Des résistances fertiles autour d’un bien commun

« Au cours des dernières décennies, le continent européen a été soumis à un ensemble de facteurs impactant fortement l’agriculture : politiques agricoles et alimentaires, accords de libre-échange, politiques de libéralisation et énergétiques dominées par le marché, projets miniers et d’infrastructures, et vagues d’urbanisation. Les exemples sont légion, de l’actuelle PAC et du manque de mécanismes adaptés de régulation des marchés et des prix, aux divers textes législatifs nationaux, ou au changement croissant d’usages des sols. Cette accumulation de facteurs a conduit à l’industrialisation du système agricole et à la marchandisation de sa composante fondamentale : la terre. Les principales conséquences de cette grande transformation des zones rurales européennes sont nombreuses : la chute vertigineuse du nombre d’agriculteurs ; la concentration des terres entre les mains d’un petit nombre ; le vieillissement de la population agricole ; la volatilité des prix qui empêche les agriculteurs de gagner décemment leur vie ; la disparition de terres agricoles ; la dégradation rapide des sols et des écosystèmes, et l’utilisation de la terre comme monnaie d’échange dans la libre circulation des capitaux. »

En introduction, « La résistance est fertile : Stratégies locales pour préserver les terres agricoles et l’accès à la terre pour l’agriculture paysanne et agroécologique », les auteurs et autrices abordent la terre comme ressource et ce qui devraient en découler, le droit à la terre des communautés paysannes (article 17 de la Déclaration sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales (2018) – nations-unies-la-troisieme-commission-approuve-la-declaration-sur-les-droits-des-paysans-et-autres-personnes-travaillant-dans-les-zones-rurales/) et le fait que la majorité des pays européens a décidé de s’abstenir d’adopter ce texte historique.

Iels soulignent la « résistance fertile » contre l’industrialisation de l’agriculture et la marchandisation des terres, « Malgré les difficultés, ces luttes démontrent qu’il existe des manières de protéger les terres agricoles en tant que ressource collective fondamentale, en offrant un accès à la terre pour les jeunes, les travailleurs ruraux sans terre, les néo-agriculteurs et l’agroécologie, tout en luttant contre l’accaparement, la concentration et la destruction des terres ». Iels discutent de souveraineté alimentaire, de modèle alternatif de production « écologiquement durable et socialement juste », de cas de résistance, de l’accès des femmes à la terre…

« Ce manuel vise ainsi à fournir aux groupes de militants pour la terre de l’espoir, de l’inspiration et des connaissances pratiques sur diverses approches et options stratégiques, à partir de témoignages et d’expériences de terrain. Pour chaque approche, plusieurs exemples illustrent différentes applications concrètes, donnant un aperçu clair des outils qui peuvent renforcer les luttes pour la terre au niveau local ».Les approches proposées couvrent de nombreux sujets que je ne peux aborder en détail, des exemples de luttes et d’organisations alternatives permettent d’illustrer les possibles…

Chapitre 1 : Les terres sont importantes ! Faire de l’usage des terres une question politique

Des luttes autour de la propriété et de l’usage des terres, les politiques libérales de marchandisation et de « libre » marché, la question foncière, la continuité de l’agriculture paysanne, l’usage agroécologique des terres, des éléments pour un débat public sur la question de la terre, « l’accès à une alimentation saine, nutritive et cultivée durablement, la protection des écosystèmes, la création d’emplois pertinents difficilement délocalisables, une articulation équilibrée entre zones rurales et urbaines, le renforcement des communautés locales, et la lutte contre l’urgence climatique »…

Les auteurs et autrices parlent du travail accompli par la Coordination européenne Via Campesina, du réseau Land justice Network au Royaume-Uni, du Transnational institut (TNI), d’accaparement et de concentration des terres, d’exploitation des travailleurs et travailleuses migrantes, des subventions agricoles, de la responsabilité de ce qui détiennent le pouvoir, des recherches-actions, d’une consultation publique en Catalogne…

