Décolonisation et droit à l’autodétermination

En avant propos, après avoir présenté les orientations et les actions de Survie, l’engagement pour l’autodétermination de la Kanaky, les auteurs/autrices présente la brochure et ses limites, « ce document a pour but de mettre à disposition une information synthétique, que nous pensons pouvoir être utile au mouvement indépendantiste dans sa lutte et dans la construction d’un futur état réellement souverain. Nous nous inscrivons dans une démarche militante et politique, pas dans le domaine de l’expertise technique ou administrative. Nous ne proposons pas ici de solutions ou d’orientations toutes faites, car nous pensons au contraire que seuls les acteurs locaux ont la légitimité, l’expérience et la connaissance du terrain pour construire leur avenir »…

Partie I : Pourquoi la France veut-elle garder la Kanaky – Nouvelle Calédonie ?

« Dès le XVIe siècle, le développement économique et politique de la France se construit sur la colonisation. C’est l’assise coloniale de la France qui lui permet aujourd’hui encore d’assurer son rang de grande puissance mondiale. En lui fournissant des points d’appui à travers le globe, les territoires et départements d’Outre-mer, ses dernières possessions coloniales, jouent un rôle déterminant. »

Les autrices et auteurs présentent le contexte géo-stratégique, « La Nouvelle-Calédonie est ainsi au cœur du dispositif français d’influence dans le Pacifique », les bases militaires permanentes dans le Pacifique (en Polynésie Française et en Nouvelle Calédonie), l’influence « diplomatique, commerciale et culturelle » (la participation à de nombreuses instances politiques du pacifique). Iels insistent sur les intérêts économique, la zone économique exclusive dont le domaine maritime, le nickel (sixième producteur mondial), les importations et les flux financiers, la captation de richesses et la volonté de « maintenir la grandeur de la France »…

Comme le souligne la brochure, pour « dominer en bonne conscience, il faut un sentiment de supériorité ». La « théorie du choc des civilisations » a aujourd’hui remplacé le racisme de type biologique, mais il s’agit toujours de supériorité revendiquée au nom d’une prétention à l’universalité…

Les auteurs et autrices discutent de l’apologie de la violence, du poids culturel et politique de l’armée, « La haute hiérarchie militaire défend des positions interventionnistes agressives, l’augmentation des effectifs et des crédits militaires », du roman national…

Partie II : « partenariat » ou « association », une menaçante passion français

Au de là des mots, il s’agit bien d’une « indépendance tronquée ». Une indépendance en rupture avec l’état colonisateur n’est jamais pleinement envisagée par les autorités françaises. Les auteurs/autrices expliquent différents scénarii dont un « partenariat verrouillé », la multitude d’options « pour éviter une indépendance réelle », le consensus colonial parmi les courants politiques français, la série de referendum…

Partie III : Histoire des décolonisations africaines

La « patrie » des droits des êtres humains (une formule moins masculiniste que « Droits de l’homme ») contre l’application des droits humains, pourrais-je écrire. Les analyses de Survie dans cette troisième partie et dans les suivantes confirment que la colonisation n’est pas un à-coté de la république française mais bien un élément central de sa construction. L’Etat français a été et se maintient comme Etat colonial, comme force impérialiste.

Les auteurs et autrices abordent les discours et les actions pour « éviter l’indépendance à tout prix », le mensonge de la « pleine souveraineté avec partenariat », l’illusion d’une « souveraineté privée de compétences régaliennes, économiques et de l’enseignement supérieur », l’histoire de « la colonisation à la coopération », la politique « impériale » de l’Etat français et du parti colonial, la « coopération » et les milliers de « coopérants »…

Partie IV : La françafrique

« Côté face, la politique que la France met en œuvre vis-à-vis de ses anciennes colonies africaines est appelée officiellement et à ses débuts la « coopération ». Côté pile c’est le système de la Françafrique qui se déploie, à la fois opaque et porté au grand jour par les institutions de la Ve République et qui perdure des années 1960 à aujourd’hui ».

