J’étais jeune et aujourd’hui je suis une autre

Carmac, les vies paisibles et ordonnées, « Quand le soir tombe, à l’heure où la brume et les chaumes calcinés confondent leur fumée, et qu’au dehors tout se retire, les maisons se remplissent de bruits », un vacarme quotidien et familier, le silence d’hiver, « C’est peut-être à cause de ce vacarme que personne n’a rien entendu le soir où ils ont été tués. On dit qu’il y a eu des hurlements, des coups de feu, des supplications. Mais les murs du chalet ont tout absorbé. Un carnage à huis clos. Et personne pour les sauver. Dehors, pourtant, pas la moindre respiration du vent. Rien qu’un interminable silence d’hiver ».

La voix d’une femme dont le mari assassina des voisin·es et leurs enfants. Elle essaye de comprendre, de donner sens à un fragment d’histoire. Elle revient sur ces questions et ces mots prononcés au tribunal, « Pourquoi êtes-vous allé vous laver les mains dans la rivière gelée après avoir massacré tous les membres de la famille Langlois ? ».

Samira Sedira fait ressortir l’incapacité à formuler des explications, la geste judiciaire, les reproches faits à la « une femme de meurtrier », la difficulté de la parole, « il a fallu la renverser, la pousser dans le dos », l’évitement et l’exécution…

Elle nous parle voisinage, de distance sociale, de l’autre, « Dans leur esprit peuplé de fantômes sénégalais, un Noir ne pouvait être chef d’entreprise. Le Noir était au service du Blanc, pas l’inverse », d’incompréhension, du sourire du chat « qui vient d’avaler une pleine gamelle de croquettes », de ces « pas grand-chose », de rage…

Les phrases de l’autrice se font distance et présence au tribunal, dans la description des meurtres. La distance de la sidération, la proximité des êtres, l’étranger dans le connu.

Samira Sedira donne aussi à voir la fascination, les relations de service qui ne peuvent qu’être asymétriques, l’écart des perceptions entre une femme et un homme, le racisme refaisant surface, les transports de rage, les changements dans les odeurs, les yeux de la peur.

Une littérature de la lucidité. Les réalités sociales sous le « fait divers »…

Samira Sedira : Des gens comme eux

La brune au rouergue 2020, 140 pages, 16,50 euros

Didier Epsztajn


De l’autrice :

Majda en août, la-menthe-sasseche-le-thym-noircit-le-cactus-lui-est-intact/

L’odeur des planches, jai-mal-a-platonov/

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