« Il sentait qu’elle lui échappait » : LE PERE D’UNE VICTIME DE FEMINICIDE TEMOIGNE

Interview de Daniel Dupuy par Francine Sporenda

Daniel Dupuy est le père de Marine Dupuy, assassinée de 18 coups de couteau par son conjoint, Mickaël Valarcher, à l’âge de 28 ans. Le meurtrier, condamné à 24 ans de prison par la Cour d’assises de l’Aude lors du premier procès en mai 2017, a fait appel et a été condamné à 28 ans d’emprisonnement lors du second procès qui s’est déroulé en décembre 2019 à la Cour d’assises de l’Hérault. Daniel Dupuy a créé l’association De Cor et d’Oc : https://www.facebook.com/Decoredoc/ et instagram : decoredoc pour éduquer les jeunes à l’égalité entre les femmes et les hommes , les sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles et les informer sur les féminicides en incluant un large public, de la petite enfance à l’université.

FS : Votre fille Marine n’avait pas porté plainte contre son conjoint, mais les statistiques sur les violences nous apprennent qu’en 2018, plus d’1/3 des femmes tuées par un compagnon ou ex avaient porté plainte. Pourquoi selon vous la parole des femmes qui dénoncent ces violences n’est pas entendue par la police ?

DD : Alors oui, c’est vrai, et c’est matière à réflexion, mais si Marine n’avait pas déposé plainte par rapport aux violences, par contre les gendarmes étaient venus. Ils étaient venus sur place cet après-midi, appelés par des amis de Marine, et quand ils sont venus, ils ont vu ma fille, ils ont vu le meurtrier, Mr. Valarcher, et ils ont dit : « non, ça va, on n’a pas besoin de la gendarmerie » et ils sont repartis. Et en repartant, ils se sont arrêtés devant la voiture de l’ami de Marine, et ils ont ajouté : « la prochaine fois, rappelez-nous pour quelque chose de plus sérieux ». Pour moi, c’était comme une main-courante, comme une plainte, il y avait quelque chose à entendre, à écouter, à venir chercher, surtout que c’est toujours difficile d’appeler les gendarmes, ce n’est pas quelque chose qui va de soi, c’est une démarche d’extrême urgence surtout pour une amie.

Je pense que les gendarmes, à ce moment-là, auraient dû prendre conscience qu’il y avait un danger, et que ce danger n’était pas facile à exprimer pour Marine en présence de son meurtrier. Cette non-réponse met en évidence le problème de la formation aux violences conjugales chez les gendarmes. Je pense que si on est constitué normalement, juste par réflexion, on peut sentir et prévenir le danger. A ce moment-là, ils auraient dû intervenir, faire quelque chose, isoler l’un des deux en disant : « voilà, vous allez venir avec moi, on va discuter un peu… ». En tout cas, faire quelque chose et ne pas prendre cet appel à la légère, en disant « c’est juste une dispute de couple, ça va s’arranger, la prochaine fois vous nous appellerez pour quelque chose de plus sérieux. »

FS : Sur ce que vous dites sur la formation, j’aurais tendance à penser qu’une formation est nécessaire, parce qu’il y a beaucoup de gendarmes et de policiers qui sont imprégnés de stéréotypes sexistes du genre : « les femmes mentent, elles sont hystériques, elles exagèrent toujours, leur parole n’est pas fiable etc. ». La réflexion, c’est bien mais peut-être faut-il aussi tenir compte des préjugés que véhicule la culture, non ? Qu’en pensez-vous ?

