Privilège et impunité, arrogance et haine débridée, misogynie et racisme, rivalité et solidarité…

Une salle, un homme, il n’a pas levé la main, il n’a pas attendu qu’on lui donne la parole, il parle haut et fort sans regarder la conférencière, « il parle depuis la position de celui qui a tout compris »…

Martine Delvaux indique qu’il aurait fallu ne pas répondre et laisser tomber son regard à coté, faire à lui « ce qu’on fait aux femmes depuis toujours : l’effacer, l’invisibiliser, pour qu’il ne compte pas ». Une des manières de mettre à jour le privilège masculin est bien de refuser de participer à sa mise en scène bruyante ou à bas bruit…

De ce petit livre plein d’humour, brisant l’harmonie masculine du monde, mettant à nu des lieux et des pratiques de socialisation réservés aux mâles, je ne souligne que certains points.

Sommaire : Ces hommes qui posent des questions ; Des filles en série aux boys clubs ; Figure, images, montage ; Origines ; Des hommes, ensemble ; Les fidèles ; Les good old boys ; Le Donald ; Le joyau de la Couronne de Palm Beach ; Xanadu ; Des villes à eux ; Architectes du monde ; Le règne de la beauté ; Terroristes ; S’habiller pour gagner ; Blancs ; Gouvernement ; Monsieur Tout-le-Monde ; Chasseurs ; Boys will be boys ; Ligues du LOL ; Le principe de la Schtroumpfette ; L’effet papillon.

« J’étais coupable de réclamer l’égalité, d’exiger la justice. J’étais coupable de renvoyer, sans cesse, l’image-témoin de corps de femmes violés, battues, assassinées ». Il faudrait ajouter la négation des qualifications des femmes, leur travail salarié moins payé que celui des hommes (dans l’état français les hommes gagnent en moyenne 32% de plus que les femmes, un privilège et des espèces sonnantes et trébuchantes – sans que cela signifie que les hommes salariés soient suffisamment payés), l’assignation au travail domestique dont les hommes se dispensent, etc…

Les hommes, « sans autre qualification que de ne pas être des femmes », l’entre-soi, les boys club… L’autrice explore des mises en scènes, des films, des séries, le glissement entre « l’esthétique et la politique ». Elle invite les lectrices et les lecteurs à la suivre « pour voir ce que les hommes font ensemble, quel genre de club ils inventent ».

Des images et des figures, l’invention de « LA » femme, Martine Delvaux pose son regard « sur la manière dont les hommes sont mis en image, et en particulier lorsqu’ils sont plusieurs », refuse la paresse « qui nous incite à laisser glisser les images », fait défiler les représentations et surgir le boys club, donne à voir la « mécanique de pouvoir ». Elle analyse les figures et les dispositifs, « Le boys club emprunte à la machine et à la discipline ; il est éléments de grammaire dans le langage des rapports de sexe », la répétition qui fait disparaître l’image. Elle se propose de détacher le boys club « du domaine de la tradition », de dépasser le rituel… pour souligner la politique…

Remontée dans le temps, le rôle de l’Eglise et de l’armée, ces lieux non-mixtes, « comme l’hypostase du boys club, son incarnation la plus forte », les clubs privés en Grande-Bretagne, la séparation des sexes « socialement et spatialement », le club comme lieu de repos et de confort « sans la présence dérangeante des femmes ».

« Les clubs participent de la fabrication d’une persona publique pour les hommes ». Martine Delvaux parle de fuite hors la « domesticité », d’« identité collective masculine », des hommes ensemble, de l’exclusion des femmes « de manière à préserver leur valeur d’échange », des femmes acceptées sous forme d’images comme les photos pornos dans les casernes (j’ajoute les esclaves sexuelles dans les bordels), de mépris et de haine des femmes, de clubs de prestige et des lieux de rencontre masculine, des boys et des frères, de Donald Trump « à lui seul un boy club ».

