Donner des bloqueurs de puberté à des enfants dits « trans » équivaut à un saut dans l’inconnu

Un-e enfant de 11 ans est probablement encore à des années de son premier baiser. Pourtant, le médicament qu’il ou elle s’apprête à prendre le mènera presque certainement à un itinéraire médical débouchant sur la stérilité. Comme ses gamètes ne pourront jamais arriver à maturité, les médecins ne pourront même pas prélever ses spermatozoïdes ou ses ovules. Un-e enfant de 11 ans peut-il comprendre la gravité d’exclure toute possibilité d’avoir un jour des enfants ?

De plus, est-ce que cet enfant, pour qui le rapport sexuel est une activité inimaginable, probablement un truc assez répugnant d’adultes, peut consentir à un traitement qui abaissera sa libido future au point de risquer de le priver à jamais d’orgasme ? (Imaginez essayer d’expliquer à un enfant de 11 ans le concept, et a fortiori le désir d’avoir un orgasme)

Ce sont les questions éthiques qui font des bloqueurs de puberté le plus controversé des traitements médicamenteux. D’un côté, il y a les cliniciens soi-disant « positivistes » et les transactivistes qui croient que bloquer le début de la puberté de naissance est le seul moyen de soulager la détresse de la « dysphorie de genre », soit le sentiment d’être « né-e dans le mauvais corps ». En contrepartie, une cohorte croissante de psychothérapeutes, de médecins et d’endocrinologues s’inquiètent de voir les bloqueurs de puberté administrés trop à la légère et que, puisqu’ils sont prescrits « hors indication », sans études sur leurs effets à long terme pour les patient-e-s, cela revienne à mener une expérience médicale sur des enfants.

Au cours des derniers mois, ces inquiétudes croissantes ont débordé dans la sphère publique. Une requête de contrôle judiciaire inusité a été déposée en Cour a) par Susan Evans, une ex-infirmière psychiatrique du GIDS (Gender Identity Development Services – Services de développement de l’identité sexuelle) de la clinique Tavistock, b) par une femme connue sous le nom de Mme A qui est mère d’une jeune fille autiste de 16 ans qui a été orientée au GIDS, et c) par Keira Bell, une femme de 23 ans à qui le GIDS a permis de transitionner très jeune vers le sexe masculin et qui le regrette aujourd’hui.

Les plaignantes font valoir que la prescription de bloqueurs d’hormones aux moins de 18 ans est illégale, car incapables d’en comprendre les conséquences à long terme, les enfants ne peuvent pas consentir à en prendre. Elles allèguent que la clinique Tavistock « induit matériellement en erreur » les enfants patients et leurs parents, en omettant de préciser que « près de 100% des enfants qui entament la prise de bloqueurs hormonaux finissent par prendre des hormones de l’autre sexe, aux effets irréversibles ».

Dans le même temps, à la lumière d’une augmentation de 3 000 % du nombre de personnes orientées vers le GIDS depuis une décennie, le gouvernement britannique a annoncé une étude indépendante très attendue, présidée par la Dre Hilary Cass, ex-présidente du Royal College of Paediatrics and Child Health, afin d’évaluer les services offerts aux enfants en matière de genre et de rédiger « des recommandations fondées sur des données probantes quant à l’utilisation future de ces médicaments ».

Que sont donc ces bloqueurs de puberté et comment en sont-ils venus à être utilisés sur des enfants partout dans le monde ? Ce groupe de médicaments, les agonistes de la GnRH, libèrent une forme de l’hormone humaine gonadotrophine pour empêcher les testicules et les ovaires de produire les hormones sexuelles. La triptoréline, la plus utilisée de ces substances, est homologuée pour traiter le cancer avancé de la prostate chez les hommes et l’endométriose chez les femmes, pour « castrer chimiquement » les délinquants sexuels masculins et, chez les enfants, pour mettre un terme aux rares cas de puberté précoce, mais elle ne l’est PAS pour traiter la dysphorie de genre des enfants.

