Lettre au journal El Pais – La violence a bien un sexe

Nous, les femmes de l’Assemblée abolitionniste de Madrid, dénonçons la négation de la violence structurelle à l’égard des femmes que constitue l’article « Ni toutes les femmes ont des règles, ni toutes les personnes qui ont des règles sont des femmes », publié dans le journal El País le 20 juin. Depuis quelque temps, nous assistons à une tentative d’institutionnalisation de la novlangue machiste promue par les théories queer, qui déshumanisent les femmes en parlant de « corps menstrués » ou de « personnes enceintes ». Ces expressions réifient les femmes dans nos fonctions de reproduction et effacent le vécu et la violence que nous subissons en raison de notre réalité biologique. « Les règles ne sont pas le patrimoine exclusif des femmes », précise l’article mentionné. Si ce ne sont pas les femmes qui ont leurs règles, alors toutes les expériences de violence découlant de ce processus biologique ne sont plus considérées comme l’expression du machisme avec lequel notre corps a été historiquement maltraité.

En novembre 2019, El País a publié une interview de Chimamanda Ngozi Adichie dans laquelle l’écrivaine féministe nigériane raconte à la première personne l’exclusion dont souffrent des millions de filles dans différents pays lorsqu’elles commencent à avoir leurs règles et comment le tabou entourant la biologie féminine est arrivé au point d’éliminer le mot « vagin » de leur vocabulaire.

« Les femmes sont une classe sexuelle, et l’oppression que nous subissons dans le patriarcat est indissoluble de notre corps et de notre sexualité, tant dans ses aspects reproductifs qu’érotiques. Il n’y a pas d’essence masculine et féminine, il n’y a pas de trucs comme des cerveaux d’hommes et de femmes, c’est la socialisation différente selon le sexe qui perpétue l’inégalité. Si la catégorie sexuelle est supprimée et échangée contre le genre – des définitions basées sur des stéréotypes sexistes historiquement acceptés – les femmes sont effacées et deviennent le produit de leur propre oppression. »

En une semaine, c’est la deuxième fois qu’El País publie un contenu qui promeut l’effacement des femmes. Le 17 juin dernier, il a publié sur son réseau Twitter un post qualifiant des femmes de « personnes enceintes », message qui a été supprimé peu après. Notre législation proclame « le droit à l’égalité et à la non-discrimination sur la base du sexe » dans l’article 14 de la Constitution espagnole. La loi pour l’égalité effective entre les hommes et les femmes inclut dans sa section sur la discrimination directe fondée sur le sexe « tout traitement défavorable des femmes lié à la grossesse ou à la maternité ».

Nous invitons toutes les personnes et tous les groupes engagés en faveur de l’égalité effective à adhérer à la présente déclaration, qui informe El País et ses rédacteurs que nous, féministes, ne permettrons pas à la presse, en tant que principaux acteurs de l’opinion publique, de diluer la violence structurelle contre les femmes dans un discours postmoderne qui ignore commodément le sexe comme racine de notre oppression.

Asamblea abolicionista de Madrid

Version originale : http://abolicionmadrid.com/diario-el-pais-la-violencia-si-tiene-sexo?fbclid=IwAR3UNcmh_xhSQ1lXG3uAvMad181AT3nDHHm-tzrFnypQNkv6o74bHL4VuMU

Traduction : TRADFEM

https://tradfem.wordpress.com/2020/06/22/lettre-au-journal-el-pais-la-violence-a-bien-un-sexe/

Tous droits réservés à l’Asamblea Abolicionista de Madrid 

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