Des nœuds dénoués dans la scène imaginaire

Des récits parfois irrévérencieux, des « blagues », des « bêtises », des « mensonges », des contes facétieux, la force du dire et du raconter, l’ironie distillée, la richesse d’une tradition orale…

Dans son introduction, Micheline Lebarbier aborde les relations maître-serviteur, les récits du cycle de Păcală, les relations époux-épouses, la caricature des défauts attribués aux femmes, les relations sociales, les Tsiganes et les popes….

L’autrice analyse les différents récits recueillis, les interprétations possibles, les normes sociales et leurs critiques, l’usage des outrances, ce qui peut-être se dit derrière les énonciations facétieuses, les contraintes sociales et les transgressions, les identifications au héros « en apparence stupide et pourtant invincible », le personnage de Păcală, « dans tous les récits, il se trouve du coté des plus faibles et des exploités et malmène les puissants, les avares et les imbéciles », la fonction libératrice « grâce à la distanciation par le rire », la marginalité et la détention de connaissances, les aspirations secrètes, la liberté « dans l’imaginaire au moins ! »…

Micheline Lebarbier revient sur les taches effectuées par les femmes, celles qui travaillent « comme des chevaux », la très lente « évolution » des mentalités, « La femme du conte facétieux en présente une virulente caricature », les piètres opinions qui circulent sur les femmes, l’infidélité attribuée aux femmes (sans interrogations sur leurs insatisfactions), la place des soins nourriciers et des denrées alimentaires, la violence physique, l’intrication de la religion et des pratiques magiques, les lieux et l’importance du foyer, les craintes des hommes dont celle « de voir s’enfuir leur épouse et avec elle sa force de travail, ainsi que les richesses dont elle est une productrice essentielle », l’indésirabilité des bossus, « la normalité physique est donc indissociable d’une vie conforme aux règles sociales », l’équivalent symbolique entre « accepter de l’argent d’un homme » et avoir « des relations sexuelles », l’homme comme « gardien des lois sociales », la femme paresseuse « si peu conforme à la réalité », les supposés travers féminins décrits « surtout par des hommes », la transgression d’interdits qui ne pèsent que sur les femmes…

D’autres figures surgissent au gré des récits, en particulier, le Tsigane, le pope

En guise de conclusion, Micheline Lebarbier souligne les descriptions du quotidien comme « comédies de moeurs », les projections des hommes tels qu’ils se rêvent, les « victoires » masculines dans les rêves éveillés, « Ces récits se veulent comiques et pourtant ils font assez peu rire, ou plutôt ces « contes à rire » font rire d’un rire grinçant »…

Au delà des contes et des analyses, l’ambiguïté subsiste. Le miroir peut fonctionner dans les deux sens. La caricature et l’ironie disent à la fois les normes sociales et leurs critiques. Reste, cependant pour moi, une imprégnation profondément misogyne et anti-tsigane, « le Tsigane est le plus souvent placé tout en bas de l’échelle sociale ». Et les nœuds dénoués dans la seule scène imaginaire, aident probablement à affronter les contraintes et d’une certaine façon à vivre, mais participent-ils à la subversion nécessaire des rapports sociaux ?

Micheline Lebarbier : Contes à rire de Roumanie

Facéties et histoires courtes

Centre de recherche sur les littératures et les oralités

Paroles en miroir N°6

Editions Karthala, Paris 2012, 288 pages, 26 euros

Didier Epsztajn

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.