Pourtant, en 1994, une jeune fille de 16 ans a déclaré à la Clinique du genre d’Amsterdam qu’elle voulait être un garçon. Exceptionnellement, elle avait persuadé, trois ans plus tôt, un endocrinologue d’interrompre sa puberté. Inspirés par ce cas, des cliniciens ont commencé à administrer des bloqueurs hormonaux avant l’apparition de caractéristiques sexuelles secondaires, puis sont passés de là à la prescription d’hormones de l’autre sexe. Ce « protocole néerlandais » fut considéré comme une avancée remarquable pour les personnes transgenres dont le désir le plus intense est de « passer » pour quelqu’un du sexe opposé. Les bloqueurs de la puberté pouvaient mettre fin à l’agonie des chirurgies esthétiques multiples. Si vous ne développiez pas de barbe, vous n’auriez jamais besoin d’une douloureuse électrolyse pour l’enlever. Si vous ne développiez pas de seins, vous n’auriez pas besoin d’une double mastectomie. Par ailleurs, pour les enfants dysphoriques de genre, la puberté est un moment redoutable où votre corps détesté donne catégoriquement l’impression d’être du « mauvais » sexe.

La triptoréline est présentée par les cliniques du genre comme un « bouton de pause » qui ne bloque pas nécessairement la puberté pour toujours, mais peut offrir un « répit » pendant que des jeunes décident de franchir ou non l’étape de la transition sexuelle. Sinon, il leur suffit d’arrêter de prendre les bloqueurs et la puberté naturelle s’enclenchera. Quel parent, face à un enfant en grande détresse, hésiterait à appuyer sur un tel bouton ?

Le problème est qu’en fait la presque-totalité de celles et ceux qui prennent des bloqueurs de puberté poursuivent l’itinéraire jusqu’au-delà de la transition. Dans un état d’évolution suspendue qui en fait des créatures à la Peter Pan, ces jeunes demeurent en rade, à voir leurs camarades de classe devenir adultes. Bon nombre d’entre elleux ont déjà effectué une « transition sociale », en adoptant des noms et des vêtements du sexe opposé au leur. Tout retour en arrière est si intimidant qu’inévitablement, on les voit poursuivre l’itinéraire vers la prise d’hormones de l’autre sexe.

Mais ces jeunes auraient-ils de toute façon opté pour la transition sexuelle ? Il est fort probable que non. Une statistique, incontestée par le GIDS et par les cliniques du genre nord-américaines, révèle qu’en l’absence d’une intervention d’ordre médical, environ 85% des enfants dysphoriques de genre se réconcilient avec leur sexe biologique après la puberté. Comme l’indique le GIDS : « La persistance [à s’identifier comme trans] était fortement corrélée avec le début des interventions physiques, telles que le bloqueur hypothalamique ». De plus, la grande majorité de ces enfants non conformes reçus dans les cliniques – des filles qui préfèrent les cheveux courts et le skateboard, des garçons qui aiment les poupées Barbie – deviendront en grandissant des lesbiennes ou des gays. Dans le maelström de l’adolescence, se peut-il que ces jeunes confondent une attirance pour le même sexe avec l’idée d’être transgenre ?

Les spécialistes en médecine clinique pensent que la cascade naturelle d’hormones sexuelles déclenchées à la puberté peut résoudre la haine de jeunes pour leur corps. Mais si la puberté est empêchée, cela ne peut se produire. De plus, l’affirmation selon laquelle les bloqueurs sont totalement réversibles, que la puberté naturelle démarrera simplement quand on cessera de les prendre, même des années plus tard, n’est pas vérifiée – en effet, presque personne ne vit cela.

Le « protocole néerlandais » a été rapidement adopté par les cliniques du genre partout dans le monde, mais des médecins britanniques, qui ont respecté une approche dite d’« attente vigilante », sont restés prudent-e-s au début, refusant de prescrire des bloqueurs aux moins de 15 ans. Mais ces produits ont rapidement fait l’objet d’une revendication autant politique que médicale : des transactivistes ont soutenu que les refuser aux enfants équivalait à de la « transphobie ».