DD : Oui, il y a des préjugés, je suis tout à fait pour la formation, bien sûr. Dans la gendarmerie il y a une certaine mentalité… J’ai lu le livre « Silence on Cogne » de Sophie Boutboul et Alizé Bernard sur les féminicides commis par des gendarmes, c’est un témoignage bouleversant et angoissent, il y a une sorte d’omerta sur les violences conjugales dans ce milieu, la plainte est encore plus compliquée pour ces femmes quand ces violences se passent dans les gendarmeries : comment une femme qui vient de subir des violences peut être écoutée et comprise par ces personnes ? Pour eux, c’est difficile de prendre des plaintes qui leur renvoient un peu une image d’eux-mêmes. Donc bien sûr, au niveau des gendarmes, une formation, et un accueil. Un accueil par des femmes gendarmes – c’est important – et aussi par des personnes civiles (assistante sociale, psychologues, éducatrice) qui peuvent écouter sans parti-pris ce qui est dit et surtout donner confiance à ces femmes pour qu’elles puissent s’exprimer librement. Parce que rentrer dans une gendarmerie, parler de ces choses dans un milieu d’hommes, ce n’est pas facile.

FS : C’est très intimidant.

DD : Il faut qu’on puisse rentrer dans une gendarmerie en se sentant en confiance pour parler, en se sentant soulagé, en pouvant rapporter tout ce qu’on a subi, et surtout que l’on vous dise : « on vous croit, ce n’est pas juste une dispute ». Et je suis persuadé que la main-courante ne devrait pas exister elle n’apporte rien, ce devrait être directement le dépôt de plainte.

FS : Beaucoup de gens pensent comme vous. Vous dites aussi à propos des féminicides : « les mêmes erreurs se perpétuent, le même scénario recommence à chaque drame ». Selon vous, quelles sont ces erreurs, quel est ce scénario ?

DD : Les mêmes scénarios qui se reproduisent, les gendarmes ne prennent pas en considération l’urgence du moment. Maintenant, un peu moins peut-être qu’en 2014, parce qu’on a parlé, ces femmes ont été davantage médiatisées, le fait aussi d’avoir milité pour le Grenelle des violences faites aux femmes, leur parole s’est libérée, des associations sont venues les aider, les soutenir mais il y a toujours les témoins qui vont fermer les volets pour ne pas entendre et vont se dire « c’est encore une dispute », qui regardent en spectateurs et n’interviennent pas.

Et je pense aussi avoir minimisé les appels de Marine…

FS : Vous-même, au départ, vous n’avez pas complètement réalisé la gravité de ce qui se passait ?

DD : Je n’ai pas compris certains messages, peut-être que j’aurais dû, et je culpabilise pour ça. Quand elle m’a dit : « j’appréhende beaucoup le mois d’août, il va se retrouver au chômage, on va se retrouver face à face, il n’est pas bien actuellement ». Il y avait des petits mots, des petites phrases qui montraient qu’elle le vivait mal, qu’elle se sentait en danger.

FS : Est-ce qu’il empêchait votre fille de sortir, surveillait ses déplacements et ses fréquentations etc. ? Ce comportement qu’on appelle « contrôle coercitif », où un homme veut contrôler tout ce que fait sa femme, est très souvent mis en place par les hommes violents dans leur couple et il est, plus même que les violences physiques, fortement prédicteur de féminicide.

DD : Oui, pendant un moment, il a mis en place une surveillance sur Marine, aidé aussi par la mère de Marine, et le jour du meurtre, tout s’est accéléré d’un seul coup, c’est-à-dire qu’il l’a suivie là où elle allait, il l’a empêchée de sortir. Elle travaillait avec des chiens de troupeau, donc elle avait des moutons pour travailler sur les troupeaux avec les chiens qu’elle dressait, et il la suivait tout le temps, il lui avait pris ses clés de voiture, l’avait menacée d’appeler ses amis. Cette journée-là, tout s’est enchaîné très vite. Par protection, elle avait même récupéré tous ses papiers administratifs qu’elle avait mis dans la voiture fermée à clé, elle s’était protégée en sachant qu’il allait se passer quelque chose, que lui était capable de détruire ces documents. Donc elle sentait venir quelque chose, elle se sentait en danger, il y avait une sorte de tension qui montait d’heure en heure.

FS : Est-ce qu’il a mis en place ce contrôle coercitif juste avant de passer à l’acte ou est-ce qu’il existait avant ?

