Il y a tant à apprendre et tant à raconter

L’Irlande. Un pays qui fut colonisé par la puissante Grande-Bretagne. Une société ravagée, une émigration de masse et des centaines de milliers de mort·es de famine.

Paula McGrath n’aborde pas le sujet. Du temps a passé. Elle nous parle de femmes, de Maryland, de Londres, de Tennessee, de Rathlowney et beaucoup de Dublin…

Des histoires de fuite et d’exil, de refus et de corps, d’apprentissage et de boxe. Des femmes prises dans des liens avec d’autres femmes ou parentèles.

Des histoires entre 1982 et 2012, des répétitions, des formes multiples de contrainte, des croisements improbables, des combats pour la liberté de faire.

Paula McGrath insuffle un rythme propre à la littérature en alternant les récits. Elle peint aussi de multiples petits moments de vie, entre frustrations et espérances, « partir courir, est-ce la même chose que partir en courant », entre sentiment de déception et de culpabilité, entre négation et incapacité, « il y a des trucs qu’ils ne savent pas, ou bien ne veulent pas savoir, ou ne veulent pas qu’on sache »…

Des corps se fractionnent, des leurres sont inventés ; des disputes remportées dans la tête, des mots à ne pas entendre ; l’usage du corps des femmes par les hommes, le droit à l’avortement refusé (au nom d’un droit à la vie du foetus) et des « femmes continuent de mourir pour rien » ; une réappropriation de son corps par la course et la boxe…

Le choix des chapitres, les courtes insertions, les plus longs développements, le temps des apprentissages, la densité des coups, la peur transformée en colère…

Une autre histoire surgit d’un autre passé, Rathlowney et d’autres personnages aux noms si semblables, les souvenirs repoussés « pour les empêcher de se mettre en travers de ma route », l’improbable ou le peut-être dans un subtile éclairage du présent…

Partir, fuir… De beaux portraits de femmes. L’exigence de pouvoir vivre sa vie…

Paula McGrath : La fuite en héritage

Traduit de l’anglais (Irlande) par Cécile Arnaud

Quai Voltaire, Paris 2019, 336 pages, 21 euros

Didier Epsztajn

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