Les violences masculines envers les femmes ne surgissent pas de nulle part

« une femme sur dix subit des violences conjugales au sein de son couple, 75 000 femmes sont violées chaque année, une femme meurt tous les deux à trois jours sous les coups de son conjoint ». Dans leur introduction, Pauline Delage, et Hélène Tanné abordent, entre autres, les différentes formes de violences exercées sur les femmes, les marqueurs d’une société inégalitaire, les atteintes à l’intimité, les violences comme système, « Elles puisent leur origine dans les rapports de domination hommes-femmes, en même temps qu’elles participent à les entretenir », le relatif silence « qui se nourrit de nombreux mythes »…

Elles présentent le colloque. « Les trois axes de réflexion proposés qui ont structuré la journée d’étude sont ainsi repris : analyse des pratiques, formes et effets de l’institutionnalisation et retour sur les enjeux scientifiques et politiques de la lutte contre les violences contre les femmes ».

 

Sommaire

Introduction. Pauline Delage, Hélène Tanné

Table-ronde 1 : Accompagner les femmes victimes de violences, retours sur les pratiques

Introduction : Du privé au politique : les violences faites aux femmes et l’institutionnalisation des prises en charge. Natacha Chetcuti, Claire Grangeaud

Espaces et pratiques du collectif : Des initiatives du Mouvement des femmes à leur formalisation par les associations spécialisées. Pauline Delage

Quelle approche féministe des violences contre les femmes étrangères en France ? Claudie Lesselier

La question de l’enfant dans les violences conjugales : quand les intervenant.e.s requalifient la « femme victime » en « mère responsable ». Marie-Laure Déroff

Table-ronde 2 : Lutte contre les Violences faites aux Femmes : Quels leviers juridiques en France et en Europe ?

Introduction. Lucile Routchenko, Valentine Baleato

Le genre et la jurisprudence de la CEDH : une réelle consécration d’un droit du genre au titre de la violence ? Cynthia Macquet-Baudry

Violences sexistes dans le couple et expériences des femmes par rapport à la justice en Espagne. Glòria Casas Vila

Femmes migrantes victimes de violences conjugales : Quelle protection réelle ? Isabelle Carles

Table-ronde 3 : Penser les violences, l’évolution des discours et des controverses

Introduction. Hélène Tanné

Les campagnes publiques de lutte contre les violences envers les femmes en France et au Chili (2006-2010) : représentations des victimes et des auteurs de violence. Myriam Hernandez Orellana, Stéphanie Kunert

Masculinisme et relativisation des violences faites aux femmes : détournement et instrumentalisation des recherches féministes Jean-Raphaël Bourge

Clôture. Catherine Seurre

Les violences envers les femmes ne sont pas des phénomènes isolés. Ces violences – faut-il encore le rappeler – sont en premier lieu exercées majoritairement par des hommes (il faut nommer les auteurs de violence). Les apports des analyses et des théorisations de feministes sont, à mes yeux, incontournables pour aborder l’ensemble de ces violences, qu’elles soient économiques, physiques et psychologiques, institutionnelles ou non, ou une combinaison dynamique de celles-ci. Il faut à la fois historiciser et qualifier les diverses formes de violences et refuser les approches psychologisante ou culturaliste, une autrice souligne par ailleurs que « le viol est une question de pouvoir, pas de sexualité ». Il convient aussi d’analyser l’institutionnalisation de la prise en charge et ses conséquences pour l’autonomie des femmes, les conséquences de la réduction des services publics et du report des charges sur les femmes – les hommes se dispensant majoritairement du partage de ce travail et de la charge mentale liée -, l’importance du collectif à l’heure de la désagrégation des actions publiques.

L’expertise développée par les collectifs de femmes (les initiatives du mouvement des femmes et les espaces non-mixtes) a permis de construire des pratiques spécifiques, en particulier dans la lutte contre les violences exercées sur les femmes et les enfants dans les cadres familiaux. Les femmes ne doivent pas être réduites au statut de victime mais considérées comme des « expertes de leurs propres expériences ».

Les textes présentés abordent ces sujets sous différents angles, et sont complétés par des bibliographies. Je ne détaille pas l’ensemble des sujets traités. Je choisis subjectivement de mettre l’accent sur certaines analyses.

