Le coin du polar (mai 2020)

L’Amérique de Trump

Curieuse histoire que raconte Frédéric Andrei dans « La reine des putes », un titre qui attire l’attention mais aussi la détourne. Une histoire de San Francisco, de ces anciens hippies qui atteignent la cinquantaine et ne veulent pas abandonner les rêves de leur adolescence tout en tombant, une fois encore, dans l’amour. Une autre trajectoire rencontrera la précédente de laissés pour compte de cette société inégalitaire. Le tout synthétisé par deux figures de femme. La révolte est drainée par ces sociétés pétrolières qui exploitent le gaz de schiste responsables de dégâts durables sur l’environnement. Lecture essentielle qui guérit de toutes les publicités sur la nécessité d’explorer cette ressource. Le prix à payer est énorme non seulement sur les terres arables mais aussi sur la population.


Parme et son commissaire

Valerio Varesi, on le sait, a créé un personnage de commissaire, Franco Soneri, habité par l’histoire de sa ville, Parme et à la poésie comme l’humanité ou la saleté qui suintent dans ses rues et bâtiments. Il voit même dans la brume la plus épaisse, sa ville. Il lui arrive même de la rêver. « Or, encens et poussière » tient dans des personnages qui incarnent des types d’humanité, une histoire d’assassinat d’une femme-caméléon capable de plaire à n’importe quel homme en répondant à ses fantasmes. En arrière-fond, la place des Tsiganes dans cette société, coupables, forcément coupables de tous les mauvais coups. Quelquefois réellement ! Et de celle de l’Église comme de l’appât du gain.. Les pourris des deux côtés se donnent la main. Le commissaire résout l’affaire… mais une deuxième fin surprendra le lecteur. La vie sentimentale du commissaire sert de fil conducteur à l’enquête. Ironie, humour tiennent leur place et le hasard qui fait bien et mal les choses…


L’Amérique de 1950

Thomas Mullen a commencé la saga de la première escouade de 8 policiers Noirs à Atlanta, ville raciste s’il en fut, dans « Darktown », nom du ghetto noir. Le président Truman avait voulu lutter, en cette année 1948, contre la ségrégation dans la police. Les flics noirs, des vétérans de la guerre, devait faire respecter la loi uniquement dans le ghetto. Pour « Temps noirs », on retrouve les deux protagonistes principaux, Lucius Boggs – fils de pasteur, éducation bourgeoise – et Tommy Smith, un nom qui dit son appartenance aux fins de cordée, confrontés au trafic de drogue et aux flics blancs ripoux. Comment mener l’enquête ? Comment éviter les pogroms ? Comment lutter pour la justice ? Les personnages sont vus comme des personnes avec leur spiritualité et leurs tares, ni fondamentalement bon ou mauvais. A juste raison, l’auteur refuse la dichotomie des westerns pour brosser des portraits complexes des courages et lâcheté, attributs des êtres humains. Celui de Jeremiah qui tient beaucoup d’un Jésus, est une réussite. On en redemande.

Nicolas Bénies

« L’histoire de la reine des putes », Frédéric Andrei, Albin Michel

« Or, encens et poussière », Valerio Varesi, traduit par Florence Rigollet, Agullo Noir

« Temps Noirs », Thomas Mullen, traduit par Anne-Marie Carrière, Rivages/Noir.

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