Des lunettes pour observer le sexisme et ses effets violents sur les femmes

Je ne rédige qu’une seule note pour souligner quelques analyses. Une revue encore plus indispensable en ces temps de pandémie et de bouleversements socio-économiques, alors que la majorité de la presse contribue à l’invisibilisation des femmes. Je rappelle aussi l’article d’Eliane Viennot :Le Covid-19 s’attaquerait-il aussi à la langue française ? : le-covid-19-sattaquerait-il-aussi-a-la-langue-francaise/

Dans son éditorial du mois d’avril, Sabine Panet revient sur la condamnation Harvey Weinstein, le mouvement #MeToo. Elle interroge sur le changement de lunettes nécessaire, « Va-t-on passer du regard masculin, lourd de désir et de jeux de pouvoir (le « male gaze) », à un regard qui met en relation, performateur, qui crée l’égalité en même temps qu’il la donne à voir », le rôle et les limites de la prison, le paysage cinématographique, l’invisibilisation des violences masculines envers les femmes…

« Les femmes sont touchées de plein fouet par la pandémie du Covid-19 qui a fait basculer nos vies en quelques semaines. Certaines sont malades, d’autres ont perdu la vie – et nos pensées sont avec elles et avec leurs proches. D’autres encore sont concernées parce qu’elles prennent soin des autres, professionnellement ou non. Et, apparent paradoxe, c’est à elles qu’on demande de faire don, une fois de plus, de leur temps, de leurs talents. C’est à elles qu’on demande de diriger leur dévouement, prenant des risques pour elles-mêmes et pour leurs proches, vers les personnes malades, isolées, vers les enfants, vers la confection de masques, de blouses… C’est à elles qu’on demande de rafistoler une société malade… Ce n’est pas faute d’avoir prévenu» Dans son éditorial du mois de mai, « Recoudre l’avenir », Sabine Panet parle de projet collectif aux antipodes du système inégalitaire d’aujourd’hui, du possible backlash très puissant que nous pourrions subir, du féminisme pour changer le monde…

Dossier (avril) : Santé des femmes : pour une médecine aux petits soins

Les biais sexistes et racistes de la médecine, la référence masculine qui prédomine, les différences et leurs conséquences invisibilisées, l’influence du sexe/genre dans la manière dont nous sommes soigné·es, la souffrance physique des femmes peu prise au sérieux, les mauvais diagnostics d’endométriose, les remarques désobligeantes ou sexistes dans les cabinets médicaux, la non-formation du personnel médical aux psycho-traumatismes causés par les violences sexuelles subies, les recherches limitées au « masculin universel », les errances médicales, ce que peut induire des soins par les médecines…

J’ai particulièrement été intéressé par l’entretien avec Vera Regitz-Zagrosek sur la « médecine genrée », les lectures axées sur les femmes, la prise en compte des différences « pour mieux traiter les deux sexes », les interactions entre les dimensions socio-culturelles et le biologique…

Dossier (mai) : Toilettes pour femmes

L’apprentissage de l’inconfort, les effets néfastes du « se retenir », la virilité et le pisser debout, les facteurs culturels et le sexe de la propreté, les aménagements pour les hommes dans l’oubli des femmes, l’absence d’installations sanitaires et les conséquences pour des milliards d’individus, « Aux côtés des conséquences sanitaires pour les femmes et les hommes, et des répercussions sur l’environnement, le problème pointe la question de la santé, de la sécurité et de l’émancipation des femmes. Forcées de sortir la nuit pour satisfaire leurs besoins, elles risquent les agressions. L’absence de toilettes fait également courir plus de risques aux femmes, sujettes à des affections liées à leur sexe : syndrome du choc toxique, infections vaginales ou urinaires, problèmes urologiques pendant ou suite à la grossesse… Le manque d’accès à des sanitaires sûrs et adaptés est aussi une cause de déscolarisation des filles », les lieux publics et le tabou des règles, la précarité menstruelle, le coût et la gratuité possible des « dispositifs périodiques », les espaces mixtes et ceux dédiés aux femmes, les réalités des violences masculines…

Le second article aborde le nettoyage « Qui nettoie le trône, qui récure les petits coins, qui lave les waters », la division sexuelle et raciale du travail, le sexe des standards de propreté, les rapports au corps, les privatisations et le transfert de tâches, du travail collectif à la tâche individualisée et déqualifiée, les femmes sans papiers, « Vos toilettes propres et nos propres papiers »…

« Regarder les toilettes : c’est observer le sexisme par la lunette »

Parmi les autres textes publiés, dans les deux numéros, je signale notamment :

  • La rubrique « Et puis quoi encore ? », cette actualité qui nous révolte

  • Dans l’oeil d’Axelle : Une marche pour les « sœurs volées » au Canada (en complément possible, Cherry Smiley : Comment l’Enquête nationale sur les femmes disparues et assassinées a trahi les femmes et les filles autochtones, comment-lenquete-nationale-sur-les-femmes-disparues-et-assassinees-a-trahi-les-femmes-et-les-filles-autochtones/) et « 80 ans et alors ? », des femmes et le hockey…

  • une analyse des manifestations du 8 mars, « Les femmes ne vont pas s’arrêter là ! », la grève et sa préparation, l’auto-organisation et la légitimité, s’autoriser à dire « On en a marre ! », la place du « conflit temporel »…

  • Madonna Thunder Hawk et la résistance des femmes amérindiennes, le pouvoir colonial, la questions des allié·es…

  • La survie économiques des femmes en terre d’exil, les réfugiées en Ouganda, la prostitution et les violences sexuelles, le viol comme arme de guerre au Soudan et en RDC, la mutualisation des ressources…

  • La Collective Noms Peut-Etre !, le choix de la ville de Gand pour un nouveau quartier : « rien que des noms de femmes, et rien que des résistantes »…

  • La modestie et la répression des désirs et de leurs expressions, « Entre décence, pudeur et infériorité sociale, la « modestie » est un outil qui permet aux dominant·es d’asseoir un système inégalitaire », un moyen de contrôle des femmes, les accessoires de mode et les contraintes des corps, l’estime et la mésestime de soi, la valorisation de la beauté des filles, les injonctions sexuées…

  • Les trafics d’épouses en Inde, l’« esclavage sexuel, domestique et agricole », le fléau de la dot, les avortements sélectifs des fœtus féminins, la non protection des femmes victimes…

  • Les Mexicaines veulent tout casser pour protester contre les féminicides, l’usage de la violence par et pour les femmes, « Aujourd’hui, les Mexicaines revendiquent non seulement le droit à la colère, mais bien l’usage de la violence politique pour se faire entendre », les législations inadaptées pour l’immense majorité des femmes non blanches des classes populaires…

  • Maud Simonet, le travail domestique, la gratuité et l’invisibilité, les métiers sous-évalués socialement et économiquement, la dimension politique du foyer et de la famille…

  • Le déni de grossesse, la maternité impensée…

  • L’histoire avec un grand Elles : Wangari Muta Maathai (Kenya) et derrière la légende sombre : Elisabeth Bárthory

  • et toujours de riches rubriques : culture et informations internationales

Un journal de nos amies belges à faire connaître.

Axelle 228, avril 2020. Téléchargez-le gratuitement ICI

Axelle 229, mai 2020. Téléchargez-le gratuitement ICI

http://www.axellemag.be

Autres numéros : /revue/axelle/

Didier Epsztajn

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