Le coin du polar (juin 2020)

Lovecraft en Noir

Le monde de Lovecraft fait partie du fantastique, univers de la terreur où n’importe quel objet peut se transformer menace et arme de destruction. Peuplé de créatures bizarres et de sorciers dotés de pouvoirs mystérieux, l’être humain doit sublimer ses fantasmes pour lutter et survivre.

« Lovecraft country », indique que la référence sera la création littéraire de cet auteur additionné d’autres évocations d’auteurs de science-fiction pour jeter ces germes dans les États-Unis de 1954, à Chicago et en faire l’intrigue d’une loge franc-maçonne africaine-américaine. Le racisme est ouvert surtout franchit les limites de la Ville, plus spécifiquement les frontières des deux ghettos. Un racisme assassin. Circuler pour les Noirs est déjà un univers fantastique. Le monde de Lovecraft, du coup, fait figure d’une peur moins grande que la peur quotidienne, que le simple fait de circuler.

Matt Ruff en confrontant ces deux mondes – celui de la réalité et celui imaginaire – permet de dénoncer le racisme comme jamais tout en proposant des échappées libres qui représentent autant de revanches sur la réalité. Pour écrire ce roman, il prétend avoir découvert que des Africains-Américains pouvaient être accro aux livres de science fiction et de fantastique malgré le fait que ces auteurs étaient tous Blancs.

Le pied de nez final est savoureux. Le sorcier, privé de ses pouvoirs, voue aux gémonies ces Noirs qui ont réussi à percer ses secrets et leur promet de « pourrir » leur quotidien grâce à ses séides des loges existantes. Un immense éclat de rire collectif répond à ces volontés de revanche. Le quotidien est déjà pourri par le racisme. Difficile de faire mieux !

Une manière aussi de se moquer des croyances et de prôner la solidarité de tous et de toutes pour résister et faire œuvre d’émancipation.

En fonction des derniers événements et des déclarations d’un président américain, on se demande si la réalité ne dépasse pas la fiction.

Matt Ruff : Lovecraft Country, traduit par Laurent Philibert-Caillat, 10/18


Portrait de trois femmes israéliennes

Dror Mishani avait créé un curieux enquêteur, Avraham, en proie à des doutes, à la culpabilité, aux questions de son quotidien, de ses amours qui ne durent pas toujours pour conduire des enquêtes qui laissaient un air d’inachevée comme s’il n’était pas possible d’avoir toutes les réponses.

« Une, deux, trois », nouvel opus de cet auteur israélien, tait le nom du détective pour s’attacher aux destins de trois femmes qui tomberont amoureuses du même homme, Guil, qui joue au chat et à la souris avec elles. Les sites de rencontre sont les lieux de ses conquêtes. Il sait donner de l’importance à ces femmes, leur donner l’impression d’exister, d’être maîtresses de leur destin dans une société profondément patriarcale. Orna, Emilia et Ella se débattent dans la toile d’araignée que Guil tisse consciencieusement et patiemment. Le retournement final n’est pas une surprise. La surprise est pourtant double. Un, la prise de conscience de leur vie un peu obturée par le manque de rêves et le poids des réalités quotidiennes et l’énigme que représente le meurtrier. Le pourquoi s’est englouti dans la ville de Tel-Aviv, la quatrième femme de ce roman faussement policier.

Dror Mishani : Une, deux, trois, traduit par Laurence Sendrowisz, Série Noire/Gallimard


Shakespeare en vengeur

« La tempête » est l’une des grandes créations de William Shakespeare. Le bade fait appel au fantastique, aux sorciers. Un navire en perdition, une île, un roi sans royaume, un mage, des enfermements, des vengeances… Une histoire de bruits et de fureurs… « Graine de sorcière » est une réflexion de Margaret Atwood sur l’actualité du dramaturge anglais. L’intrigue est celle de la pièce de théâtre pour permettre à la vengeance personnelle de Félix Phillips, ex metteur en scène licencié brutalement à la suite d’une cabale pour permettre la montée en puissance d’un politicien canadien. Pendant 15 ans il vivra en reclus avec le fantôme de sa fille morte lorsqu’elle avait trois ans. Il trouvera la voie du retour, de la libération grâce à… des résidents d’un pénitencier. Il montera une troupe et « La tempête » lui permettra d’assouvir sa vengeance pour renaître.

Le théâtre comme leçon de liberté.

Margaret Atwood : Graine de sorcière, traduit par Michèle Albaret-Maatsch, 10/18

Nicolas Béniès

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