DD : il y a eu quelque chose avant mais cela s’est amplifié. Ma fille qui, en fonction de son état psychologique, pouvait prendre ou perdre du poids, avait décidé de maigrir, de s’acheter des vêtements, elle avait repris ses études, elle avait passé un master, elle voulait avoir son indépendance, ne plus rester dans cette vie, elle s’affirmait, elle reprenait confiance en elle, et lui, il voulait qu’elle reste comme elle était, il sentait quelle lui échappait, il voulait qu’elle reste avec lui, à toujours s’habiller avec les mêmes vêtements, il ne voulait pas qu’elle change.

FS : Est-ce qu’il l’empêchait de voir certaines personnes, des membres de sa famille, des amis ? Est-ce qu’il l’isolait socialement ?

DD : Oui, petit à petit au niveau de ses amis, même si au début, il essayait de s’intégrer, de faire partie du même monde, avec les personnes de l’association des chiens de troupeaux, il a même essayé de prendre un chien aussi – mais ce n’était pas par amour de l’activité, c’était pour être tout le temps avec elle, pour pouvoir la surveiller. C’était un prétexte pour qu’il puisse toujours l’avoir sous les yeux.

FS : Donc vous dites que c’est parce que Marine avait trouvé du travail (lui était au chômage), reprenait confiance en elle, recommençait à sortir et à s’émanciper et souhaitait le quitter que son conjoint l’a assassinée ? Les études mettent en évidence que 2/3 des féminicides sont commis quand la femme veut échapper au contrôle de son conjoint, ou après son départ. Le fait de partir ne supprime pas du tout la violence, au contraire. Qu’en pensez-vous ?

DD : Je suis tout à fait d’accord avec vous. En fait, Marine ne lui avait pas dit qu’elle voulait le quitter…

FS : Il le sentait peut-être ?

DD : Je pense qu’il le sentait par rapport à son changement. C’est une histoire compliquée parce qu’il y avait aussi l’emprise de sa mère sur Marine, sa mère était proche du meurtrier, et elle a même dit à un journaliste de RMC quand il a été mis en prison : « j’ai perdu un fils adoptif », elle n’a pas dit « j’ai perdu une fille ». Marine était sous l’emprise de son conjoint, renforcée par l’emprise de sa mère. Sa mère lui interdisait de quitter son conjoint. Elle le lui interdisait en lui disant : « si tu le quittes, il va se suicider, ça sera de ta faute », il y avait une sorte de chantage qui s’exerçait, il y avait une énorme pression sur elle mais face à ces difficultés, Marine avait décidé de ne plus subir l’influence de sa mère et voulait décider elle même si elle devait quitter son conjoint. Pour Marine c’était un grand changement dans son attitude, et je pense que lui, face à ce changement d’attitude a senti que c’était la fin, qu’elle allait partir et qu’il ne pourrait pas la retenir. Mais elle, elle ne pensait pas qu’elle allait se mettre en danger, surtout en danger de mort, elle savait que ça allait être violent mais elle ne pensait pas que ça irait jusque-là, et ses amis non plus. Qui l’avaient tout de même laissée devant la maison en lui recommandant : « on se retrouve ce soir, laisse bien les fenêtres ouvertes, laisse ton portable sur notre numéro en cas d’urgence, et s’il y a quoi que ce soit, tu nous appelles ». Ils savaient que ça allait être difficile mais ils ne s’attendaient pas à un meurtre.

FS : Le meurtrier est décrit par les psychiatres comme très « autocentré ». « Il parle tellement de lui que le Président de la cour d’assises finira par l’interrompre ». Après son crime, il téléphone à la mère de Marine pour lui dire « voilà, j’ai fait ce que j’avais à faire », ne manifeste aucune émotion et n’en réalise l’atrocité qu’à l’ouverture de son procès. Cet autocentrage, cette conviction d’avoir des droits sur son épouse sont-ils selon vous caractéristiques des auteurs de féminicides ?

DD : C’est très fréquent, je pense qu’il y avait une faille psychologique chez lui. Et que le fait d’avoir été abandonné, de se retrouver tout seul, le fait de n’être plus personne sans sa femme, a sans doute réactivé cette faille qui a été alimentée aussi par la mère et le beau-père de Marine – comme l’a expliqué l’avocat du meurtrier au procès. Surtout, il ne voulait pas que Marine parte avec quelqu’un d’autre, il préférait la détruire plutôt qu’elle soit avec quelqu’un d’autre.

