Du coté du jazz (octobre 2020 – B)

Deux ou trois choses à savoir d’Ennio Morricone

Le compositeur sert toujours de référence aux musiques de films plus ou moins muets, pour habiter un silence qui en dit plus que bien des paroles. Les images, dans notre mémoire, tourbillonnent autour des recréations des deux compères, le bassiste Ferruccio Spinetti et le claviériste Giovanni Ceccarelli, un duo à la place d’un grand orchestre, une gageure. Gagnée. La reconnaissance – pas toujours, certaines musiques de série télé ne font pas forcément partie de notre patrimoine – s’allie à la découverte de sonorités, d’alliances, de mélodies étranges sorties de celles connues. Les surprises donnent du sel à ces recréations.

Pour corser la rencontre, une troisième voix s’est invitée, celle de la vocaliste Chrystel Wautier qui détaille des paroles – en anglais et en français – pour épaissir le mystère en faisant apparaître des dimensions inédites. Loin de l’hommage sur papier glacé, « More Morricone », propose une relecture des compositions de ce prolifique auteur. Une manière aussi d’entrer dans le monde de Ennio Morricone.

Ferruccio Spinetti/Giovanni Ceccarelli : More Morricone, Bonsaï Music/L’autre distribution/Idol


Attendre le bateau mais lequel ?

Fêter la fin d’un monde, c’est dans l’air du temps. Le monde d’après est à la mode. Sœur Anne, pourtant, ne voit rien venir même pas la route qui poudroie. La musique, le jazz en particulier, se doit prendre en compte la naissance de nouvelles cultures. Le champ des possibles se distend, se diversifie pour donner aux futurs toutes les chances d’arriver. La musique de fin est joyeuse, swinguante, bleus de tous les blues et ouverte en même temps que rencontre de cultures.

Dominique Fillon a pris la nouvelle donne au sérieux en demandant à Dan Schnelle, batteur de Los Angeles et à Alex Boneham, bassiste australien – la scène du jazz australien est très largement sous estimée à tort – de construire le trio « Augmented trio ». De quoi est-il augmenté ? D’un trompettiste, Sylvain Gontard, et d’un quatuor étrange, construit pour l’occasion, dont les accents laissent entendre des sonorités qui se veulent d’ailleurs pour laisser percer quelques traces dans la neige épaisse de notre passé, vers un avenir non écrit. Beaucoup de danses, calypso, rock, salsa… se donnent aussi rendez-vous pour montrer que le jazz peut aussi se faire musique populaire.

Une sorte de quintessence de la musique des 40 ans passés, marquées notamment par le trio EST, pour ouvrir la porte à autre chose qu’il faudra définir. « Awaiting Ship », en attendant le bateau, référence sans doute à Brecht et Kurt Weil, comme pour marquer à la fois leurs mémoires et indiquer que ce bateau inconnu devrait les entraîner dans une mer inconnue pour dessiner de nouveaux paysages.

Le trio fait la preuve de sa cohésion, les idées circulent allégrement. Les ouvertures sont multiples pour faire bouger les corps et les têtes.

Dominique Fillon, Augmented Trio : Awaiting Ship, Klarthe Records, PIAS distribution

Nicolas Béniès

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