Le sale air de la peur

C’est reparti ! On nous refait, à dix-huit mois d’un nouveau scrutin présidentiel, le coup de la montée de l’angoisse populaire. La crise du coronavirus ne compte certes pas pour rien dans la récurrence du phénomène mais est très loin d’en épuiser la nature profonde. Les raisons du phénomène sont d’abord politiques et plus anciennes. Pour le comprendre il convient de distinguer les évènements qui peuvent légitimement expliquer l’inquiétude, voire la peur, de nos concitoyens et les stratégies politiques destinées à nourrir artificiellement le sentiment d’insécurité. Une lancinante petite musique « sécuritaire » nous est ainsi de nouveau serinée en cette rentrée. Avant que nos oreilles ne finissent par s’y habituer il va nous falloir, au passage, revenir aux sources du macronisme, cette baudruche dont le dégonflement s’accélère dangereusement désormais malgré les pathétiques tentatives de quelques lieutenants restés indéfectiblement fidèles et tentant maladroitement de lui redonner un peu de souffle.

Il n’est évidemment pas question de nier ici l’existence de sérieux motifs d’inquiétude ressentis par la population de notre pays. Ainsi, le Coronavirus circule toujours activement, est toujours aussi virulent, sa pandémie reprend de la vigueur, notamment dans les milieux démographiquement denses. Les conséquences économiques et sociales de la pandémie sont dramatiques, notamment pour l’emploi et les revenus, entrainant une aggravation sensible des inégalités. Et, ces conséquences devraient encore s’accentuer surtout si nombre d’entreprises se servent du prétexte de la crise sanitaire pour « dégraisser » leurs effectifs ou « restructurer » leur organisation interne. Tout cela est hélas bien réel. Cependant, sur cette réalité tangible – qu’il conviendrait sans doute de traiter avec précision et des remèdes adaptés – l’on vient en rajouter en instillant, à dessein comme nous le verrons, les ingrédients propices au développement d’un climat générateur d’angoisse souvent irraisonnée. Le pouvoir politique en place agite, avec la complicité étroite des médias de masse, d’autant plus d’opportuns épouvantails qu’ils lui servent à cacher ses graves défaillances dans le domaine sanitaire depuis le début de la pandémie et dans le domaine de la nécessaire transformation de notre « modèle » économique que la sévérité de cette pandémie devrait imposer. Il y a là évidemment un autre motif d’inquiétude des citoyens dont les désastreux « indices de confiance » ne sont que le reflet logique. Sur le bateau ivre le mal de mer gagne du terrain !

Mais, cela ne suffit encore pas. Comme ledit pouvoir entend bien rester à la barre du dangereux navire au-delà de 2022 il convenait de remettre sur le feu les recettes efficaces d’un passé pas si lointain, celles de « l’insécurité grandissante » attestée par les chiffres de la délinquance que l’on tire de son chapeau chaque fois qu’une bonne occasion se présente sous la forme d’une caméra ou d’un micro. Là aussi, il faut distinguer le fait et le grossissement du fait à des fins politiques inavouées. La délinquance existe bel et bien, certains de ses aspects augmentent – quand d’autres sont en baisse – mais c’est surtout son instrumentalisation politico-médiatique qui suscite le « sentiment d’insécurité ». Les « décideurs » ne peuvent agir instantanément sur la réalité de l’insécurité, en revanche ils peuvent sensiblement faire croître le sentiment d’insécurité à l’aide de discours habilement choisis. Signalons au passage que l’on omet toujours de rattacher les manifestations de la délinquance à l’insécurité sociale organisée qui les génère pour une bonne part. Et puis, l’on brandit ceci : la République est menacée. Insidieusement le leitmotiv s’installe. Par quoi est-elle donc menacée ? Par le poids grandissant des lobbies industriels ou agricoles auxquels la classe politique cède si facilement ? Par la calamiteuse réforme de l’Ecole voulue par un ministre incompétent ? Par l’emprise exorbitante et uniforme du « pouvoir central » sur tout le territoire hexagonal pourtant riche d’une grande diversité socio-culturelle ? Par une police de plus en plus violente et incontrôlable ? Non, par rien de tout cela. Elle est menacée par le « séparatisme » et le « communautarisme ». Là encore, si ces tendances existent – et doivent être contenues grâce à l’arsenal juridique et pénal existant – elles ne concernent pas des pans entiers de notre société comme certaines déclarations intentionnelles le prétendent. Dans ce trompe-l’œil volontariste la cocasserie, pour ne pas dire le ridicule, est également de mise. Voilà que des collégiennes et lycéennes elles aussi menaceraient la République de leur nombril innocemment exhibé. On leur demande alors sentencieusement d’adopter « une tenue républicaine » !

La stratégie adoptée par le macronisme est désormais bien connue : marcher sur les plates-bandes de l’extrême-droite en adoptant certains de ces discours afin, proclame-t-on haut et fort, de « nous » éviter le pire. On joue là avec le feu. Et, dans notre Histoire, on a déjà connu cela. C’est un peu ancien mais il s’agirait pourtant de s’en souvenir. Qui a dit en 2017 « votez Macron et dans cinq ans vous aurez Le Pen » ? Cependant, les rats ont commencé de quitter le navire en perdition. La crise est désormais ouverte au sein de l’AREM, les démissions fleurissent, et pas des moindres. Son numéro deux justifie son retrait par le fait que « ce mouvement n’est plus porteur d’idées neuves ». Il ouvre doucement les yeux. Quand il sera enfin pleinement réveillé il s’apercevra que l’AREM n’a jamais été autre chose qu’un vaisseau fantôme au service d’un commandant solitaire n’ayant jamais eu la moindre idée nouvelle. Il ne s’est agi, dès le début de cette funeste expérience que de recycler, sous un discours trompeur et des artifices enjôleurs, toutes les vieilles ficelles du libéralisme économique et certains penchants traditionnels de la droite bon teint. On l’a bien compris : Jean Castex a été nommé pour le confirmer. Il faut que rapidement le vaisseau sombre ou disparaisse définitivement dans la brume pour que d’autres navires osent se lancer vers de nouveaux horizons. Plus que la République, c’est la démocratie qui est en danger. Et depuis trop longtemps déjà.

Yann Fiévet

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