Certains parents britanniques ont commencé à emmener leurs enfants en Amérique du Nord, où est monnaie courante l’accès à ces produits et même aux interventions chirurgicales pédiatriques – y compris des mastectomies pour des filles de 14 ans. En 2007, on a notamment vu Susie Green, une gestionnaire informatique de Leeds, emmener son fils Jack de 12 ans dans une clinique de Boston pour qu’on lui prescrive des hormones, puis à 16 ans en Thaïlande pour une chirurgie génitale, alors illégale en Grande-Bretagne et qui l’est maintenant devenue en Thaïlande. Plus tard, madame Green est devenue directrice générale de Mermaids (« Sirènes »), une organisation caritative dédiée aux enfants transgenres. Sous sa direction, Mermaids a plaidé avec acharnement en faveur d’un accès aux bloqueurs de puberté, aux hormones et aux interventions chirurgicales. Le site web de Mermaids a recommandé les services de la Dre Helen Webberley, une clinicienne en pratique privée qu’avait suspendue le General Medical Council (Ordre des médecins britanniques) pour avoir opéré sans permis une clinique du genre et avoir prescrit de la triptoréline par internet.

En 2010, cédant à la pression des transactivistes, le GIDS a réduit de 15 à 10 ans le seuil d’âge autorisé pour la prise de médicaments, et ce même si les effets secondaires connus de ces produits comprennent une diminution de la densité et de la taille des os, ainsi que des épisodes de dépression. Le GIDS admet n’avoir aucune idée des effets du blocage de la puberté sur le cerveau des jeunes, en développement rapide à cet âge. La question de la fonction sexuelle à l’âge adulte est évitée au nom du bon goût, mais des exemples concrets commencent à témoigner de ses lacunes. Jazz Jennings, 19 ans, une vedette étasunienne des télé-réalités trans, qui n’a jamais connu la puberté naturelle et dont l’apparence ne se distingue en rien de celle d’une fille de naissance, a admis n’avoir presque pas de libido et a demandé à ses parents si un orgasme ressemblait à un éternuement. Susie Green a révélé que son transfille Jackie s’était retrouvé avec un pénis d’enfant, de sorte que les chirurgiens thaïlandais qui ont inversé son sexe pour en faire un vagin ont eu très peu de chair à façonner.

Sachant que la triptoréline est utilisée hors indications, toutes les cliniques du genre ne devraient-elles pas mener des recherches exhaustives à long terme, avec un suivi de chaque patient-e pour s’assurer du fonctionnement de leur régime médicamenteux radical ? En 2011, le GIDS s’est lancé dans une étude portant sur 44 de leurs jeunes patient-e-s ; le Dr Michael Biggs, professeur agrégé au département de sociologie d’Oxford, a analysé les résultats de cette enquête, que le GIDS n’a publiés qu’au compte-gouttes. Il a notamment constaté que les enfants – bien que plus heureux et confiants au bout de six mois – ont constaté après un an « des problèmes internalisés et une insatisfaction corporelle, en particulier chez les enfants nées filles ». Le résultat le plus alarmant constaté était l’augmentation marquée du nombre de patient-e-s qui validaient la déclaration suivante : « J’essaie délibérément de me blesser ou de me tuer ». Étant donné que les parents se font constamment répéter (de façon tout à fait erronée) que leurs enfants se suicideront s’ils et elles ne prennent pas de bloqueurs, cette tendance nécessite certainement un examen plus approfondi.

Le Dr Biggs s’inquiète de la méthodologie du GIDS, de la perte de contact de la clinique avec les patient-e-s de ses expériences et, surtout, de sa réticence à publier un rapport concluant. Pourquoi cela ? Ces clinicien-ne-s risqueraient-ils de devoir admettre le fait d’avoir, sans raison valable, stérilisé des enfants, les consignant à devenir des patients à vie, sujets d’opérations inutiles pour retirer des parties saines de leur corps ?

Entre-temps, le problème a augmenté de manière exponentielle : en 2009, 77 enfants seulement ont été orientés vers le GIDS britannique, mais une décennie plus tard, ce chiffre atteignait 2 590. Alors que les garçons y étaient autrefois majoritaires, les trois quarts des enfants orientés vers cette filière sont aujourd’hui des filles.

Dans n’importe quel autre secteur de la santé, les chercheurs s’empresseraient d’enquêter sur une telle tendance. Pourtant, le GIDS ne s’y intéresse toujours pas. L’année dernière, la Dre Elizabeth van Horn, psychiatre consultante principale de l’organisme, a déclaré à l’émission Newsnight : « Nous ne savons pas pourquoi les chiffres ont augmenté de façon si spectaculaire récemment. Ou pourquoi les filles sont plus nombreuses ».

