Mes ailes sont devenues trop grandes, je ne peux plus voler

« Un oiseau de mer blanc plane en solitaire à travers les couloirs de l’hôpital de Beckomberga, dans le pavillon Grands Mentaux Hommes. Il est immense et luminescent et dans mon rêve je lui cours après pour tenter de le capturer mais je ne parviens pas à le rattraper à temps : il s’enfuit par une fenêtre brisée et se volatilise dans la nuit »

En premier lieu, une mise en texte, une écriture faite de paroles, en particulier de Jackie ; le temps des souvenirs, celui des rencontres, l’aujourd’hui mêlé à cet hier structurant, « Il n’y a pas de chronologie à ce niveau, il n’y a pas de carte » ; l’enfermement et les sorties… Une écriture faisant sens dans cet univers pour des êtres dans et hors de « châteaux des Toqués », dans cette architecture du chagrin, dans ce temps long d’une structure hospitalière jusqu’au « Dernier patient », dans ces conversions entre une fille et un père, entre celles et ceux qui sont ou furent liés…

Dire les personnes, leurs souffrances et leurs espérances, les lieux, « ce lieu est effrayant dans la mesure où il représente ce qu’il y a de plus imparfait en nous l’échec, la faiblesse, la solitude »…

Jackie et Jim, « Et tandis que je le vois ainsi, dans la lumière, je comprends pour la première fois qu’il n’appartient qu’à lui-même, que beaucoup d’autres gens le rendront heureux et désespéré – pas seulement moi », Jackie et Marion, les autres, les ami·es et les amant·es…

La folie des un·es et notre folie, les territoires non hospitaliers qui refont « de vous un être humain », l’allée des tilleuls, la lumière à l’orée de la conscience, l’idée de bonheur, le surgissement des photos d’enfants, ce que l’on en soi sans le savoir, la mort d’Olof Palme, le chagrin et son image personnalisée, l’alcool, le monde qui n’existe plus, la maladie qui permet de comprendre le monde…

« J’aimerais que tu sois avec moi quand ce sera la fin. Si seulement tu pouvais être avec moi sur la plage quand je m’en irai dans l’eau. J’aurais moins peur comme ça »…

Sara Stridsberg : Beckomberga

Ode à ma famille

Traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud

du monde entier – Gallimard, Paris 2016, 380 pages, 21 euros

Didier Epsztajn

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