapports qui seront publiés dans les semaines et les mois suivants ne feront que donner de plus amples outils au gouvernement qui aura dorénavant toutes les cartes dans ses mains pour développer un ensemble de politiques musclées et efficaces pour protéger les femmes et les enfants. Il s’en est donné les moyens, battons le fer tant qu’il est chaud !

Les maisons d’hébergements de deuxième étape : un service sécuritaire adapté pour contrer la violence conjugale postséparation

En 2019, les membres de l’Alliance ont hébergés 512 personnes (223 femmes et 289 enfants) en danger de violence conjugale postséparation dans un parc total de 119 logements et 21 chambres. Le taux de refus des demandes admissibles est de 75% à Montréal, et 37% dans les régions où le service existe ! Nous osons espérer que le MSSS débloquera rapidement les 69 nouvelles places en maison de 2e étape en attente d’approbation depuis 15 mois… Les maisons d’hébergement de 2e étape (MH2) offrent bien plus de services que le simple hébergement physique des femmes et des enfants. Les intervenantes ont une expertise spécialisée en violence postséparation, au regard de la dévictimisation, de l’analyse de la dangerosité du conjoint, des impacts sur les enfants exposés à la violence conjugale, de la réinsertion sociale des victimes et de l’autonomisation des femmes hébergées. Elles couvrent une vaste gamme de services de soutien, individuel et de groupe, pour les femmes et les enfants : entrevue de sélection, rencontres formelles et informelles, activités socio-culturelles, lien mère/enfant, accompagnement sociojuridique, médical, immigration, scolaire, communautaire et institutionnel ; ainsi que la sensibilisation de la population.

Nous ne le dirons jamais assez la VCPS menace concrètement la vie de nombreuses femmes et d’enfants en ce moment même au Québec.

L’Alliance des Maisons d’hébergement de 2e étape pour Femmes et enfants victimes de violence conjugale (MH2) 

**Vous vivez une situation de violence conjugale ou de violence conjugale postséparation, contactez SOS violence conjugale. 

Les maisons d’hébergement sont ouvertes et sécuritaires pendant la COVID.

Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale

https://www.pressegauche.org/Tragedie-morbide-de-Wendake-l-angle-mort-de-la-violence-conjugale

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