Cela n’est peut-être pas surprenant puisque quiconque s’interroge sur ce phénomène se voit pris-e à parti par un lobby militant. La Dre Lisa Littman, de l’université étasunienne Brown, a exploré ce que l’on appelle maintenant la « dysphorie de genre à apparition rapide » (rapid-onset gender dysphoria). On l’observe chez des groupes d’adolescentes, souvent amies, souvent attirées par des jeunes de leur sexe, qui, après une longue exposition aux forums en ligne de « transitionneurs », se déclarent brusquement trans au début de la puberté. Son article a été dénoncé comme étant intolérant et retiré du site web de son université.

Pourtant, son point de vue est partagé par plusieurs clinicien-ne-s du GIDS, dont 35 ont démissionné au cours des trois dernières années, pour la plupart alarmés par la ruée vers la médicalisation et par la façon dont Mermaids, des influenceurs trans du réseau Instagram et l’émission « I Am Leo » du réseau de télé CBBC présentent la transition sexuelle comme étant sans complications.

Ces clinicien-ne-s rencontrent des jeunes filles qui présentent une panoplie d’autres problèmes – anxiété, dépression, automutilation, autisme non diagnostiqué, victimisation par des brimades homophobes et des agressions sexuelles – et pour lesquelles la transition vers un corps masculin était présentée en ligne comme une panacée. Ces médecins constatent souvent qu’un dégoût normal à la « garçonne » pour leur nouvelle poitrine, qui suscite un intérêt sexuel soudain et non désiré de la part des hommes, est interprété comme une certitude d’être « nées dans le mauvais corps ». Pourtant, au lieu d’examiner ces problèmes sous-jacents, on enjoint aux clinicien-ne-s de « positiver » l’« identité trans » d’une jeune personne et de lui prescrire les bloqueurs de puberté que les transactivistes présentent avec insistance comme un droit personnel fondamental.

Dans sa requête d’un contrôle judiciaire, l’ex-infirmière psychiatrique Susan Evans dit avoir vu la triptoréline prescrite après seulement trois ou quatre séances. Un ancien psychothérapeute du GIDS m’a confié que l’obtention d’une ordonnance de bloqueurs de la puberté est considérée comme une fin en soi, un signe que l’enfant a réellement amorcé son itinéraire transsexuel. Même si une jeune personne a déjà atteint la puberté – de sorte que les effets secondaires pour les filles s’apparentent à une ménopause soudaine -, elle doit prendre de la triptoréline pendant environ un an avant d’avoir accès aux hormones de l’autre sexe. Bien que cette période soit présentée comme favorisant une pause de réflexion, les jeunes y reçoivent en fait un suivi thérapeutique réduit, et non plus attentif. On leur dit essentiellement : « Allez-vous-en, et revenez dans trois mois. »

Le problème pour le personnel clinique est qu’il n’existe pas d’outil diagnostique capable de prédire qui va, en fin de compte, « se désister » de la transition ou y procéder. Pour des personnes trans adultes, qui ont senti dès l’enfance que, pour vivre authentiquement et sans détresse mentale, elles devaient adopter l’apparence du sexe opposé, et dont la vie est marquée par l’intimidation, la discrimination et la recherche de traitements, il est tout à fait compréhensible qu’elles souhaitent épargner leur souffrance aux plus jeunes. « J’aurais certainement accepté la possibilité d’une hormonothérapie féminine précoce et d’une chirurgie hâtive de changement de sexe », m’a écrit un transfemme. « J’aurais été aux anges et j’aurais saisi dès l’adolescence l’occasion de devenir la femme que je suis ». Toutefois, beaucoup considèrent avec un lourd malaise l’empressement avec lequel des enfants sont actuellement aiguillés vers un itinéraire médical.

Le fait que des médicaments aussi controversés fassent l’objet d’un examen judiciaire et d’une enquête publique devrait être accueilli favorablement. La Dre Hilary Cass s’est montré une intrépide lanceuse d’alerte en 2013 alors qu’elle a travaillait au Great Ormond Street Children’s Hospital et qu’elle a révélé à quel point une gestion déficiente compromettait les jeunes patient-e-s. Elle devra faire preuve de fermeté pour faire face aux inévitables accusations vicieuses de « transphobie » qui accueillent aujourd’hui quiconque cherche à examiner l’idéologie et la médecine du genre.

