Je refusais de ne pas faire quelque chose, juste parce que j’étais une femme

« Sur les routes que les femmes ont choisies, nous avons trouvé de la joie, de la puissance, des vagabondages qui émancipent, des rencontres inattendues, des amitiés fugaces ou éternelles, des questions et des réponses… »

Dans son éditorial, « Mille et une femmes, mille et une routes », Sabine Panet parle, entre autres, de la poétesse Rupi Kaur, de la poésie comme un pont, du privilège de pouvoir se déplacer, de la pandémie du Covid-19, des histoires et des voyages racontés par des femmes, des obstacles et des femmes en mouvement…

Ulysse et son voyage. Dans un premier article, l’éditorialiste nous propose de prendre « quelques distances avec l’image mythique, romantique, masculine et occidentale, du voyageur », d’aborder d’autres voyages, des femmes voyageuses, celles qui usèrent de « mille subterfuges pour goûter à la liberté de se déplacer »… Elle nous parle, entre autres, de la botaniste Jeanne Baret, de la pharaonne Hatchepsout et de la « première transplantation d’arbres documentée », d’Ibn Battûta, des relations entre la Chine et l’Afrique dès le VIIIe siècle, du roman Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie (ciel-enfin/), de femmes japonaises quittant l’archipel pour épouser des hommes inconnus aux USA et qui furent parquées dans des camps par les autorités étasuniennes pendant la seconde guerre mondiale, de témoignages d’autres odyssées humaines, « Cette riche mosaïque de voyages, à laquelle notre numéro souhaite contribuer, cartographie une humanité en mouvement. Errances choisies, déplacements forcés, migrations saisonnières, enfants, femmes et hommes, arpentent le globe, et le font tourner »…

Quelques éléments choisis subjectivement parmi les articles.

  • Des exploratrices et des aventurières, des femmes bravant « tous les stéréotypes liés à leur genre pour voyager à des époques où cela leur était interdit » et qui toutes « ont vécu des violences spécifiques, l’invisibilisation, le mépris… », les pionnières oubliées, celles qui se déguisèrent en homme, les liens entre exploration et colonisation, la minimisation de la contribution des femmes scientifiques à la recherche…

  • Des musheuses et l’immensité du Grand Nord

  • « Ce n’est pas parce que je suis une femme que je suis limitée dans mes mouvements ou dans mes capacités à réaliser mes rêves ». Les voyageuses solos, les préjugés sexistes, les rencontres incroyables, le couple et l’espace à soi…

  • « Le repos estival ne se dessine pas de la même façon pour les femmes et pour les hommes, parce que la division sexuée des responsabilités ne disparaît pas avec l’éloignement du foyer ». Les vacances et le calendrier des femmes, la prise en charge par les unes des moments de détente des autres, les responsabilités et la charge matérielle « minimisés, invisibilisées et dévalorisées », l’omniprésence des injonctions néolibérales « à la rentabilité, à l’utilité, à l’efficacité », le plaisir et les corvées, les taches répétitives et les moins créatives, « Les rapports de pouvoir au sein des couples hétérosexuels ne prennent pas de vacances. Ils alourdissent celles des femmes »…

  • « Moyen d’accès à l’autonomie, instrument de découverte de soi, de l’inconnu ou du lointain ». Les auto-stoppeuses, l’acceptation de l’attente, un contexte favorable pour libérer de la confidence, la rencontre imprévue et aléatoire, le harcèlement et les agressions sexuelles, la ritournelle, « Une femme qui fait du stop ne prend pas un risque, elle s’expose à un danger », l’autonomie au bout du doigt. Comme Sarah Benichou le rappelle « c’est au sein de la famille et des espaces privés que les féminicides et les viols sont les plus fréquents ». Le titre de cette note est emprunté à cet article…

  • Des pays où l’homosexualité est criminalisée. Femmes lesbiennes : Pour voyager heureuses, vivons cachées ? Se cacher ou non, restreindre ses gestes de tendresse en public, se montrer sûre de soi…

  • La Convention relative aux droits des personnes handicapées. Cette convention prévoit « l’identification et l’élimination des obstacles et barrières à l’accessibilité », les conditions matérielles et les clichés, le nécessaire accompagnement individualisé pour le « handicap lourd », les freins aux voyage des personnes en situation de handicap…

  • « Tout le monde ne peut quitter son pays pour voyager, car l’accès aux visas internationaux est limité : il reflète les rapports de pouvoir entre les nations du globe », le tourisme dans l’histoire coloniale et capitaliste, l’aventure comme rite de passage vers l’age adulte pour les jeunes hommes, la liberté de circulation limitée pour la majorité, les voyages de femmes, « Pouvoir voyager sans mari ni chaperon fait partie de l’histoire de l’émancipation féminine », la supercherie de la comptabilisation des touristes et la focale sur le transport aérien, « l’immense majorité des gens ne prennent pas l’avion et voyagent à travers leu pays », le prisme des « distinctions sociales » et la dévalorisation de pratiques des classes populaires, Le grand voyageur Ibn Battûta, l’interdiction de la taxation du carburant pour les avions (1949), l’exposition coloniale de 1931 et les « bienfaits de la colonisation »…

  • La rue et les sans-abri, un toit pour se retrouver, les violences institutionnelles, les enfants, la nécessité de l’individualisation des droits…

  • Les routes de l’exil, les chemins dangereux pour les migrantes, les violences contre les femmes dans les pays de vie (dont les mariages forcées et les mutilations génitales) et les pays quittés, les parcours où règnent la « loi des hommes », la prostitution pour trouver des ressources, l’esclave sexuel, les effets de stress post-traumatique, le prisme du genre fondamental pour analyser les migrations et leurs conditions…

  • Les rêves, les nouvelles conditions de vie, les difficultés au début avec la mixité des écoles, celles qui ont perdu leurs rêves, les filles obligées de se marier très jeunes, « je voudrais apprendre aux femmes à dire non »…

  • Le documentaire Saudi Runaway, la fuite d’une jeune saoudienne, une histoire déchirante…

  • Des films. Je souligne Jeann Dielman, 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman, Wanda de Barbara Loden, Sans toit ni loi d’Agnès Varda…

Un journal de nos amies belges à faire connaître.

Axelle 230, Juillet/août 2020

Hors série : Voici leurs voyages

 http://www.axellemag.be

Autres numéros : /revue/axelle/

Didier Epsztajn

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.