Discours, actions et groupes de haine au Québec

« Une odeur putride que l’on croyait du passé refait surface dans l’espace public. Longtemps contraints aux marges, les discours de l’extrême droite sont aujourd’hui portés plus ouvertement par ses propagandistes »

Le collectif Emma Goldman aborde les contextes, les frustrations collectives, les terreaux sur lesquels les forces d’extreme-droite se construisent comme légitimes, « Dans cet ouvrage, nous, le Collectif anarchiste Emma Goldman, souhaitons aborder de front le problème du populisme et de l’extrême droite tel qu’il se présente au Saguenay-Lac-Saint-Jean ».

L’exploration des groupes québécois d’extrême droite commence par le versant religieux intégristes. Quelques éléments choisis dans cette documentation.

* Les Pèlerins de Saint-Michel ou Bérets blancs, une secte politico-religieuse catholique, un catholicisme intégriste, une vie communautaire « mystique, fermée et séparée du monde moderne », le souhait de « changer le Québec pour en faire un grand couvent »…

* Les fous de Dieu, l’intégrisme chrétien, le Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), l’opposition « au principe de la liberté religieuse de chaque individu », les sympathies d’un évêque aux dictatures, le négationnisme envers le génocide des populations juives par les nazis…

* Des groupes protestants, le refus du droit à l’avortement, l’homophobie, la défense de la « cellule familiale », la Librairie chrétienne de La Baie…

* Les mouvements conservateurs « pro-vie », l’antiféminisme militant, les batailles juridiques contre les établissements pratiquant l’avortement…

* La Fédération des Québecois de souche (FQS), des nationalistes blancs, des admirateurs d’Adolf Hitler et du Ku Klux Klan, le Mouvement national-socialiste français (MNSF) se revendiquant néo-nazi, la promotion de la ségrégation et du racisme, la réhabilitation des idées fascistes sous des images plus acceptables, « L’image a été changée, mais ce n’était qu’une façade. Les thèmes de base du mouvement comme les théories raciales, l’opposition à l’immigration, au métissage, à la diversité et au multiculturalisme ainsi que le réseautage avec les groupuscules néonazis de différents pays sont demeurés inchangés », la valorisation d’une conception « ethnique » de l’identité, l’instrumentalisation d’une conception étriquée de la laïcité et l’islamophobie…

* Les « Nationaliste de Saguenay », le white power et le harcèlement des militant·es antifascistes, la complicité de médias, la xénophobie et le racisme, la haine libérée…

* Le Mouvement Tradition Québec « désirant être par sa nature le glaive temporel de l’Eglise catholique et romaine au Québec », la valorisation de la mère au foyer, le sexisme et l’homophobie, l’instrumentalisation des signes religieux dans les lieux publics…

* La Meute, Storm Alliance, le confusionnisme, « Le vernis n’est pas si épais puisque leurs cibles demeurent l’immigration prétendument massive, le multiculturalisme, la gauche et les musulman·es », l’intolérance au nom… de la tolérance, les réseaux sociaux et la rue, les auxiliaires de la police…

Les auteurs et autrices considèrent que le populisme et le fascisme sont les deux faces d’une même médaille. Iels soulignent que les populistes cultivent le ressentiment de populations dans une optique très conservatrice et excluante. C’est d’une certaine façon la valorisation d’une société illusoirement fermée, recroquevillée sur un passé qui n’exista jamais. Les populistes veulent incarner un peuple sans citoyenneté, les expressions des frustrations et des peurs (en complément possible, Laurence De Cock, Régis Meyran : Paniques identitaires. Identité(s) et idéologie(s) au prisme des sciences sociales, identites-fantasmees-ou-figees-le-refus-de-legalite-et-de-la-liberte/).