Tout examen doit avant tout s’avérer serein, objectif et demeurer au-dessus de la politisation frénétique des guerres culturelles actuelles. Aux États-Unis, huit législatures d’État ont déposé des projets de loi visant à interdire aux médecins de prescrire aux personnes mineures des bloqueurs de puberté ou des hormones de l’autre sexe ; cette initiative est sommairement rejetée comme reflétant un sectarisme connu des républicains anti-choix. Mais, toujours aux États-Unis, peu de voix ou de publications libérales osent analyser l’explosion de cliniques pédiatriques du genre, hautement lucratives et prêtes à diagnostiquer comme trans des enfants dès l’âge de la maternelle.

De plus, on examine peu à quel point des entreprises pharmaceutiques vont profiter du recrutement de millions de clients perpétuels. La Dre Cass pourrait se demander pourquoi Ferring Pharmaceuticals, le fabricant de la triptoréline, a non seulement subventionné un programme d’essais du protocole néerlandais, mais a également versé, depuis 2013, 1,4 million de livres sterling au parti britannique des Libéraux démocrates, les plus ardents défenseurs du principe de l’autodéclaration sexuelle.

Des doutes sur les bloqueurs de puberté émanent aujourd’hui de clinicien-ne-s chevronnés, d’activistes LGBT inquiets de voir les cliniques du genre pratiquer une « thérapie de conversion » à l’hétérosexualité sur de futurs enfants homosexuels, et ils viennent de féministes consternées que les filles qui ne se conforment pas aux stéréotypes sexistes de genre pensent qu’elles ne peuvent pas être réellement des filles. On voit déjà un nombre croissant de personnes – principalement des jeunes filles – procéder à une « détransition », furieuses que des médecins les aient pressées à subir un traitement irréversible.

Quelles conséquences auront ces tendances au cours de la prochaine décennie, alors que la première cohorte de jeunes soumis à des bloqueurs de puberté découvrira son infertilité probable ? Cette médecine pédiatrique expérimentale a été trop longtemps politisée et entourée de secret. Il est temps de poser des questions graves.

Janice Turner

Janice Turner a été rédactrice en chef de magazines féminins pendant huit ans avant de devenir chroniqueuse au Guardian. Elle travaille pour le Times depuis 2003 et, depuis lors, elle a été sélectionnée six fois pour les British Press Awards, remportant le titre d’intervieweuse de l’année en 2014. En plus d’écrire sa chronique, elle est intervieweuse et rédactrice en chef du Times.

Traduit par TRADFEM avec l’accord de l’autrice.

https://tradfem.wordpress.com/2020/02/24/donner-des-bloqueurs-de-puberte-a-des-enfants-dits-%E2%80%89trans%E2%80%89-equivaut-a-un-saut-dans-linconnu/

Tous droits réservés à Madame Janice Turner.

Version originale : « Giving puberty blockers to trans children is a leap into the unknown. » https://t.co/CJWsLb358d?amp=1

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Protégez les enfants

Ne les laissez pas subir une transition médicale

L’enfance est une période de jeu et de découverte. C’est le moment d’essayer des choses et de les mettre à l’épreuve. Les humains ont l’enfance la plus longue de toutes les espèces qui ont évolué sur cette planète – un indicateur puissant que nous avons beaucoup à apprendre en tant qu’enfants pour devenir des adultes compétents. Les enfants explorent et expérimentent avec les croyances et l’identité. L’enfance ne devrait pas être une période où une expérience donnée scelle votre destin.

Dans notre lignée, nous avons deux sexes, avec des systèmes endocrinologiques qui régulent notre forme, notre fonction et notre développement, depuis des centaines de millions d’années. C’est un système à la fois ancien et complexe. 

Mais les hormones sont maintenant poussées par les médecins et les compagnies pharmaceutiques – et approuvées par les parents – comme si nous n’avions pas du tout d’histoire avec elles. 