Je souligne les pages sur la présidence étasunienne, la référence cinématographique à Citizen Kane et à Xanadu, les lieux et les villes, l’occupation des espaces publics, les équipements consacrés aux sports pratiqués par les garçons, « Les lieux existants, au contraire d’inclure, excluent », la mâle architecture et les agencements pensés au masculin, les lignes masculines valorisées et les lignes féminines décoratives, la négation de la dimension politique de l’architecture…

J’ai notamment été intéressé par le chapitre « Terroristes », les développements sur le travail de Catharine MacKinnon, « la violence contre les femmes est une forme de terrorisme », les catégories du regard, les corps gouvernementaux et policiers, « D’un coté, des filles en série invisibilisées par leur mise à mort ; de l’autre, des boys club formés par une majorité d’homme blancs en complet-cravate, invisibles dans leur exercice du pouvoir », ces tueurs « des jeunes hommes rageusement misogynes et suprémacistes blancs »…

Ne connaissant pas les films et les séries citées et analysées, je m’abstiens sur ces sujets. D’autres pourront en travailler les principales idées.

L’autrice parle de jouet (la barbie architecte), de vêture, d’un adage faux, « non seulement l’habit fait le moine, mais il fait de celui-ci un homme », de ces foules d’hommes qui se tiennent « comme si s’ils en étaient un seul », du masculin universel et de la figure d’un homme plus souvent que d’une femme, de l’histoire de l’humanité réduite à l’histoire masculine, « Pourtant, ces faits sont dé-faits quand on lève le voile sur le mythe de l’universalité masculine ». Si la masculinité et la blancheur restent innommées, c’est qu’elle vont de soi, qu’elles n’ont pas à être interrogées, elles existent par défaut », des privilèges d’appartenance à la tribu, des communautés qui sont nécessairement celles des autres, des hommes considérés comme non marqués par leur sexe « alors que les femmes sont le sexe et le sexe essentiellement »…

La peau blanche, le sexe masculin forment la référence dans nos sociétés, ils sont frappés d’invisibilité et celles et ceux qui le font remarquer sont accusé·es et injurié·es. L’autrice insiste sur le sens des phrases. Il ne faut pas dire les femmes battues mais bien que les hommes les battent. Elle aborde aussi l’« évangile de la méritocratie technologique », le gouvernement des hommes, les chasseurs, les incels (mouvement des célibataires involontaires), « Si les incels constituent un mouvement qui repose principalement sur le web, il opère une littéralisation du lien entre chasser et une autre forme de chasse qui consiste à faire la cour : on tue des femmes qui ont été chassées, à des fins sexuelles, sans avoir avoir été attrapées. Le sexe est remplacé par le meurtre, le rapport sexuel par une utilisation assassine et terroriste de l’arme ou du véhicule », la haine des femmes, les viols collectifs et le viol comme arme de guerre, l’importance pour les hommes d’être regardés et reconnus par les autres hommes, la ligue du lol, la moquerie, « La moquerie est l’antichambre de la violence ; elle en est la trame sonore », l’occupation sonore de l’espace par les rires et les blagues des hommes…

Je souligne le chapitre titré « Le principe de la schtroumpfette », la femme trouble-fête, les images des femmes au cinéma, « le cinéma qu’on aime cependant même qu’il nous blesse ». L’autrice nous invite à « quitter l’état de distraction, pour ensuite engager la pensée »…

Martine Delvaux propose de profaner le dispositif du boys club, de lui enlever ce qu’il lui reste de sacré, de dire contre « les mille injonctions au silence ». Elle termine justement : « Je le ferai, tout simplement, parce que nos vies comptent »

Le titre de cette note est empruntée au chapitre dix-neuf de l’autrice.

Les réunions non-mixtes de femmes ont été et sont décriées comme du « sexisme » du « communautarisme », du « séparatisme »… Ceux qui semblent le plus offusqués de la nécessaire auto-organisation des femmes oublient les rapports asymétriques de pouvoir entre les sexes, les lieux toujours interdits aux femmes, même lorsqu’ils bénéficient de subventions européennes comme République monastique du Mont-Athos en Grèce et les milliers de lieux interdits d’accès ou de pratiques à des êtres humains parce qu’elles sont des femmes… Les hommes savent protéger leurs lieux et leurs pouvoirs…

Martine Delvaux : Le boys Club

Editions du Remue-Ménage, Montréal (Québec) 2019, 232 pages, 16 euros

Didier Epsztajn

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