Les festivals font de la résistance

Malgré les mesures de restriction, de fermetures des bars, de gestes barrières, derrière les masques les festivals s’agitent. Ils ne veulent pas se laisser mourir et surtout sauvegarder les mémoires pour que le patrimoine et la matrimoine continuent d’exister. Pour ce faire, le spectacle vivant est fondamental.

« Villes et musiques du monde » l’a bien compris. Et il ose intituler sa 23e édition « Douce France ». Référence à Charles Trenet évidemment, avec cette ironie que nos voisins trouvent bien française pour faire sourire et prendre de la distance. « Douce France » qu’il faut slammer pour lui donner la force d’intégrer les migrants dont les cultures viendront alimenter celles existantes. Pour clamer que nous avons besoin d’eux et eux de nous. La solidarité se forge aussi dans les musiques qui deviennent les nôtres. Ces musiques qui laisseront des traces dans nos mémoires, des traces indélébiles pour forger notre humanité commune.

Le cadre géographique est celui de la Seine Saint Denis et même du Grand Paris dont il est question ces derniers temps comme si la pandémie rendait actuels les projets enfouis sous une couche de crasse appelée routine ou pesanteurs bureaucratiques. Le festival, dans ces villes, prendra ses aises. Des places, des endroits étranges deviendront, de manière éphémère, un théâtre, une scène pour des spectacles d’ici pour partir ailleurs. Villes monde où cohabitent déjà des cultures différentes s’afficheront pour donner une image multicolore de la France, image plus juste que celles des média qui ne veulent voir que les orages ou les tempêtes. La sauvagerie est un facteur positif pour éviter de se renfermer sur soi-même, pour aller à la rencontre de l’autre. La sauvagerie n’est pas violence mais le refus de se plier aux usages pour se libérer et essayer de vivre. La création a besoin de la sauvagerie, sinon la culture meurt faute de trouver de nouvelles raisons de vivre.

Cette édition sera dédiée à Rachid Taha mais également à Manu Dibango, Tony Allen, Mory Kanté, Hilaire Penda… qui, tous avaient, un pied, une main, un bras dans toutes les musiques de notre temps, africaines, arabes, le jazz bien évidemment. Ces musiciens se sont servis de leurs racines transposées dans un autre environnement soumis au vent de toutes les influences pour créer des musiques étranges fusion de toutes les cultures. Les oreilles et les yeux grands ouverts pour sentir la puissance de toutes les tempêtes. Ainsi la « Soul Makossa » de Manu Dibango a été pillé par Michael Jackson… « Douce France »…

Comme à l’habitude, des centaines d’artistes seront présents, mêlant les nationalités, les terroirs, les ailleurs. Les musiques de France sont diverses. Chaque folklore a sa raison d’être. Il faut tout découvrir, il faut tout essayer et ne craindre aucun collage, aucune confrontation, aucune amitié, aucune ouverture. Une musique vivante sait à la fois conserver ses racines en bousculant toutes les traditions et intégrer les autres cultures à la sienne propre.

Comme chaque année un prix des Musiques d’ICI sera décerné. Du 9 octobre au 9 novembre, ce festival fera vibrer tous les publics pour faire comprendre que la rue sert aussi de réceptacle aux sonorités diverses qui forgent des images sonores pour des générations. Et si les brass bands envahissaient nos places pour renouer avec la danse, avec le bal populaire pour laisser le corps s’exprimer et ouvrir l’esprit à d’autres rencontres.

Nicolas Béniès

Villes des musiques du monde, du 9 octobre au 9 novembre 2020, « Douce France »

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