Ces hormones comprennent les bloqueurs de puberté, notamment la GnRH (Gonadotropin Releasing Hormone), qui sont souvent utilisés au début de l’adolescence. Ils peuvent ensuite être suivis, au milieu de l’adolescence, par des hormones de l’autre sexe, plus précisément l’œstrogène et la testostérone. Notre histoire avec ces hormones est longue, et leurs effets sur nous sont complexes et en cascade, imbriqués dans une myriade de systèmes. Pourtant, nous faisons des expériences sur nos enfants comme si la puberté était une question de choix. Avoir de la moutarde ou de la mayonnaise sur son sandwich est un choix. Porter un pantalon ou une jupe, c’est un choix. Jouer au foot ou au basket avec ses amis, c’est un choix. La puberté n’est pas un choix.

La puberté est un moment critique, et le fait de jouer avec d’anciens systèmes hormonaux a de graves effets en aval qui ne disparaîtront jamais. Une grande partie de la recherche sur les effets d’hyper récentes interventions médicales est écrite par des personnes qui sont déjà investies dans la perturbation du développement des enfants, mais même dans ce cas, nous constatons que la masse osseuse est affectée négativement, de même que plusieurs paramètres physiologiques, dont le volume sanguin, le cholestérol et plusieurs autres hormones. De plus, l’administration de GnRH au début de la puberté affecte la fonction cognitive dans un modèle animal (mouton), en altérant la mémoire spatiale.

Il est également vrai que de nombreux jeunes qui effectuent une transition médicale détransitionnent, ou désistent, par la suite, pour des raisons aussi variées que le fait de se sentir plus à l’aise en s’identifiant à leur sexe d’origine, de se considérer comme lesbiennes, gays ou bisexuels et de s’inquiéter des complications médicales potentielles de la transition (voir notamment Littman 2021 et les références qui y figurent, ainsi que le Pique Resilience Project). De nombreuses personnes qui se désistent du processus déclarent également qu’ils « ne pas avoir reçu une évaluation adéquate de la part d’un médecin ou d’un professionnel de la santé mentale avant de commencer la transition ». Pour les jeunes qui s’identifient comme trans et qui désistent ensuite, certaines portes se seront définitivement fermées pour eux. Vu les effets irréversibles des bloqueurs de puberté et des hormones sexuelles croisées : ils ne pourront jamais devenir ce qu’ils auraient pu être.

Certaines législatures d’État tentent de mettre un terme à la médicalisation expérimentale des enfants, mais elles sont rapidement qualifiées de « transphobes » et d’« antiscientifiques » par les médias et les politiciens désireux de marquer des points. Même les organisations professionnelles sont devenues la proie de cet aveuglement. Prenons, par exemple, la récente déclaration de la Society for Research in Child Development, qui plaide en faveur d’interventions médicales pour les enfants transgenres, sans jamais mentionner les effets que ces interventions auront sur les enfants non transgenres qui seraient ainsi modifiés à jamais. Ils semblent ne penser qu’à la minorité bruyante, sans jamais considérer les enfants moins visibles qui risquent de subir des dommages permanents du fait de ces politiques.

Le modèle de soins « affirmatifs » prétend que si un enfant dit qu’il est trans, alors il est trans, et toute discussion ou résistance est considérée comme préjudiciable à l’enfant. Ce modèle est de plus en plus la norme, voire même imposé dans de nombreux établissements de soins de santé. Le modèle de soins affirmatifs non seulement méconnaît terriblement l’enfance, mais il met également en danger une fraction bien plus importante d’enfants. Permettez-moi de m’expliquer.

On nous dit que les personnes qui se révèlent être trans à l’âge adulte – une fraction minuscule mais réelle de l’humanité – ont tendance à le savoir quand elles sont jeunes et à le dire. C’est sans doute vrai.

Mais qu’en est-il du grand nombre d’enfants qui disent des choses similaires quand ils sont jeunes, mais qui ne deviennent pas trans ? Il n’y aura pas de données à ce sujet, mais tous les parents savent que les enfants disent des choses impossibles. Ils explorent, ils fantasment, ils testent parfois les adultes pour voir ce qui fonctionne, ce qui fait réagir les parents, ce qui attire leur attention. Cela sans parler des enfants maltraités qui sont encore plus susceptibles de se réfugier dans la fantaisie pour se créer une identité stable, et qui seront encore plus mal servis par le modèle de soins affirmatifs.

