Ni s’incliner ni regarder ailleurs : interroger 

Dans l’introduction, introduction-du-guide-du-bordeaux-colonial-et-et-de-la-metropole-bordelaise/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, les auteurs et autrices indiquent : « Ce Guide prend la question de l’histoire de Bordeaux par le petit bout de la lorgnette, en la braquant sur les noms des rues et autres voies qui ont été retenus pour honorer ceux qui ont contribué à la construction de la France coloniale ».

Des lieux magnifiques construits grâce aux fortunes réalisées dans le commerce colonial, la traite négrière et l’esclavage mais pas seulement, le « parti colonial », la constitution de l’Etat français comme Etat colonial, les luttes des dominé·es, Bordeaux et la constitution de l’empire, la place du commerce du vin en droiture, les noms comme témoins de l’histoire et « de ce rôle assumé par les édiles dans leur dénomination »…

Les autrices et les auteurs précisent : « Nous le redisons pour éviter les faux débats. Souvent ce n’est pas en tant que négriers, esclavagistes, sabreurs, administrateurs coloniaux, théoriciens du racisme, que beaucoup de personnalités ont été honorées. Mais elles ont été, à un moment de leur vie, clairement engagées dans ce système ». Iels discutent, entre autres, de l’accusation d’anachronisme, de logique systémique, du tabou négrier, des lieux de mémoire, des référents racistes…

Sommaire :

  • Viographie

  • Place des grands hommes… bordelais »

  • Lieux emblématiques et de mémoire

  • Les musées

  • Annexes

Nous sommes co-auteurs du Guide du Paris colonial et des banlieues. Nous incitons à lire celui du Bordeaux et de la métropole bordelaise, de discuter du présent et du passé, des mémoires et de l’avenir émancipé commun…

Des hommes, des pratiques, beaucoup de militaires, des négriers, des commerçants, des écrivains, des politiques, mais aussi des abolitionnistes, des anti-colonialistes, beaucoup d’oubliés et d’invisibilisés. Un cahier d’illustrations et une belle couverture de Tardi. Et contre l’indignité des notes d’humour…

En lien ou non avec les nominations et les analyses proposées ici, nous allons essayer de regarder sous certaines surfaces, de formuler des pistes de réflexion…

« Quel message délivrons-nous aux enfants, aux jeunes, aux étudiants en leur proposant comme référents Paul Bert ou Broca ».

Sur le premier, nous rappellons, un court texte, Les guenilles colonialistes accrochées à nos écoles, les-guenilles-colonialistes-accrochees-a-nos-ecoles/.

Sur le second, Paul Broca, « il invente l’anthropométrie crâniale, déterminant à partir de l’anatomie du crâne et du cerveau les capacités mentales et intellectuelles ». Un scientifique affabule et fournit des bases pseudo-scientifiques à la hiérarchisation raciste et sexiste des êtres humains. Le racisme est bien en premier lieu une construction « savante ». Le rôle des intellectuels, médecins ou juristes (cf les constructions raciales des nazis), des religieux, des hommes de pouvoir ne saurait être surestimé…

Des sabreurs, des galonnés et des médaillés, des tueurs et des massacreurs (aujourd’hui nombre d’entre-eux seraient qualifiables de criminels de guerre et de criminels contre l’humanité). Les autorités institutionnelles aiment bien honorer les va-en-guerre pilleurs et colonisateurs, les « tueurs assermentés », ceux qui permirent la continuité de l’Etat contre d’autre guerriers mais aussi contre toutes les insoumissions et rébellions. Certes, ils ont le plus souvent été nommés par des pouvoirs politiques mais cela n’enlève rien à la force de la hiérarchie militaire et à leurs responsabilités propres. La guerre et le complexe militaro-industriel, la colonisation et la marche des affaires, l’autorité et le devoir d’obéissance, des piliers d’une militarisation nécessairement anti-démocratique… Nous comprenons alors mieux les hommages rendus, l’acharnement à ne pas vouloir remiser au musée les images de ces brutes galonnées. Ils sont là pour l’exemple, la valorisation de l’obéissance et la hiérarchie, la défense d’un certain ordre social. Sans oublier les déguisements d’apparats, les médailles pour meurtres (à quand la réhabilitation pleine et entière des fusillés de la première guerre mondiale pour désertion et insubordination ?) ou exterminations…

Des noms de rues, des statues, en France particulièrement, des éditocrates, des politiques, des historien·nes même, refusent le débat. Ils et elles confondent histoire et roman national, hommage et histoire. Iels créent de fausses continuités (pensez un peu à ce mensonge de nos ancêtres les gaulois) à partir d’une lecture rétroactive du présent. Niant les événements, les changements et les ruptures, iels tissent une toile d’araignée enfermant les possibles de chaque époque dans un déterminisme sans contradictions, sans acteurs et actrices. Iels inventent un enchaînement magique, en le renforçant par des hommages anachroniques et insupportables, des statues glorifiant la mort, des noms affichés véritables insultes aux disparu·es et aux vivant·es. Il leur faut enfoncer le clou des morbides méritocraties pour refuser l’égalité de/pour toustes…

Guide du Bordeaux colonial et de la métropole bordelaise

https://www.bordeaux-colonial.fr/index.html

Editions Syllepse, Paris 2020, 252 pages, 10 euros

https://www.syllepse.net/guide-du-bordeaux-colonial-_r_25_i_822.html

Didier Epsztajn et Patrick Silberstein


En complément possible :

Guide du Paris colonial et des banlieues, la-resistance-a-legalite-et-a-la-liberte/

Guide du Soissons colonial, introduction-au-guide-du-soissons-colonial/

Décolonisons l’espace public !, decolonisons-lespace-public/

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