Le spectacle d’une « civilisation »

L’exposition universelle de 1893, le cadavre séché d’un nouveau-né indien, la célébration de la révolution industrielle et le faux glorifié, « Mais le clou de l’Exposition universelle, son apothéose, ce qui devait attirer le plus de spectateurs, ce furent les représentations du Wild West Show », le mythe de la conquête (dans le déni encore aujourd’hui du génocide fondateur), le spectacle comme entreprise…

Eric Vuillard dans ce récit de la « Tristesse de la terre » dit à la fois les massacres des populations indiennes, la construction d’une mythologie et sa mise en scène dans un spectacle qui relève d’une certaine obscénité.

Le rêve étasunien, nommé de manière grandiloquente américain, se construisit sur un génocide, des parcages en réserve, des déportations et l’esclavage de millions de Noir·es.

Comme le souligne justement l’auteur, « le spectacle et les sciences de l’homme commencèrent dans les mêmes vitrines, par des curiosités recueillies sur les morts », des dépouilles et des trophées, « et ce que nous y admirons d’objets nègres, indiens ou asiates fut dérobé sur des cadavres ».

Il ne s’agit cependant pas d’un livre d’histoire mais d’une histoire contée aux moyens de la littérature, de cette réalité imaginaire tendre et incisive, des évocations et de leurs transcriptions. Un regard lucide sur le spectacle d’un monde…

Le bouleversement de l’art du divertissement et l’invention du show-business, le mouvement et l’action, la stupéfaction du public, le frémissement, la traversée des Grandes Plaines comme si nous y étions, l’authentique par « la présence des Indiens, de véritables Indiens »…

Une autre histoire contre un art de la contre-façon. Un récit sur des hommes, des produits dérivés du génocide, la mémoire des massacres, la violence des dénis, la réalité contre ce qu’elle ne fut jamais…

Eric Vuillard : Tristesse de la terre

Une histoire de Buffalo Bill Cody

Réédition Babel, Arles 2016, 164 pages, 6,80 euros

Didier Epsztajn


De l’auteur :

Congo, leopold-louis-philippe-marie-victor-de-saxe-cobourg-gotha-le-criminel-roi-des-belges/

La guerre des pauvreslimmuable-brise/ et les-mots-qui-brulent/

L’ordre du jourvingt-quatre-machines-a-calculer-aux-portes-de-lenfer/

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