Chapitre 2 : Lois Foncières – Cadres juridiques et politiques

La déclaration des Nations unies sur les droits des paysan·es, les politiques et les réglementations possibles, la planification spatiale, la protection des terres agricoles pour leurs fonctions essentielles « produire de la nourriture, stocker naturellement du carbone, offrir un habitat tant à la biodiversité remarquable qu’ordinaire, réguler les écosystèmes, maintenir des espaces naturels ouverts et des paysages diversifiés, mais aussi créer des emplois de proximité et assurer une vie sociale riche dans l’espace rural », les limites à poser au droit de propriété privée des terres, la notion de droit d’usage, la défense de la paysanne ou du paysan locataire face aux intérêts du propriétaire, les droits de préemption…

Les auteurs et autrices discutent aussi d’un moratoire foncier en Ukraine, des politiques dans certains pays européens, des Safer dans l’Etat français, des droits des communautés à acheter dans l’intérêt public en Ecosse, de l’opacité de la propriété de la terre et de la financiarisation, des instruments juridiques internationaux, des directives foncières en Roumanie ou en Belgique…

Chapitre 3 : Luttes foncières – Des luttes pour la terre, menées sur le terrain

Les changements d’usage des terres, l’artificialisation, l’étalement urbain, les terres envisagées comme réservoirs de futurs développements urbains ou d’infrastructures, « Cette vision ignore le rôle vital de la terre en matière de production alimentaire, en tant que lieu de vie et de travail pour les agriculteurs, et comme source d’emplois et de préservation des écosystèmes »…

Les auteurs et autrices parlent du projet d’autoroute A5 en France, de la mine d’or Rosia Montania en Roumanie, du mouvement NOTAP en Italie, des conséquences de l’imperméabilisation des sols, de l’impact des produits dangereux, des méga-projets de gaz fossile, des mobilisations citoyennes, des occupations de terres pour défendre l’agroécologie, de Reclaim the Fields, des textes législatifs et des occupations en Andalousie, de NotreDame des Landes et de la ZAC…

Chapitre 4 : Nos terres – Des terres publiques pour le bien commun

« Ce chapitre se penche d’une part sur les luttes et campagnes menées auprès de collectivités locales, et d’autre part sur des exemples de dialogue et de coopération plus structurés avec des autorités locales visant à orienter l’usage des terres et la gouvernance foncière locale »

Des mobilisations pour une meilleure utilisation des terres publiques, le refus de l’externalisation de services publics à des opérateurs privés, des terres pour de jeunes agriculteurs et agricultrices à Rome, la ferme collective de Sutton, les productions alimentaires avec les municipalités d’Euskal Herria, BoerenBruxselPaysans…

Chapitre 5 : Réinventer les solidarités locales autour de la terre

L’industrialisation et la déconnection des populations de leur alimentation et de la production de celle-ci, la place de l’agroécologie dans une nouvelle génération d’agriculteurs/agricultrices, la Coopérative d’installation en agriculture paysanne, le Stage paysan Créatif, l’Ecole des Bergers de Catalogne, la réinvention du pastoralisme comme pratique agricole, les AMAP et les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, les initiatives foncières citoyennes, l’AMAP de Gela Ochsenherz en Autriche, une ferme en AMAP dans le Friesland (Pays-bas), Terre de Liens en France, la réinvention de solidarités, de nouveaux et de nouvelle paysannes…

Chapitre 6 : Rendre nos mouvements plus résilients

Autour du « Penser mondial, agir local ! », les auteurs et autrices discutent des moyens d’assurer les actions dans le temps (le terme résilience me paraît discutable). Iels abordent un mouvement de néo-agriculteurs/agricultrices Toekomstboeren aux pays-bas, la production de bières pour payer les amendes de militant·es anti-OGM, des activités du Sindicato Andalouz de Trabajadoires, des mouvements d’éducation populaire, « Occupons le Terrain ! » en Wallonie et à Bruxelles, les Comités d’action juridique…

La brochure se termine par un très beau « Chants de la terre »

L’ensemble des textes fournit une base élargie pour débattre des Terres en commun, des mobilisations et des expériences alternatives, du foncier et des villes, de l’usage agroécologique des terres, du changement climatique, des solidarités à construire…

Plateforme Nyéléni et Asie Centrale : Des terres en commun !

Stratégies locales d’accès à la terre pour l’agriculture paysanne et l’agroécologie

https://www.tni.org/en/node/25012

Avril 2020, 178 pages,  euros

Didier Epsztajn

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