Ne pas oublier ceux qui désobéirent, qui osèrent dire NON

« Honneur à vous, les insoumis, les déserteurs, les objecteurs, les réfractaires qui avez eu le courage de « résister », de dire non, à la pacification, à la torture, aux répressions, aux camps d’internement, le courage de « désobéir aux ordres », à la loi même, aux violations des droits de l’homme, droits individuels et collectifs, droit à l’autodétermination et à l’indépendance du peuple algérien ». Jean-Jacques de Félice commence ainsi sa préface L’honneur des réfractaires.

Le préfacier parle d’obéissance aux valeurs essentielles, de désobéissance aux ordres injustes, du refus de la fatalité et de la participation « au nom du peuple français », de la lutte de libération nationale, de ceux à l’opposé qui (ici en 1956) firent serment « jamais nous ne descendrons le drapeau de la France dans nos départements d’Algérie et à partir d’aujourd’hui, nous mènerons une guerre implacable contre eux, les terroristes, les fellagas, les ratons, toute cette vermine… » (il aurait fallu ajouter ceux qui votèrent les pleins pouvoirs au gouvernement dont les députés de la SFIO et du PCF).

Il ne faut se tromper. Il a fallu des années de combat pour que soit reconnue cette guerre – et non des opérations de police – qu’a mené l’Etat français contre le peuple algérien, en violation du droit international, du droit à la décolonisation et à l’autodétermination. Reste encore à faire reconnaître les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par cet Etat et ses forces armées ou de police. Reste à construire un musée de la colonisation dans lequel devraient être remisées les statues érigées à la gloire des sabreurs, des assassins galonnés, des enfumeurs, des pacificateurs, des destructeurs des villes, des exterminateurs et autres massacreurs…

Jean-Jacques de Félice indique « Le temps est enfin venu de faire connaître le message de ces réfractaires et les conséquences de leur refus pour mieux révéler ce qui a été caché, occulté, passé sous silence, pour des raisons évidentes liées à notre Histoire nationale ». Il invite à penser la désobéissance civile, l’action et l’engagement politique ; il rappelle aussi l’engagement d’intellectuel·les et les appels à l’insoumission.

« En défendant les déserteurs portugais face à la guerre coloniale d’Angola et du Mozambique, les déserteurs américains face à la guerre du Vietnam, j’ai constaté que, comme vous, ils avaient modelé, modifié, leurs opinions publiques dans leurs propres pays, et fait avancer des solutions de paix ».

Action civique non violente (ACNV). Une cinquantaine de personnes, tous anciens réfractaires à la guerre d’Algérie expliquent l’histoire de l’ACNV, le besoin de ce livre, leur histoire particulière. Un livre qui déborde la seule guerre d’Algérie comme le montre le communiqué de presse Réfractaires et « refuzniks ». Ils ont su dire non. Et au delà des modalités propres du refus, l’appellation de réfractaire peut les qualifier tous.

Erica Fraters (un nom collectif, anagramme du mot Réfractaires) revient sur quelques faits annonçant la guerre d’Algérie, l’insurrection déclenchée le 1er novembre 1954, les difficultés à s’opposer à la guerre, les premiers pas de l’ACNV, l’accueil des réfractaires et les structures développées, « La condition de base, essentielle, qu’exigeaient les animateurs était de respecter une attitude non violente pendant la durée de l’action et également de s’engager jusqu’à la fin de la guerre », le Manifeste des 121, les parcours, les préparations des procès, le service civil, les renvois de livret militaire, le statut d’objecteur, l’après cessez-le-feu, la solidarité en procès, les tribunaux militaires et les prisons,

Une contribution sur la violence et la non-violence, les moyens de s’opposer à la guerre, les soutiens aux luttes de libération nationale contre ses propres structures étatiques…

Erica Fraters : Réfractaires à la guerre d’Algérie 1959-1963

Editions Syllepse, Paris 2005, 224 pages, 18 euros

https://www.syllepse.net/les-refractaires-a-la-guerre-d-algerie-1959-1962–_r_89_i_275.html

Didier Epsztajn

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