Les violences à l’égard des femmes étrangères, l’importance de la protection des droits humains, le frein que constitue des droits subordonnés à ceux du conjoint, les approches culturalistes alors que les violences masculines envers les femmes traversent tous les milieux, les violences institutionnelles dont la caractérisation administrative comme sans-papier, le contrôle – au nom de l’« honneur », du « maintien des traditions », de l’« identité » à préserver – ici comme dans d’autres contextes, les hommes considèrent que les femmes leur appartiennent (individuellement et/ou collectivement), les instrumentalisations xénophobes qui ne peuvent cependant soustraire à la réflexion les violences contre les femmes étrangères. Claudie Lesselier insiste, entre autres, sur la dissymétrie institutionnalisée entre « français·e » ou résident considéré comme légal et celle dont le titre de séjour dépend d’un homme, sans oublier celles qui sont considérées comme résidentes illégales…

Une légende veut qu’un mari violent envers sa conjointe puisse être un « bon père » pour les enfants ! Cela s’accompagne d’une requalification des femmes violentées en mères responsables, « La femme est victime de violences conjugales mais cette même personne considérée à partir de son rôle de mère devient responsable des violences qu’elle subit ». Pères violents ou absents, les femmes sont considérées comme seules protectrices d’elles-mêmes et des enfants. Une coupable idéale pour dénier les responsabilité sociales et politiques des hommes et des institutions…

Le caractère inachevée des dispositifs juridiques n’interdit cependant pas de les utiliser au niveau national ou européen, « La Convention d’Istanbul pourrait en ce sens en constituer le marquer historique, et si les Etats ne semblent pas pressés de s’en saisir, c’est bien aux militantes féministes qu’il revient d’agir pour les y inciter ». Les notions de violation des droits humains, d’atteinte à la dignité de la personne, restent un socle d’intervention, même si beaucoup de violences exercées sur les femmes ne sont pas considérées comme des violences de genre.

J’ai notamment apprécié l’article de Gloria Casas Vila sur le traitement des violences sexistes dans l’Etat espagnol, la conceptualisation des violences, les mesures préventives de sensibilisation, l’interdiction du recours à la médiation pénale, la loi intégrale et ses limites, le phénomène des « contre-plaintes » et les condamnations mutuelles, la désinformation des femmes, la manque de diligence pour obtenir des preuves, les campagnes de l’extrême droite contre la loi. Il convient, comme l’écrit l’autrice de « mettre au centre la protection des droits humains de toutes les femmes, sans discriminations »…

L’article sur les femmes migrantes victimes de violences conjugales en Belgique pose la question de la protection réelle. « La visibilité des femmes migrantes n’est dès lors pas due à l’existence d’une violence domestique plus importante parmi les couples étrangers ou mixtes. Elle doit être davantage mise en lien avec la grande précarité de la situation juridique, administrative et économiques de ces femmes, due notamment à leur statut d’étrangère dans le pays de résidence, lequel engendre une série de conséquences négatives quant à leur possibilité d’avoir accès à une protection adéquate même lorsque cette dernière existe pour les étrangères ». La question des droits individuels est donc aussi posée et la protection contre les violences doit être étendue à la protection contre l’expulsion, « L’exception à la fin du droit au séjour pour le motif de violence conjugale constitue en effet une disposition novatrice car ce moyen juridique permet de nuancer l’application d’une mesure grave qu’est le retrait de la carte de séjour »…

Le langage, la terminologie, les qualifications, les discours contre la loi du silence, la réduction victimaire et les capacités de réaction et d’action contre les violences. L’inversion des responsabilités et les thèses masculinistes de la responsabilité des femmes dans les violences des hommes, la symétrisation des violences, « Comme les rapports sociaux et les rapports de pouvoir, les représentations se recomposent, intégrant les résistances au discours féministe, scientifique et militant »…

Je souligne dans la troisième partie la comparaison entre les campagnes publique de lutte contre les violences envers les femmes en France et au Chili, la différence des représentations des victimes et des auteurs de violence, la réduction du problème des violences aux violences physiques au sein du couple, la naturalisation des femmes en victimes impuissantes…

Un article est consacré aux masculinistes, au courant anti-féministe, au retournement victimaire. Sur ce point je rappelle deux livres récents :

Sous la direction de Christine Bard, Mélissa Blais, Francis Dupuis-Déri : Antiféminisme et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui, refus-des-droits-et-de-lautonomie-des-femmes-reaffirmation-du-pouvoir-des-hommes/

Francis Dupuis-Déri : La crise de la masculinité. Autopsie d’un mythe tenace, le-supremacisme-male-et-son-discours-contre-legalite/

Les violences masculines envers les femmes sont un fait politique et social, elle doivent être abordées comme un système à renverser…

Violence envers les femmes

Enjeux politiques, scientifiques et institutionnels

Actes du colloque. 26 février 2013

Collection Hubertine en Actes, 80 pages

https://m.centre-hubertine-auclert.fr/outil/actes-du-colloque-violence-envers-les-femmes-enjeux-politiques-scientifiques-et

Didier Epsztajn

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