Un enfant peut se déclarer licorne un jour, et tortue le lendemain. Contrairement aux hormones, les préférences, qu’il s’agisse de nourriture, de couleurs ou d’amis, sont transitoires et peuvent facilement être échangées lorsque l’enfant essaie de nouvelles façons d’être. C’est comme si, en tant que société, nous avions oublié la distinction entre simulation et métaphore, ou peut-être prétendons-nous que les enfants connaissent la différence depuis toujours et qu’ils sont toujours précis dans leur langage. Mais jusqu’à hier, nous savions tous que « Je me sens comme un garçon » est différent de « Je suis un garçon ».

Compte tenu de ce qu’est l’enfance, et du nombre de choses fantastiques et fausses qui sortent de la bouche des enfants, « tout ce que disent les enfants est littéralement vrai » est une prémisse absurde et dangereuse sur laquelle fonder les soins médicaux.

Par ailleurs, on nous dit que si l’on n’intervient pas, sur le plan hormonal et médical, auprès des enfants qui se déclarent trans, ils risquent de ne pas devenir leur véritable moi. Ce serait, nous dit-on, une grave erreur.

Mais qu’en est-il de l’autre erreur possible ?

Intervenir à un âge précoce avec des pratiques médicales expérimentales et perturbatrices pour tous les enfants qui se déclarent trans risque de nuire à un très grand nombre de personnes non trans.

Comparez les deux risques côte à côte :

  • ne pas intervenir à un âge précoce, de sorte qu’un nombre infime de personnes réellement trans commencent leur transition physique plus tard et finissent par moins bien ressembler à leur sexe perçu intérieurement ; ou

  • perturber de façon permanente le développement normal des enfants qui ne faisaient qu’explorer leur identité.

Quelle erreur la société préfère-t-elle commettre ?

Dans le langage des statistiques, nous pouvons formuler la décision de la manière suivante : L’hypothèse nulle est que vous n’êtes pas trans. Cette présomption est basée sur le fait qu’une déconnexion persistante et profondément ressentie entre votre sexe réel et votre sexe perçu est extraordinairement rare chez les humains. Ça doit l’être, du point de vue de l’évolution. On ne connaît aucun mammifère qui ait jamais changé de sexe. Ni aucun oiseau, d’ailleurs – des oiseaux qui, comme nous, ont des chromosomes sexuels qui déterminent leur sexe. Ainsi, pour ceux d’entre nous qui appartenons à des classes dont les individus n’ont jamais changé de sexe, le sentiment profond que vous n’êtes pas du même sexe que vous êtes en réalité sera extrêmement rare.

L’hypothèse alternative – que vous êtes trans – ne peut remplacer l’hypothèse nulle – que vous ne l’êtes pas – qu’avec des preuves convaincantes. Et les affirmations d’un enfant ne suffisent tout simplement pas à remplir ce critère.

En tant que société, préférons-nous privilégier les faux positifs (erreurs de type I), dans lesquels nous supposons par erreur que certaines personnes sont trans alors qu’elles ne le sont pas, ou préférons-nous privilégier les faux négatifs (erreurs de type II), dans lesquels nous prenons par erreur certaines personnes pour des non-trans, alors qu’elles le sont ?

Préférer la première option revient à encourager largement la transition. Cela signifie la transition même pour ceux qui ne la justifient pas ou ne la souhaitent pas, avec tous les effets en aval qui en découlent : dysfonctionnement physique, mental et sexuel dans toute une série de systèmes, dont beaucoup ne sont pas encore connus. Là encore, il s’agit du modèle de « soins positifs ».

Préférer le second modèle (celui des faux négatifs), en revanche, c’est reconnaître que si nous n’intervenons pas tôt, certains adultes transgenres correspondront un peu moins bien à leur sexe perçu intérieurement qu’ils n’auraient pu le faire. En retardant le traitement jusqu’à l’âge adulte, l’adulte portera davantage les marques de la puberté sexuée qui correspond à son sexe d’origine.

Je le répète :

  • Les erreurs de type I créent des faux positifs, dans lesquels les personnes qui ne sont pas trans sont traitées comme si elles l’étaient.