Les autrices et les auteurs reviennent sur la volonté de préserver le pouvoir français sur le continent africain, l’accès privilégié aux matières premières stratégiques et aux cultures de rente, les débouchés pour les entreprise dites françaises, les considérant politiques (« maintenir son rang à l’ONU »), les moyens anti-démocratiques déployés pour maintenir au pouvoir des chefs d’Etat « amis », les réalités de la « coopération » et de ceux qui « coopèrent », les accords de défense, les partenariats, les clauses publiques et les clauses sécrètes, les interventions de l’armée française, le rôle de cette armée au Rwanda, l’usage de l’armée française contre les rebellions, les bases militaires permanentes, les refontes de façade plus récentes, les nouveaux habits de la présence française au nom de l’antiterrorisme…

Je souligne les chapitres sur les « outils de domination économique », le franc CFA, la monnaie comme « outil de tutelle politique et économique », les conséquences de l’arrimage du CFA à l’euro, les aides liées, les entreprises et le néocolonialisme, les mono-filières et les produits de rente, la « libéralisation » imposée par les organismes internationaux (FMI et Banque mondiale), les plans d’ajustement structurels, la destruction des services publics, le morcellement des chaines de production, « les jeux complexes de filiales et l’utilisation massive des paradis fiscaux », la corruption, le formatage des institutions dont les systèmes judiciaires, l’utilisation de la culture et de la langue française, la négation des langues et des cultures locales, l’encadrement de « la vie intellectuelle », la diplomatie, les expatrié·es et leurs droits (dans le déni des droits d’autres expatrié·es nommé·es migrant·es). Il faudrait ajouter la dette dont une grande partie est illégitime et odieuse…

Les auteurs et autrices abordent aussi les résistances d’hier et d’aujourd’hui.

« L’histoire de la Françafrique permet de se faire une idée des méthodes que les autorités françaises peuvent utiliser pour garder et renforcer leur influence. Où se cachent les pièges, comment la force brutale et la négociation peuvent-elles s’articuler, de quels outils la vieille puissance impériale dispose-t-elle encore pour imposer sa tutelle ? C’est ce que nous avons cherché à montrer dans ce dossier ».

Regarder du coté de ce que furent les procès de « décolonisation », les politiques néocoloniales de l’Etat français, la puissance du « parti colonial », le refus des souverainetés et des indépendances, permet aussi de souligner la nécessité d’une solidarité internationaliste et anti-coloniale envers les populations kanak…

Survie : Vers l’indépendance de Kanaky – Nouvelle Calédonie

Eviter les pièges de la Françafrique

https://survie.org/publications/brochures/article/vers-l-independance-de-kanaky-eviter-les-pieges-de-la-francafrique

Juin 2020, 48 pages

Didier Epsztajn


En complément possible :

Virginie Duval : Refus de participer, refus-de-participer/

Hamid Mokaddem : Pour défendre sa souveraineté et son indépendance en Océanie la France recolonise-t-elle la Nouvelle-Calédonie ?pour-defendre-sa-souverainete-et-son-independance-en-oceanie-la-france-recolonise-t-elle-la-nouvelle-caledonie/

A MANCA : Kanaky : L’autodétermination face au néo-colonialismekanaky-lautodetermination-face-au-neo-colonialisme/

Saïd Bouamama : L’œuvre négative du colonialisme français en Kanaky : Une tentative de génocide par substitution, loeuvre-negative-du-colonialisme-francais-en-kanaky-une-tentative-de-genocide-par-substitution/

Jean Pierre Martin :

* Vers l’indépendance de la Kanaky, acte 2 : vers-lindependance-de-la-kanaky-acte-2/

* Intervention : quelle souveraineté pour la Kanaky ?   intervention-quelle-souverainete-pour-la-kanaky/

* Quelle Kanaky souveraine et indépendante ? intervention-quelle-souverainete-pour-la-kanaky/

Paul Neaouyine : L’indépendance au présent – Identité kanak et destin commun, identite-kanake-et-destin-commun/

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