FS : Mais il n’avait pas l’air de réaliser la gravité de son crime ?

DD : Pas du tout, il était tellement autocentré qu’il pensait que, si tout ça était arrivé, c’était de sa faute à elle. Elle n’avait qu’à pas le quitter, elle n’aurait pas dû marquer seulement son nom sur la carte grise de la voiture – c’était elle qui s’occupait de tous les documents administratifs – et il voulait garder la voiture : « tu m’as eu, la voiture, elle est à moi, pas à toi ». Il y avait chez lui un sentiment de « tu l’as bien cherché, ce que je te fais, c’est de ta faute, pas de la mienne ». Au moment du procès, Pierre, un ami de Marine, est venu pour témoigner et il a dit : « c’est moi qui ai appelé les gendarmes ». Et le meurtrier s’est de nouveau déchargé de sa responsabilité sur lui en lui disant : « si tu m’avais appelé directement, il n’y aurait pas eu besoin d’appeler les gendarmes, rien de tout ça ne se serait arrivé ». Donc le meurtre, c’était de la faute de Pierre.

FS : Il n’était jamais responsable de rien, finalement ?

DD : Exactement. Il a demandé aussi le pardon de la famille mais c’était un pardon très timide, très orienté de la part de son avocat. Il n’y avait pas de sentiment, pas de sincérité.

FS : Vous dites à ces hommes qui réagissent par la violence à la décision de leur femme de les quitter : « pour garder quelqu’un, il faut l’aimer, l’entourer d’amour », pas la violenter. Vos commentaires ?

DD : Ce qui est important, c’est de pouvoir vivre avec quelqu’un en le respectant, en respectant ses idées, ses amis et sa famille, respecter qui il est, sa personnalité, sans vouloir l’emprisonner, sans le posséder. Si on aime quelqu’un, c’est pour avancer ensemble, pas pour l’empêcher d’avancer. Il faut aussi qu’on arrête avec certains stéréotypes : « amour rime avec toujours ». On peut être ensemble un moment, s’aimer un moment, et puis il y a quelque chose qui ne va plus. Parce qu’on n’est plus compatible, parce qu’on est allé au bout de ce qu’on était l’un et l’autre, et qu’on a envie de vivre autre chose, parce que cette vie ne nous correspond plus. Et ça, il faut l’accepter, on ne peut pas aller contre ça, en particulier avec de la violence. Même si j’aime toujours l’autre, il faut respecter son choix, sa liberté, et si je l’aime vraiment, je dois la laisser partir. Et il ne doit y avoir aucune violence psychologique ou physique sur la personne ou sur sa famille à ce moment-là. Elle doit pouvoir être libre, vivre comme elle veut, et ce n’est pas le souci de préserver le couple qui autorise à forcer quelqu’un à être ce qu’on veut qu’il soit. Vivre en couple ce n’est pas s’appartenir.

FS : Le couple, ce n’est pas sacré : on ne doit pas tout sacrifier, se sacrifier soi-même pour sauver son couple ?

DD : C’est clair. Parfois, on dit : « je ne pars pas parce qu’il y a les enfants, je ne pars pas parce que je n’ai pas de revenus », on trouve des excuses parce que partir, c’est difficile. Mais il faudrait plutôt dire : « je pars, parce qu’il y a les enfants, pour les protéger de la violence, je pars pour trouver du travail », il faut penser cette situation autrement.

Moi quand j’étais enfant, nous habitions sur le bassin d’Arcachon, mon père était violent et alcoolique, c’était dans les années 60, ma mère a pris ses trois enfants, elle est partie, et elle a eu raison. Elle n’avait pas de travail, trois enfants à charge, mais elle a eu raison de le faire, nous n’avons jamais revu notre père. Nous avons vécu sans cette violence paternelle, sans cette image dégradée, sans affrontements, sans agressivité, et moi, le seul garçon de la famille, élevé dans une famille féminine, j’ai pu me forger une image féminine positive, une femme forte, présente, qui élève bien ses enfants. Et je trouve qu’une telle image est importante pour qu’un enfant puisse se construire : si un garçon a vu son père frapper sa mère, il faut qu’il comprenne qu’un homme violent est un mauvais père. Ce sont des choses qu’un enfant ne doit pas voir.

