La loi dont nous avons besoin : La Paix des Femmes

Nous tenons à exprimer notre préoccupation concernant la proposition de modifier de manière urgente la loi actuelle de 2008, faisant référence à la violence contre les femmes, devant le Parlement catalan. Il convient de rappeler que cette loi est le résultat d’un vaste processus qui a impliqué non seulement les forces politiques, mais également le mouvement féministe et ses membres désignées. Cela fait des années que dure ce processus. Nous avons accumulé de l’expérience et nous avons identifié de nouveaux problèmes et de nouvelles réalités sociales. Une mise à jour de la loi s’impose donc, selon nous. Mais, sur une question aussi urgente et transcendante, il faut une nouvelle réflexion collective et la recherche d’un large consensus. Les difficultés inhérentes à la pandémie ne peuvent être une excuse pour surseoir à cet effort.

La lecture du projet déclaré recevable – une procédure réduite à un nombre restreint de comparaisons – confirme le risque de faire les choses avec précipitation. Nous courons le risque de combattre la loi de 2008 au lieu de l’améliorer et d’en faire un instrument plus efficace pour lutter contre les violences machistes. Ainsi, par exemple, si l’objectif est d’élargir l’éventail des violences couvertes par la loi, nous serions favorables à l’inclusion de la traite à des fins d’exploitation sexuelle et de prostitution en tant que telle. Nous sommes inspirées par la tradition du féminisme nordique, qui la considère dans tous les cas comme une agression masculine et un crime social répréhensible, et qui oblige les autorités publiques à offrir un soutien et des alternatives aux femmes en situation de prostitution. C’est ce que nous appelons de nos vœux depuis deux ans avec le Manifeste de la « Paix des Femmes », promu par la Federació d’Assiocacions de Veïnes i Veïns de Barcelona (Fédération d’Associations d’Habitantes et d’Habitants de Barcelone – FAVB) avec le soutien de centaines de personnalités. Cependant, nous voyons comparaître au Parlement, à titre de « spécialistes », des personnes et des entités liées aux lobbys de l’industrie du sexe.

De même, dans ce rapport, lorsque que l’on mentionne l’impact des nouvelles technologies et des réseaux sociaux sur l’apparition de nouvelles formes de harcèlement, on s’étonne qu’il n’y ait aucune référence à la pornographie, qui a connu un développement vertigineux et massif ces dernières années, qui a eu une influence croissante sur le comportement des jeunes et des adolescents et qui a conduit à une apologie et une érotisation systématiques des traitements dégradants et de la violence envers les femmes et les enfants. Nous pourrions dire la même chose en ce qui concerne la dénonciation des atteintes aux droits génésiques, dans laquelle toute mention des « mères porteuses » est omise, un phénomène qui touche surtout les femmes pauvres d’autres pays, mais qui trouve son origine dans la demande qui est produite en Occident et qui nous révolte en tant que femmes féministes et solidaires.

Cependant, si ces avancées sont remarquables, il y a aussi l’introduction inattendue d’un article (point 8) qui cherche à étendre l’emprise de la loi pour y inclure les « non-binaires », les « trans », les « groupes de genre auto-identifiés qui ne correspondent pas au sexe assigné à la naissance »… Nous pensons que ce type d’ajout peut complètement fausser le sens de la loi. En tout cas, une modification de cette loi ne peut pas être introduite par la porte arrière, de manière précipitée, sans débat et sans chercher à construire des accords aussi larges que ceux qui ont été conclus en 2008. Et il est évident que, comme nous l’avons dit, il n’y a pas d’accord sur cette question au sein du mouvement féministe. Nous pensons que toute personne, quelle que soit son orientation sexuelle ou sa façon de vivre, a droit au respect de son intégrité et au pouvoir du public contre toute forme de discrimination. La défense de ces droits peut faire l’objet d’autres dispositions législatives. Mais la loi de 2008 aspire à protéger les femmes et les enfants de la violence qui peut être infligée à leur sexe, c’est-à-dire à la situation d’infériorité, de soumission ou de vulnérabilité que la hiérarchie patriarcale attribue aux femmes et qui, malgré les progrès réalisés en termes d’égalité, persiste dans nos sociétés. La tentative d’élargir le champ d’application de la loi transforme la population en un « collectif », brouillant l’inégalité structurelle et spécifique à laquelle les femmes sont soumises – et qui nécessite donc des instruments juridiques et de politique publique tout aussi spécifiques pour la combattre.

Quelles que soient les différentes opinions que nous puissions avoir sur la question, il n’est pas acceptable qu’un changement aussi important soit produit dans une loi que nous, les femmes de ce pays, estimons être la nôtre sans un débat public, rigoureux et suffisant. Nous devons stopper une dynamique perverse qui sape la démocratie et consiste en un détournement du débat citoyen par des lobbies et des « spécialistes » partiaux. Il n’est pas acceptable que nous soyons mis devant le fait accompli, devant de nouvelles lois qui peuvent porter atteinte aux droits acquis ou affecter la santé et le développement de nos enfants et de nos jeunes, sans pouvoir en discuter.

Le Conseil ne devrait pas donner son aval à une procédure parlementaire qui ne laisse pas le temps nécessaire à une réflexion sérieuse et participative. Il est préférable de retarder l’approbation d’une loi pour mieux l’élaborer que d’encourager l’adoption d’un travail bâclé qui pourrait nuire aux intérêts des femmes.

Barcelone, 21/10/202

Plateforme catalane pour le Droit à ne pas être Prostituées 

(Plataforma Catalana pel Dret a No Ser Prostituïdes)

« Celui qui ne bouge pas n’est pas conscient de ses chaînes » Rosa Luxemburg

Version originale :

https://acciofeminista26n.wordpress.com/author/acciofeminista26n/

Traduction : Eva San Miguel de TRADFEM

https://tradfem.wordpress.com/2020/10/24/la-loi-dont-nous-avons-besoin-la-paix-des-femmes/

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