Caroline De Haas : « Nous sommes des milliers d’Alice Coffin »

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

La demande d’égalité entre les sexes tout autant que la lutte contre les violences faites aux femmes n’a jamais été aussi forte, quitte à déranger, estime la militante féministe dans une tribune au « Monde » pour qui la parole de l’auteure du « Génie lesbien », Alice Coffin, est légitime et nécessaire dans ce combat

Tribune. Chaque année, 1,2 million de femmes sont victimes d’injures sexistes. Une salariée sur 3 déclare avoir subi du harcèlement sexuel au travail. Plus de 200 000 femmes vivent avec un conjoint violent. Chaque année, 94 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol. En 2019, 152 femmes sont mortes assassinées par leur conjoint ou leur ex-conjoint. 4 millions de personnes ont été victimes d’inceste.

Ces chiffres ne concernent pas un pays lointain ou une époque révolue. Ils parlent de moi, ils parlent de vous, ils parlent de nous. Ils parlent de la France. Ces violences sont le fait, pour l’immense majorité d’entre elles, d’hommes. D’hommes de nos entourages professionnel ou personnel pour la plupart. Des hommes que nous connaissons, nous côtoyons. Nos collègues, nos amis, nos patrons, nos frères, nos grands-pères, nos oncles.

Ceci n’est pas une opinion ni une vue de l’esprit : c’est la réalité. La réalité dite et redite par les enquêtes, les sondages, par les centaines de milliers de témoignages qui se déversent sur les réseaux sociaux depuis des années. Celle d’un monde dans lequel des hommes violentent des femmes parce qu’elles sont femmes. Celle d’un monde qui nous place de manière quasi systématique dans une position d’infériorité. Celle d’un monde qui nous invisibilise, nous oublie, nous écrase. C’est l’évidence dite par Alice Coffin.

Il y aura donc encore des résistances

Alice Coffin pique cette réalité. Elle dérange. Elle n’est pas agréable à regarder. Pendant plusieurs années, j’ai cherché un moyen de rendre moins douloureux le fait que chaque jour, 250 femmes étaient violées par des hommes. Je ne sais pas faire. Cette information, au-delà de décrire 250 situations de violences, raconte que chacune et chacun d’entre nous connaissons au moins une femme qui a été violée. Sans doute plusieurs.

Il est plus facile de nier cette réalité que de combattre les violences. Il y aura donc encore des résistances. Il y aura encore aussi des moments de découragement. Comme lorsque le ministre de l’éducation nationale a répondu à la mobilisation des lycéennes contre les violences sexuelles en expliquant qu’il suffisait de s’habiller normalement pour régler le problème.

Comme lorsque j’ai entendu, médusée, Marlène Schiappa alimenter en direct dans un média la machine du cyberharcèlement contre Alice Coffin. Comme lorsqu’une représentante du personnel me dit qu’elle n’arrive pas à faire bouger les choses dans son entreprise malgré de multiples signalements pour harcèlement sexuel. Comme lorsque j’ai reçu la semaine dernière dans la même journée trois témoignages de femmes victimes ayant été mal reçues dans des commissariats.

« Les violences masculines doivent cesser »

Il y a et il y aura aussi, encore et toujours, des moments d’accélération et de joie. Il y aura d’autres #metoo. D’autres manifestations. De nouveaux collectifs féministes qui feront monter d’un cran le niveau d’exigence. De nouvelles générations qui enfonceront de nouvelles portes, nous laissant un peu sonnées devant tant de force et de détermination. Les énergies libérées ces dernières années sont incommensurables.

Elles ont des conséquences partout. Dans toutes les familles, toutes les entreprises, tous les lycées ou les universités. Partout, des femmes relèvent la tête, se font entendre. Partout, la question des violences sexuelles que subissent les femmes et les enfants est mise à l’ordre du jour. Nous sommes pris, toutes et tous, dans une vague de transformation tellement profonde et radicale que quelques gesticulations ou tentatives de nous faire taire ne feront pas le poids.

J’appartiens à la catégorie des optimistes, des verres à moitié pleins, des enthousiastes. La prise de conscience de la réalité des violences sexistes et sexuelles n’a jamais été aussi grande. La demande d’égalité entre les sexes n’a jamais été aussi forte. Nous avons franchi un cap, les violences sexuelles ne pourront plus jamais être considérées comme une fatalité.

Alice Coffin, avec d’autres, dit simplement cela : « Les violences masculines doivent cesser. » Sa parole vous incommode ? Ce n’est que le début. Nous sommes des milliers d’Alice Coffin. Demain, il y en aura des centaines de milliers en face de vous pour dénoncer les violences que subissent les femmes et les enfants. Cela ne fait que commencer.

Caroline de Haas, Militante féministe

Tribune parue initialement dans Le Monde

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