FS : Vous dites qu’en tuant Marine, il a aussi détruit la vie des membres de votre famille. Etes-vous satisfait du verdict plus sévère en appel (28 ans), et pensez-vous que la justice est assez sévère avec les auteurs de féminicides ?

DD : Lors du premier procès, il a eu 24 ans de prisons. Moi je me suis dit et tout le monde m’a dit : « c’est bien ». Mais on nous a dit aussi : « il ne va pas passer 24 ans en prison, il n’y a pas de peine de sureté, il y a les remises de peine, s’il fait 12 ans ou 15 ans, ça sera déjà pas mal ». Et puis, il a fait appel – il avait dit au début qu’il ne ferait pas appel – et j’étais écroulé. Je me suis dit « ce n’est pas possible, ça recommence, on va revivre le procès, ça va être difficile, il va prendre moins, la justice est mal faite, c’est inadmissible ». Et j’avais déjà payé 20 000 Euros d’avocat, et on va devoir payer de nouveau cette somme, où les trouver, comment on va faire ? En plus, lui il ne payait rien. On avait un sentiment d’injustice. Je sombrais, je suis prof de sports, je milite sur les violences sexistes et sexuelles dans les sports, mais je n’avais plus envie de m’impliquer, j’étais au chômage, je ne pouvais plus me battre, et je pensais que la justice n’était pas de notre côté, qu’elle était du côté des meurtriers.

Et puis Léa, la petite sœur de Marine, m’a dit : « papa, il faut faire quelque chose, on ne peut pas laisser tomber, il faut se battre, et il faut que ce procès nous serve à nous ». Et j’ai commencé à faire des recherches sur les violences faites aux femmes, j’ai lu beaucoup, j’ai contacté des associations, des présidentes d’associations. Et à un moment, je me suis dit : « réveille-toi, il faut se battre, on va médiatiser ce procès », c’était pendant le Grenelle des violences faites aux femmes. J’avais entendu, pendant le Grenelle, au mois de Novembre, une députée LaRem, Bérengère Couillard, membre de la Délégation aux droits des femmes, qui s’exprimait sur France info et son discours n’était pas cohérent et surtout les informations qu’elle donnait ne correspondaient pas avec ce que j’avais lu. Elle disait : « s’il y a une petite claque, ce n’est pas la peine de porter plainte, il faut enlever les armes à feu parce que c’est avec ça que les hommes violents tuent le plus » – sauf que c’est surtout avec un couteau que les hommes tuent. J’ai fait des recherche sur les documents sur les féminicides du ministère pour comparer les données et là j’ai vu qu’elle maîtrisait difficilement le sujet, il lui manquait à mon avis d’être conseillée par des personnes expertes sur le sujet .

J’ai laissé un message sur la radio et la journaliste Margaux Steve m’a contacté, elle m’a dit : « on entend ce que vous dites, je reviens vers vous, vous allez pouvoir exposer tout ce que vous avez à dire ». Petit à petit, j’entrais dans un monde que je ne connaissais pas, je me documentais, et j’ai compris que Marine vivait les mêmes choses, je reconnaissais ce qu’elle avait vécu, mais je ne l’avais pas vu sur le coup, parce que je n’avais pas la connaissance – et cette connaissance sur les violences, il faut la faire circuler. Donc on s’est battus, il y a eu le Grenelle, les journalistes sont venus. Et je me suis dit : « les jurés, ce sont des personnes, si j’étais juré qu’est-ce que je ferai ? Je regarderai le soir sur internet, je m’informerai sur le procès, sur les violences ; il faut que j’arrive à les toucher de cette façon-là, puisque je ne peux pas leur parler. Donc par les médias, j’ai essayé de toucher les jurés, de leur expliquer qui est le meurtrier, la violence qu’il a infligée, tout ce qu’a subi Marine et ce que la famille a subi. Et quand le verdict est tombé – 28 ans de prison, 18 ans de sureté – les journaliste qui étaient sur place m’ont dit : « c’est la première fois qu’on voit une telle sentence pour un féminicide ». Le fait de se battre, de ne pas subir son procès, d’être acteur de son procès, c’est important. Il n’y a pas que l’avocate, aussi bonne qu’elle soit, qui fait la différence.