Les auteurs et autrices soulignent, à juste titre, que le néolibéralisme s’accommode très bien de la xénophobie. Iels parlent de cette fantasmatique « majorité silencieuse » base espérée des populistes et de la démagogie médiatique, « le populisme c’est aussi les interventions démagogiques des radio-poubelles contre le syndicalisme, les groupes de pression, les services publics, l’immigration, etc. », de l’invention d’un « Nous » excluant, de l’instrumentalisation de la laïcité au bénéfice du groupe religieux dominant, des campagnes médiatiques contre celles et ceux qui contestent et/ou font parti de groupes opprimés, de la droite libertarienne, du nationalisme dans une puissance dominante…

Il me semble discutable de simplement signaler que pour certains « la démocratie est synonyme de dictature de la majorité et l’élu est le mandataire de cette majorité ». Si les « mandataires » devraient être révocables par les collectifs de citoyen·es suivant des modalités à préciser, l’absence de chambres multiples garantissant le principe de subsidiarité et permettant que des « minorités » ou des « majorités minorisées » ne soient pas minoritaires en tout, est un réel problème démocratique dans nos sociétés. Cela est valide, par exemple, pour des minorités nationales ou pour les femmes par exemple. Ce qui pose aussi le problème d’une chambre des conflits lorsque les différents niveaux d’organisation démocratique ne trouvent pas de solutions satisfaisantes pour toustes. Les « mandataires » pourraient être soient des élu·es au suffrage universel soient des délégué·es d’assemblées pour les espaces démocratiques plus circonscrits.

Le collectif propose une brève chronologie de la droite populiste et de l’extrême droite du début du XXème siècle à aujourd’hui.

En conclusion, les membres du collectif Emma Goldman indiquent que les actes des groupuscules d’extreme-droite ne doivent pas perçus et nommés comme des « acte isolé ». Iels soulignent que les formules « anti » sont toujours insuffisantes « parce que purement négatives » et proposent de « ranimer l’espoir en un avenir meilleur « en proposant autre chose que l’ordre des privilèges et d’exploitation que nous imposent l’Etat et le capitalisme ». Les alternatives crédibles et à vocation majoritaire ne peuvent se baser sur les émotions et les ressentiments.

Je souligne les paragraphes sur l’auto-organisation et l’autogestion, l’éducation populaire, les liens de solidarité et la coopération, l’égalité, la démocratie directe. L’absence de proposition institutionnelle reste une limite importante des courants radicaux, libertaires ou non.

L’extrême-droite valorise le foyer et l’enfermement des femmes pour le bien de la « nation » ou de la « race », « Ce discours contribue également au ressac contre des avancées obtenues par les femmes, comme l’autonomie financière due au travail salarié, le droit à l’avortement, ainsi que le droit de fonder une famille pour les conjointes du même sexe ». Les visions nationalistes ou la soi-disante égalité-déjà-là concourent à obscurcir les enjeux émancipateurs et à diviser les femmes…

Les auteurs et autrices affirment enfin leurs positions contre le racisme « le racisme est un sytème d’oppression et d’exploitation », les critères essentialistes et les assignations, la colonisation – en particulier dans le contexte canadien, celle des Premières Nations. Je souligne les paragraphes sur les combats et les droits de ces populations. Iels discutent aussi du nationalisme, de l’appartenance identitaire, des rapports de domination basé sur le genre et les orientations sexuelles, etc.

Au delà d’appréciations politiques qui me paraissent discutables, ce livre permet à la fois de comprendre les ressorts et les actions de groupes d’extrême-droite dans le contexte du Québec, d’analyser les « ressentiments » cultivés par les populistes, de souligner des traces vivaces du passé immonde et de réfléchir aux alternatives à construire. Il est important de ne rien céder sur l’anticolonialisme et sur les droits des amérindien·nes, sur les droits des femmes, sur l’égalité réelle des êtres humains, sur l’auto-organisation des populations…

Collectif Emma Goldman : Combattre l’extrême droite et le populisme

L’expérience du Saguenay-Lac-Saint-Jean

M Editeur, Saint-Joseph-du-Lac (Québec) 2020, 152 pages

http://m-editeur.info/combattre-lextreme-droite-et-le-populisme/

Didier Epsztajn

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