  • Les erreurs de type II créent de faux négatifs, c’est-à-dire que les personnes trans sont traitées comme si elles ne l’étaient pas.

Étant donné que le taux de base des personnes trans est extrêmement faible, il est de notre responsabilité humaine et sociétale de minimiser les erreurs de type I dans ce cas, afin d’approcher le plus possible de zéro le nombre d’enfants en bonne santé lésés par une intervention médicale. Et ce, pour deux raisons. Premièrement, le nombre de personnes qui seront lésées par des erreurs de type I plutôt que de type II est beaucoup plus élevé. Deuxièmement, l’intervention dans un système ancien et fonctionnel, alors qu’aucune démonstration de la sécurité de ces interventions n’a été faite et que nous connaissons déjà certains des inconvénients de l’intervention, va à l’encontre de tout ce qui est droit, moral et juste.

Les traitements destinés aux personnes transgenres – bloqueurs de puberté, hormones transsexuelles et chirurgie – ont des coûts permanents, ne vous y trompez pas. Pour la grande majorité des enfants et des jeunes qui ne font qu’explorer leur identité et leurs croyances, en faisant ce que font les enfants, ces coûts sont inacceptables. Nous devons protéger l’enfance, et nous devons protéger les enfants [1].

Enfin, j’enjoins les lecteurs à considérer la possibilité d’incitations financières qui jouent dans l’augmentation des bloqueurs de puberté et des hormones sexuelles croisées. On nous dit que les personnes transgenres subiront un préjudice si l’accès est retardé jusqu’à la maturité. Dans certains cas, cela peut être vrai. Mais qui profite de l’acceptation et de la prescription toujours plus larges de ces médicaments ? Ce sont les entreprises qui fabriquent ces médicaments. Si vous étiez une telle entreprise et que vous aviez un produit dont personne ne savait qu’il voulait ou avait besoin, ou même qu’il existait, comment pourriez-vous générer une demande pour votre produit ? Convainquez les consommateurs potentiels qu’ils sont incomplets et malheureux sans ce produit. De plus, convainquez ces consommateurs potentiels de vos produits que ceux qui veulent les empêcher de consommer ces médicaments essaient de les tuer.

Chez les adolescents, les tentatives de suicide sont plus nombreuses chez ceux qui s’identifient comme trans que chez ceux qui ne le font pas. Le taux élevé d’idées et de comportements suicidaires chez les personnes transgenres a été déformé par les activistes, dont certains affirment que le fait d’empêcher ces personnes de transitionner est un risque – sinon une invitation – au suicide. C’est de la propagande. S’il y a des intervenants qui tuent réellement des gens, ce sont les entreprises, les organisations et, oui, les transactivistes qui incitent les enfants à prendre des médicaments. On vend à ces enfants et à ces jeunes adultes un récit qui leur permet de se sentir vus et acceptés pendant un bref instant, avant d’être abandonnés aux effets indésirables causés par la perturbation de leur système, sans programme de suivi ni échappatoire.

Une de ces entreprises fait de la publicité pour son bloqueur de puberté en affirmant qu’elle offre « une enfance perpétuelle ». C’est un fantasme à la Peter Pan, mais sans ses avantages. Les enfants peuvent s’imaginer une vie insouciante de fées et sans responsabilités, et peut-être les parents croient-ils qu’ils auront leurs petits avec eux pour toujours, sans changement.

Les enfants ont une excuse : ils sont des enfants. Nous ne pouvons pas en dire autant des adultes. Nous regarderons cette époque avec horreur, une époque où nous avons joué à Dieu avec des systèmes complexes qui ont évolué sur des centaines de millions d’années. Nous avons toute l’arrogance de Zeus, mais pas sa sagesse.

[1] Il est difficile de savoir exactement quels sont les chiffres pour les divers facteurs pertinents : Combien de personnes se sont historiquement identifiées comme trans ? Combien y en a-t-il actuellement ? Est-ce que cela varie selon les marqueurs démographiques, et si oui, lesquels ? Le site Internet StatsForGender.org, fait un excellent travail de compilation des recherches pertinentes.

Heather Heying, biologiste

https://tradfem.wordpress.com/2021/11/10/protegez-les-enfants/

Version originale : https://bit.ly/3c2dMxI

Traduction: Diane Breton

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