FS : Vous vous êtes engagé personnellement dans ce procès… C’est ça qui a fait la différence ?

DD : Oui, l’investissement qui a été fait, c’est important. J’avais tellement lu sur les violences faites aux femmes, sur les féminicides, que je pouvais communiquer sur la question.

FS : Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la lutte contre les féminicides ?

DD : A un moment, je me suis dit : « il faut que j’agisse, il faut avoir des projets dans la vie maintenant. » Un sophrologue qui s’occupait des sportifs de haut niveau m’avait dit : « le meilleur remède contre la dépression, c’est d’avoir des projets ». Je me suis posé la question : « comment je peux agir, qu’est-ce que je peux faire contre ces violences ? » Je me suis renseigné sur différentes associations et j’ai vu qu’il y avait beaucoup d’associations qui s’occupaient du soutien aux victimes : leur parler, les accompagner, les conseiller. C’est très bien mais si on veut faire évoluer les mentalités, il faut jouer sur l’éducation. Si on ne le fait pas, on soigne le mal, on traite les conséquences de ces violences – mais le mal est toujours là. J’ai regardé ce qui se faisait au niveau éducatif, dans les écoles, dans les lycées, c’est très dispersé, c’est des personnes qui ont des convictions et qui mettent des projets en place mais qui ne sont pas reconnues dans ce qu’elles font. Ce sont des militants, ils veulent agir mais ils sont isolés. J’ai pensé qu’il faudrait regrouper tous ces gens qui militent pour éduquer, pour faire évoluer les mentalités, sur les violences, sur les stéréotypes sexistes : on va regrouper tout le monde dans une association, on va travailler sur des programmes, et on va les présenter au ministre de l’Education nationale. On va travailler avec eux, avec les enfants de maternelle, de collège, de lycée, il faut qu’on aie des programmes scolaires, un peu comme le code de la route, qu’il y ait des formations et que les enfants travaillent sur ces programmes, en fonction de l’âge.

C’est parti comme ça, et c’est là que j’ai rencontré Laurence Rossignol, qui m’a invité à la rencontrer, à lui parler de mon projet. Je suis allé au Sénat, j’en ai parlé avec elle, et elle m’a dit que ce qui me permettait de parler en toute connaissance sur les violences, c’est que je les avais vécues moi-même, en tant qu’enfant et en tant que père. Elle m’a orienté sur la région Bourgogne-Franche-Comté et je vais rencontrer en septembre les directeurs d’université de cette région. Beaucoup de jeunes et d’étudiants ont adhéré à l’association, et cette association devrait être un pôle d’écoute, de rassemblement des témoignages et d’action.

Je me suis rendu compte que, dans cette tranche d’âge, les étudiants entre 15 et 25 ans, il y aussi des violences dans le couple, et il y a certains, et certaines, qui croient que c’est normal. Il faut qu’on arrive à faire comprendre, dès cet âge-là, que ce n’est pas normal : il n’a pas le droit de prendre mon portable, il n’a pas le droit de regarder ce que je fais, il n’a pas le droit de mettre la localisation, j’ai le droit de dire non. Il y a une sorte d’emprise qui s’installe progressivement, et il faut qu’on arrive à changer ça, à faire passer que ce n’est pas normal.

https://revolutionfeministe.wordpress.com/2020/08/29/il-sentait-quelle-lui-echappait-le-pere-dune-victime-de-feminicide-temoigne/


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  1. cette ordure ne doit plus sortir de taule, pas de pardon, c’est un assassin, point à la ligne !

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