Rues, monuments et crimes coloniaux à Marseille

Dans le monde, dans chaque ville marquée par des symboles du racisme et du colonialisme on déboulonne les statues et on débaptise les rues. Marseille est une ville coloniale qui regorge de tels symboles. Ville coloniale déchue, dirigée depuis longtemps par une bourgeoisie mercantile, affairiste, mafieuse, imprévoyante et irresponsable. Elle en porte toujours les stigmates : monuments, noms de rue, parcs, façades d’immeubles, de compagnies maritimes, de banques coloniales… qui témoignent des « splendeurs » passées de l’empire colonial mais aussi plus directement des crimes coloniaux.

En l’honneur des « héros » de la conquête sanglante de l’Algérie

Il y a à Marseille des enfants et leurs parents, des enseignants et du personnel des écoles, qui vont chaque jour à l’École Bugeaud, située dans le 3ème arrondissement, au fond de la rue… Bugeaud, à côté de la caserne du Muy. Sans que cela semble-t-il ne suscite la moindre protestation.

Bugeaud écrivait le 18 janvier 1843 au général de la Moricière : « Plus d’indulgence, plus de crédulité dans les promesses. Dévastations, poursuite acharnée jusqu’à ce qu’on me livre les arsenaux, les chevaux et même quelques otages de marque… Les otages sont un moyen de plus, nous l’emploierons, mais je compte avant tout sur la guerre active et la destruction des récoltes et des vergers… Nous attaquerons aussi souvent que nous le pourrons pour empêcher Abd el Kader de faire des progrès et ruiner quelques unes des tribus les plus hostiles ou les plus félonnes. » 

Le 24 janvier il écrit au même : « J’espère qu’après votre heureuse razzia le temps, quoique souvent mauvais, vous aura permis de pousser en avant et de tomber sur ces populations que vous avez si souvent mis en fuite et que vous finirez par détruire, sinon par la force du moins par la famine et les autres misères. » Bugeaud déclare dans un discours à la Chambre le 24 janvier 1845 : « J’entrerai dans vos montagnes ; je brûlerai vos villages et vos moissons; je couperai vos arbres fruitiers, et alors ne vous en prenez qu’à vous seuls. »

Tout à côté se trouve la rue Cavaignac qui utilisa pour la première fois le 11 juin 1844 la pratique des enfumades. Plusieurs centaines de Sbéhas, sont ainsi asphyxiés dans les grottes où ils se sont réfugiés. Bugeaud, admiratif déclare alors « Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas ! Enfumez-les à outrance comme des renards ». Ce qui fut fait le 18 juin 1845 dans les grottes du Dahra où fut exterminée toute une tribu, hommes, femmes et enfants, entre 700 et 1200 personnes selon les estimations.

Citons également le Monument des « Mobiles, en haut de la Canebière sur lequel se trouve une inscription, plutôt inattendue en ce lieu, peu remarquée et peu connue des générations de militants qui se rassemblent, ici, au départ des manifestations. Ce monument est destiné, en effet, à commémorer la mémoire des habitants des Bouches-du-Rhône enrôlés et morts dans la guerre de 1870-71. On pourrait croire, donc, qu’il s’agit uniquement de la guerre contre les Prussiens.

Sur l’une de ses faces est rendu hommage au 45ème régiment de marche formé par les gardes mobiles des Bouches-du-Rhône chargé de réprimer, en 1871, « l’insurrection arabe de la province de Constantine », c’est à dire la grande révolte populaire partie de Kabylie dont le cheik El Mokrani avait pris la tête.

Cette répression fit plusieurs dizaines de milliers de victimes, des centaines de Kabyles furent déportés à à Cayenne et en Nouvelle-Calédonie, des villages entiers furent brûlés et rasés, 450 000 hectares de terres furent confisquées et distribuées à de nouveaux colons.

Après la seconde guerre mondiale, un certain nombre de plaques furent rajoutées sur le monument pour rendre hommage à la contribution de certaines communautés à la libération de Marseille (Grecs, Arméniens, Juifs combattants de la Résistance). Dans les années 1960 et 70 enfin ce fut le tour de plaques à la mémoire des victimes civiles européennes et des harkis morts pendant la guerre, aux soldats morts en Afrique du Nord entre 1952 et 1962, aux soldats du corps expéditionnaire français en Indochine. Vous n’y trouverez pas mention de la contribution des régiments de Tirailleurs algériens et de Tabors marocains qui, aux côtés des combattants de la Résistance ont libéré Marseille, déboulant du boulevard de la Libération (alors boulevard de la Madeleine), juste derrière le monument. Plusieurs centaines de soldats marocains, algériens et tunisiens ont pourtant perdu la vie ou ont été blessés dans ces combats.

On pourrait parler encore de la rue d’Isly ou de la rue Mazagran et bien d’autres encore, il y aurait de quoi fournir un bel annuaire colonial.

Les expositions coloniales de 1906 et 1922 : Parc Chanot et l’Escalier monumental de la Gare Saint Charles

En cours de rédaction.

En attendant le texte, quelques photos, du Parc Chanot où se déroulèrent les deux expositions et de l’escalier monumental de la Gare St Charles prévu pour l’exposition de 1922 mais inauguré seulement en… 1925 avec ses bas reliefs ouvertement colonialistes et racistes.

Alain Castan

http://www.courtechel-transit.org/2020/06/rues-monuments-et-crimes-coloniaux-a-marseille.html?

Photos de l’auteur

Les colonies d’Afrique, vue de face

Les colonies d’Afrique, vue de dos

Les colonies d’Asie

 

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