Droits humains, réparations et restitution des biens culturels

« Les politiques néolibérales d’ajustement structurel, impulsées depuis des décennies, ont joué un rôle important dans l’augmentation des inégalités et, en fin de compte, dans la manière dont s’est propagée l’épidémie ». De l’avant-propos, avant-propos-a-limpact-sur-le-sud-des-politiques-europeennes-et-les-alternatives-possibles/, je souligne la vulnérabilité des sociétés humaines « en l’absence de services de santé publique dotés de moyens suffisants », les activités essentielles à la vie en société, les fragilités liées à une « extrême rapidité des échanges » et à une forme particulière de « chaînes de production internationalisées », les effets des coupes budgétaires et des privatisations, le repli national et la fermeture des frontières, la priorité donnée hier au sauvetage des banques et aujourd’hui à celui des grandes entreprises, l’impact spécifique de la pandémie dans les pays du Sud. « Toute force aspirant à incarner une rupture avec l’ordre capitaliste dominant sur le continent européen doit agir pour que cesse l’exploitation des peuples du Sud »…

Dans un premier chapitre, les auteurs et autrices analysent le « cadre général des relations entre le Nord, en particulier les pays européens, et le Sud », la dépendance aux exportations de produits primaires, les crises récurrentes de production alimentaire, l’accès aux services sanitaires, « la moitié du monde n’a pas accès aux services de santé essentiels », les déplacements forcés, la réalité des migrations majoritairement entre régions du Sud, le refus des migrant·es par les pays d’Europe renommé « crise migratoire », les délégations du contrôle aux frontières, la sous-traitance des fonctions « de coercition, de rétention, de surveillance et de contrôle », la transformation de la mer Méditerranée en cimetière, le passé colonial, « Le passé colonial des principales puissances européennes, qui a constitué un élément structurel de l’accumulation du capital en Europe, a désintégré le tissu social dans les territoires colonisés et l’a remplacé par un rapport violent de dépendance vis-à-vis des puissances coloniales », la transformation du colonialisme en néocolonialisme, « la subjugation directe des nations précédemment colonisées a été transformée en une subjugation indirecte dans laquelle la violence a été rendue moins visible mais la dépendance vis-à-vis des centres capitalistes les plus industrialisés a été maintenue », le rôle et les effets de l’« aide au développement » et des accords de libre-échange, le développement de secteur d’exportation au détriment de la souveraineté alimentaire, le soutien « politique, financier et matériel à des dirigeants corrompus et autoritaires », les ingérences directes dans les politiques locales, les interventions militaires, le soutien aux coups d’État….

« Pour les forces de la gauche radicale et politique visant à construire des gouvernements populaires rompant avec le capitalisme en Europe, il est indispensable de mettre un coup d’arrêt à ces politiques de domination sur les pays du Sud et de les remplacer par des politiques basées sur la coopération et la solidarité ».

Le second chapitre est consacré à l’abolition des créances illégitimes et odieuses réclamées par les pays d’Europe à des tiers, le bilan négatif du microcrédit, le refus des « aides » conditionnées à l’application de politiques néolibérales, les plans d’ajustement structurel et les organismes financiers internationaux, le rôle dévastateur des partenariats public-privé, la priorité absolue à la garantie des droits humains…

Parmi les propositions et recommandations, je souligne les programme d’audits « à participation citoyenne pour mettre en évidence toutes les formes de spoliation et d’exploitation des peuples du Sud », l’affirmation du « droit à des réparations et/ou compensations aux peuples victimes du pillage colonial et de la spoliation par le mécanisme de la dette », la reconnaissance de la dette écologique…

Dans le troisième chapitre sont analysées les politiques néocoloniales de l’UE en matière de commerce et d’investissement, les accords dits de libre-échange et leurs effets socioéconomiques, les traités bilatéraux d’investissement, les mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et Etats, les fonctionnements non-démocratiques…

Les auteurs et autrices détaillent les tâches de la gauche radicale, celles de gouvernements populaires, la priorité à donner au « développement humain et démocratique endogène basé notamment sur la souveraineté alimentaire », la réactivation des réseaux de commercialisation court, la nécessité de désobéir à l’OMC, la levée du secret autour des accords de commerce et d’investissements, les mécanismes de coopération et les institutions de souveraineté populaire…

Dans le quatrième chapitre sont abordées les politiques migratoires, la construction de l’Europe forteresse, les camps dits d’accueil en « violation des droits fondamentaux de personnes fuyant les guerres et la précarité », l’association des politiques migratoires aux politiques dites antiterroristes, la militarisation des frontières, le caractère mortifère de la Méditerranée, la délocalisation et la sous-traitance de la surveillance des frontières…

Parmi les propositions, je souligne la désobéissance, « Toute force progressiste qui arrive au pouvoir dans un pays européen devra impérativement s’opposer aux politiques de l’Europe forteresse et désobéir afin de respecter les droits humains », la mise en place de voies sûres (physiques et juridiques) pour que les personnes puissent migrer, l’auto-organisation et le contrôle par les populations des décision, les réparations, « Il faudra nécessairement une politique de réparations vis-à-vis du pillage et de l’exploitation de richesses auquel les classes dominantes et les grandes entreprises se sont livrés pendant des siècles »…

Le chapitre suivant est consacré aux ventes d’armes et aux conflits armés, les zones dévastées comme champ d’accumulation pour le capital, les soutiens aux régimes autoritaires, l’imbrication des Etats et du capital privé dans l’armement, les effets de la généralisation de l’aviation, l’utilisation des drones, les accords de coopération et les interventions militaires…

Pour le CADTM les dettes contractées par les Etats répressifs et en guerre devrait être considérée comme odieuses.

Parmi les propositions, je souligne le soutien humanitaire contrôlé démocratiquement par les populations, la socialisation de l’industrie d’armement et un moratoire « sur la production et la vente d’armes à l’étranger », les sanctions ciblées contre les individus responsables des actes d’un régime, le gel des liens économiques avec l’Etat d’Israël « tant que celui-ci ne respectera pas le droit international et les résolutions des Nations unies », le règlement des questions nationales en Palestine, au Sahara occidental, au Kurdistan…

« Face aux crimes passés des puissances coloniales européennes et au néocolonialisme européen, des réparations s’imposent ». Les auteurs et autrices reviennent dans le dernier chapitre sur les mobilisations Black Lives Matter, les luttes contre les racismes, le déboulonnage de statues « emblématiques du colonialisme européen », les regrets du « roi des Belges » mais sans désignation explicite des coupables, (en complément possible le beau livre d’Eric Vuillard : Congo, leopold-louis-philippe-marie-victor-de-saxe-cobourg-gotha-le-criminel-roi-des-belges/), la non rétrocession des biens volés aux populations congolaises, le mécanisme de la dette, les compensations financières aux propriétaires d’esclaves, l’urgente nécessité des réparations et de la restitution des biens culturels et des restes humains, face-aux-crimes-passes-des-puissances-coloniales-europeennes-et-au-neo-colonialisme-europeen-des-reparations-simposent/

Dans le cadre des réparations, il me semble qu’un gouvernement de gauche radicale et politique devrait, lors des socialisations/expropriations de groupes bancaires et industriels, « dénationaliser » les filiales implantées à l’étranger pour les placer sous gestion des populations des pays concernés.

Recommons Europe : L’impact sur le Sud des politiques européennes et les alternatives possibles

http://cadtm.org/ReCommons-Europe-L-impact-sur-le-Sud-des-politiques-europeennes-et-les

2020, 64 pages

Didier Epsztajn

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